‹ ParaîtreChapitre 45 sur 59 · NE M'ATTEND ICI · texte numérisé non relu

NE M'ATTEND ICI

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PAXSh. — C'est certain... et tu les laisses! Ah! tu es vraiment bonne fille, toi.

h i.i! Pourquoi dis-tu •.

paxjl. — Pourquoi je die ça? Parce qu'avant-hior soir, en pleine réunion, parmi jures purement électorales, colon m'a jeté à la face la pire insulte, celle qui m'atteignait à la fois dans mon honneur et dans mon amour pour Christiaue. On m'a accusé, moi, d'avoir acheté comme avocat la clientèle des Raidzell, non seulement au prix de complaisances politiques, mais encore au prix de complaisances i gales. Et j'ai entendu toute une salle, toute une salie qui ricanait, sifilait, me huait et me hurlait des épithètes si basses que je ne peux même pas te les répéter. Ah! il faut croire que l'histoire est publique! Us m'ont envoyé à Cannes, sur la Côte d'Azur, à la, Turquoise, voir ce qui s'y passait. Ils m'y ont envoyé sur l'air des lampions: « La Turquoise! la Turquoise!... » Eh bien, j'y suis venu... et je ne me serai pas dérangé pour rien, je t'en réponds!

Juliette. — Malheureux! que vas-tu faire? Ah! je ne le devine que trop dans tes yeux égarés... mais devant quoi? devant quelles preuves? Oui, c'est affreux, et je comprends ce qui a dû se passer dans ton esprit, dans ton imagination ; mais tu dois réfléchir. Et, d'abord, si ce n'était pas une chose folle, invraisemblable, reconnais que tu me l'apprendrais avec bien peu de ménagements.

paul, véritablement surpris par cette observation de sa sœur. — Ah! c'est vrai... ma pauvre petite sœur, je te demande pardon... mais tu comprends dans quel état j'arrive ici... mets-toi à ma place.

Juliette. — Mets-toi aussi un peu à la mienne.

paul. — Je te demande pardon.

JULIETTE. — Voyons, Paul, tu devrais être habitué pourtant aux mœurs des réunions publiques. Que de fois t'ai-je entendu dire que les passions s'y exaspéraient et que l'humanité y devenait effroyable.

paul. — ■ C'est ce que je me suis dit d'abord... mais, encore une fois, il ne s'agissait pas d'injures politiques, et, devant la violence d'accusations aussi précises, tout de même j'ai réfléchi; j'ai eu beau me raisonner, m'ingénier à trouver des réponses optimistes à toutes les questions qui se bousculaient dans mon cerveau, bien des choses que

je n'avais pas remarquées en eur temps, au milieu d'autres préoccupations et, :: parce qu>' j' avais une aveugli- confiance, bien eur véritable signiiioar

tion et se sont éclairées d'un jour tout nou- .ii. Alors, j'ai compris la nature de l'intimité qui s'est établie depuis plusieurs mois entre Jean et Christiane, sa résistance passionnée, à elle, tous ces temps-ci, à accepter la vie simple et digne que je lui propose; enfin, j'ai compris pourquoi, récemment encore, elle me laissait seul à Paris, dans un moment difficile et où j'avais besoin d'une compagne, j'ai compris pourquoi elle m'a- baudonnait pour venir ici, le rejoindre, obéissant au code de l'adultère, plus formel que l'autre: la femme doit suivre son amant 1 Hier, j'ai traversé toute la journée à devenir lucide et, le soir, j'ai pris le train. Ah! quelle nuit j'ai passée dans ce wagon dont chaque tour de roue me rapprochait des coupables, mais aussi de la vengeance, que je veux complète, éclatante, je t'assure.

Juliette, qui a essayé vainement de l'interrompre. — Laisse-moi parler à mon tour... il me semble que je suis intéressée aussi dans la question. Tu t'exaltes, tu t'exaltes!

paul. — Je n'ai pas ton admirable sangfroid.

Juliette. — Que Christiane soit ici, n'y vient-elle pas chaque année depuis mon mariage, à pareille époque? Qu'elle ne soit pas restée avec toi à Paris, dans un moment difficile, tu peux l'accuser de légèreté et d'indifférence, et même d'un peu de rancune, oui, d'une protestation à cause de la vie simple que tu lui proposes... qu'elle résiste à l'accepter, elle aime trop Paris, le monde, les réceptions, les dîners, les fêtes... elle les a toujours aimés. Quant à la très grande et très réelle intimité qui s'est établie entre elle et Jean, entre ton beau-frère et ma belle-sœur c'est assez naturel... on se rapprocherait de plus loin.

paul. — Mais je me suis dit tout ça! Et ton trouble tout à l'heure, quand tu m'as aperçu, est-ce naturel aussi, ton trouble?... comme si tu avais deviné ce que je venais faire.

Juliette. — Evidemment, j'ai été très surprise.

paul. — Tu es devenue toute blanche, et tes mains étaient glacées.

Juliette. — J'ai pensé qu'une raison grave t'amenait ici; mais pas celle-là.

paul. — Et toi-même, pourquoi, depuis quelque temps^ es-tu si triste? Je ne l'avais pa6 remarqué; mais il est évident que tu

n'as pas la gaieté et l'épanouissement de ta jeunesse et de ta fortune.

Juliette. — Mon fils a été malade dernièrement; j'étais inquiète.

PAUL. — Il est guéri, maintenant... lorsque je suis entré, tu pleurais... Crois-tu donc que je ne m'en sois pas aperçu ?

Juliette. — Vraiment, tu rapportes tout à ce qui t'occupe... on peut pleurer sur le malheur des autres.

paul. — C'est bien rare.

Juliette. — Ça dépend... L'idée fixe chez Eugène fait des progrès rapides... on craint pour sa raison. Et puis, je vois notre mère malheureuse, la pauvre femme... j'ai sous les 3'eux constamment le lamentable spectacle de notre pauvre père devenu sombre, silencieux, indifférent à tout ce qui n'est pas son égarement sentimental de vieillard... Ah! va, les causes de tristesse et de larmes ne manquent pas ici et tu n'as pas besoin de chercher d'autres complications. Il y a des moments où l'on a le droit de pleurer... c'est dans un de ces moments-là que tu m'as surprise.

Un long silence.

paul. — Tu aimes ton mari, pourtant ?

Juliette. — Oui, je l'aime, tu le sais bien, et l'interrogatoire que tu me fais subir pourrait être assez douloureux... Mais tu me vois bien calme à te répondre et cette tranquillité devrait te suffire.

paul. — C'est vrai... alors tu n'as rien observé de suspect entre eux, tu n'as même pas de doutes?

Juliette fait signe que non. Paul lui prend les deux mains et la regarde bien au fond des yeux.

Juliette. — Non, je n'ai pas de doutes.

Paul s'assied, retombe plutôt sur un siège bas, la tête dans ses mains. On entend une cloche.

paul, sursautant. — Qu'e6t-ce que c'est?

Juliette. — C'est la cloche du déjeuner, le premier coup du moins... on déjeune dans un quart d'heure. Comme tu es encore nerveux !

paul. — Mais, au fait, quelle raison vaisje donner de mon arrivée à l'improviste?

Juliette. — Le besoin de te reposer, loin des réunions publiques... d'après ce que tu m'as raconté, le prétexte est vraisemblable.

paul, se reprenant peu à peu. — Il est même vrai... je renonce à la politique... j'en ai le dégoût... Mais on s'étonnera que je n'aie pas envoyé de dépêche... oh! je dirai que j'avais cru l'avoir envoyée, que je l'ai

retrouvée dans une de mes poches... Oui, je renonce à la politique. D'ailleurs, ma carrière est brisée... je ne 6erai pas réélu. Tant mieux! je vais être libre... je vais faire comme les autres; il faut avant tout gagner de l'argent à notre époque, et je serai l'avocat des causes fructueuses et bien rémunérées. Aussi bien, c'est ma faute 6i, depuis quelques semaines, la discussion et la rébellion 6ont dans le ménage... Christiane n'est pas faite pour une existence médiocre... Le Baron a raison, c'est une maîtresse!... je veux pouvoir lui donner désormais tout ce qu'elle désire.

Sur ces derniers mots, Mme Marges avec Mm* Deguingois, puis Germaine, som entrées dans le salon.

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