‹ Parallèle des traditions mythologiques avec les récits bibliquesChapitre 12 sur 21 · Philémon et Baucis sont métamorphosés en arbres · texte numérisé non relu

Philémon et Baucis sont métamorphosés en arbres

— Abraham et Sara furent enterrés près d’un arbre qui devint l’objet de la vénération publique. (»)

L’auteur de La Religion des Gaulois pense que le culte du chêne , si répandu dans le paganisme , provient de la vénération profonde qu’eurent les premiers hommes pour le chêne de Mambré, sous lequel Abraham reçut la visite de trois anges. (:».)

Le souvenir de la destruction de Sodome s’est conservé chez les Péruviens. Ils racontent qu’une troupe de géans, ayant envahi leur pays, se livra à des crimes contre nature , et que Dieu fit descendre sur eux le feu du ciel. (3) L’origine de la mer sulfureuse qui existe encore actuellement, à la place qu’occupaient jadis Sodome et Gomorrhe , est attribuée à la même cause par Diodore de Sicile, Tacite, Solin, Pline et Strabon.

La religion d’ Abraham ( Abram ) subsista quelque temps dans l’Inde (4), et son nom se conserva dans celui de Brahma. Le nom de Saravasti, sœur et femme de Brahma , est évidemment le même que celui de Sara, nièce et femme d’ Abraham, (ô ; — On retrouve encore quelques traits d’ Abraham dans le Zoroastre des Perses. (6) Ils attribuaient à ce patriarche leur système religieux, qu’ils appellent Rish- Abraham. Abraham aurait composé le livre sacré , nommé Sofh (7) , et aurait demeuré dans la ville de Baleh , nommée depuis ville d’ Abraham. 8)

(1) Constantin fit bâtir un temple à cet emplacement. Fleury, Hist. ecclésiast. 1. II, ch. 54.

(2) Mercure de France, décembre 1728, p. 2779.

(3) Garcilasso, Hist. du Pérou. — Torquemada, 1. 1, c. 15 et 14.

(4) Guillaume Postel , de originibus nationum, 1553.

(5) Barthélemy d’Herbelot , Bibliothèque orient, p. 212.

(6) Prideaux. connect. of the old and new lest, p. 1 Book 4.

(7) Hyde , de religione veter. Pers c. II , p. 28. — Les Mahométans regardent aussi Abraham comme auteur de plusieurs ouvrages.

(8) 11 est probable que cette notion doit son origine à Zoroastre, contemporain de Darius, qui emprunta sa théologie

Immortalité de l’âme et vie future.

Au chapitre XVe de la Genèse , Dieu dit à Abraham : Je serai moi-même ta récompense. C’est ici , pour la première fois , qu’est exprimé le dogme de la vie future ; mais ce n’est point le seul passage, où il soit fait allusion à l’immortalité de l’âme. Au chapitre xxxvil6, Jacob dit qu’il rejoindra son fds Joseph , et cela ne peut s’entendre que dans un sens spirituel , puisque ce patriarche croyait que son fils avait été dévoré par une bête sauvage. Job s’écrie qu’il ressuscitera et qu’il verra Dieu face à face. Moyse fait dire au Seigneur : « J’ai allumé un feu dans ma fureur ; il brûlera jusqu’au fonds de l’enfer ( Schéol ); il dévorera la terre et toutes les plantes, et brûlera jusqu’au fondement de la montagne.» ( i) On sait enfin que les Juifs avaient une grande propension à consulter les âmes des morts , et que Saül luimême eut cette coupable curiosité. (2) Le dogme primitif de la vie future se retrouve partout , avec des altérations plus ou moins notables.

Les Germains croyaient que de cruels supplices étaient réservés aux âmes des lâches et des méchants , et que d’innéfables délices seraient le partage des hommes justes et braves. (3) — Les Egyptiens embaumaient les morts , parce qu’ils croyaient que l’âme restait unie au corps, tant qu’il ne tombait pas en pourriture. Les âmes étaient par là même exemptes de transmigrer à travers des corps d’animaux, pendant 30 siècles , et au bout de ce terme, elles reprenaient, pour demeure, un corps humain. M. Champollion raconte qu’il a vu , dans les hypogées de Biban-el-Molouk, des tableaux qui représentaient le jugement des âmes. Le Dieu Atmon les pèse dans une balance ; celles qui sont trouvées justes sont envoyées dans un jardin délicieux, où leur ministère est de servir des offrandes aux Dieux ; celles qui se

;iux livres de Moyse, et que la ville de Baleh ne fut appelée tille d' Abraham que parce que Zoroastre en fit le séjour de I archimage , ou grand prêtre de la religion d’Abraham. ( Prideaux , opéré citalo, vol. II, p. 318. )

(1) Deut. XXXVIII , 22. — Les Juifs appelaient encore l’enfer Gehenna.

(2) Voyez les passages suivants sur l’immortalité de l’àme : Reuter. XIII. — Ps. 115. — Ie' Reg. XXVIII. — Eccl XLVI. lob, CXIX. — Habacuc, III.

(3) Tacite , Mores Germanorum.

sont rendues coupables de quelque grand crime sont liées à des poteaux , bouent dans des chaudières, ou sont suspendues les pieds en l’air. On lit sur les parois où est représenté l’enfer : « Ces âmes ennemies ne voient point notre Dieu, lorsqu’il lance les rayons de son disque ; elles n’habitent plus dans le monde terrestre; elles n’entendent point la voix du grand Dieu , lorsqu’il traverse les zones. » Les murs opposés , où est figuré le paradis , portent l’inscription suivante : « Ces âmes ont trouvé grâce aux yeux du Dieu grand ; elles habitent les demeures de gloire, celles où l’on vit de la vie céleste... elles jouiront à jamais de la présence du Dieu suprême. » (i) — Quand on enterre un mort, le prêtre fait la prière suivante : « Soyez propices au mort , vous , gardiens des portes de la demeure divine... Soyez-lui favorables, vous, Dieux de la région de Matos , assistants des divines vérités, dans les champs du paradis... Que ce mort soit purifié dans les eaux saintes... Père des Dieux sois-lui favorable ! •> {2)

Les Scandinaves avaient deux paradis et deux enfers. Le Valhalla, ou palais d’Odin , recevait les guerriers qui étaient morts sur le champ de bataille , et c’est là qu’ils buvaient de la bière dans le crâne des vaincus. Ceu x qui mouraient de vieillesse ou de maladie entraient dans l’un des neuf mondes du Nisheim, où régnait la déesse de la mort. « C’est une demeure éloignée du soleil , dont les portes sont tournées vers le nord ; le poison y pleut par mille ouvertures... Les parjures, les assassins, les adultères sont plongés dans des torrents ; un dragon noir et ailé vole sans cesse alentour, et dévore les corps des malheureux qui y sont renfermés. » (5)

Selon la doctrine de Zoroastre , tous les hommes ressusciteront un jour. Les justes seront séparés des Darvands (réprouvés ■ ; les premiers iront au Gorotman ( paradis ) ; les seconds seront précipités dans le Dousach (enfer). Quand les justes approcheront de leur demeure éternelle, un ange, se levant de son trône, leur dira : a O âmes pures , dans ce séjour, l’auteur des maux n’a aucun pouvoir. Soyez donc les bienvenues , ô âmes pures, dans le Gorotman , au milieu duquel sont les Ormuds, les Amschaspands et les Saints. » 4 ’ — Les

(1) Champollion, lettre 13e écrite d’Egypte. (Dans le Moniteur du 19 oct. 1829. )

(2) Caillaud , Voyage à Méroé , t. IV.

(3) Edda Islandorum.

(4) Zend-Avetta , l. Vendidai , Fargard , 19.

Druides enseignaient l’immortalité de l’âme. Les coupables , renfermés dans Ylfurin ( enfer ) , devaient être brûlés par des poisons rongeurs ; leur corps qui sert de pâture aux loups et aux reptiles , doit renaître toujours pour être dévoré sans cesse, (i )

Le Paganisme hellénique se montre inspiré de ia plus riante imagination , quand il dépeint le printemps éternel qui fleurit dans les champs Elysées ; mais il s’élève à une poésie bien plus grandiose , dans la description du Tartare : Cerbère veille à la porte de ce sombre empire, entouré d’une triple ceinture de fleuves. — Les trois Parques y filent la destinée des mortels ; trois juges redoutables tiennent leur sort entre les mains. — Malheur à ceux qui sont condamnés par un arrêt irrévocable ! car leurs cris de douleur ne pourront jamais appilover la furie des Euménides. C’est dans cet horrible séjour, que le brigand Sisyphe roule, jusqu’au haut d’une montagne, un rocher qui retombe toujours ; que le parricide Tantale est consumé par la soif, au milieu des eaux; que l’impur Ixion est écrasé sous une roue entourée de serpents, et que les Danaïdes versent continuellement de l’eau dans un tonneau sans fonds. (2) Quelques philosophes païens , il est vrai , comme Epicure et Démocrite , ont douté de la spiritualité de l’âme ; mais de quel poids peut être leur sentiment , lorsqu’il est combattu par les Platon, les Porphyre, les Sextius , les Varron , les Caton, les Sénèque, les Cicéron et tant d’autres , qui se sont expliqués sur ce point, d’une manière si formelle et si unanime ? (3)

Le Brahmaïsme compte cinq paradis : le premier, nommé Swarga Loka, est la demeure du roi du ciel; les danses des bayadères , les mets exquis des hôtelleries, les ombrages des arbres d’où pleuvent des fleurs, le nectar des liqueurs qu’on y boit, font de ce monde un séjour d’innéfables délices. Dans le second paradis, les âmes sont unies à 1a propre substance de Vichnou. Dans le troisième , réside Siva qui partage avec les bienheureux les plaisirs sensuels les plus délirants. Le monde de Brahma n’admet que ceux qui n’ont jamais proféré de mensonges , et les femmes qui se sont précipitées

(1) Pomponius Mêla, de situ orbis, 1. 5, c. 2. — Benjamin Constant , de la religion, 1. 9 , ch. 8.

^ (2) Voyez le Phédon de Plalon, la Théogonie d’Hésiode, l’Odyssée d’Homère , l'Enéide de Virgile , etc.

(5) V. Maramerlus Claudianus , de naturà animæ , I. II, c. 7 et 8.

dans le bûcher funéraire de leur époux. Le paradis suprême se nomme Dcva Loka et n’est peuplé que de justes, dont le cœur n’a jamais été souillé. Ils participent à la science, à la sainteté et même à la nature du Créateur ; car, quand à leur arrivée , le Créateur leur demande : qui êtes-vous ? ils répondent : « je suis le temps; je suis le passé, le présent et l’avenir ; je suis émané de celui qui est la lumière par lui-même. Tout ce qui est, fut ou sera émane de moi. Vous êtes l’âme de toutes choses, et tout ce que vous êtes, je le suis. »

( 1 ' Les Indiens nomment leur enfer Patalas. a C’est le lieu des supplices et de la demeure des pécheurs. C’est là que , plongés dans le feu , ils brûlent et brûle- ] ront toute l’éternité... Ou n’y entendra jamais que des I gémissements et des cris... Ce qui mettra le comble à ; leur supplice et les jettera dans le désespoir, seral’éter- I nité de ce feu qui les brûlera sans les consumer. Chacun ! y sera puni selon le nombre et la qualité des péchés qu’il aura commis. » :?) Les 7 Patalas sont divisés en 21 1 enfers, où les âmes coupables, quoique séparées de I leur corps terrestre , ressentent des douleurs physiques. I Les châtiments sont aussi variés que les crimes qui les j ont mérités. Les voluptueux sont écrasés sous des meules; I les faux témoins roulent sur des collines rocailleuses; ] les avares sont rongés par les vers ; les calomniateurs se I nourrissent d’immondices, et les adultères sont forcés I d’embrasser une statue de fer rougi. (3)

Lorsqu’un empereur, d’origine tartare , dit Simon de 1 la Loubère, voulut contraindre les Chinois à se coupelles cheveux à la tartare , plusieurs d’entr’eux aimèrent mieux souffrir la mort que d’aller, disaient-ils , en l’autre \ monde, paraître sans cheveux devant leurs ancêtres, s’imaginant qu’on rasait la tête de l’âme, en rasant celle du corps. — Le fondateur d’une ^secte renommée au Japon, Xaca, enseigna que les justes seraient réunis , après leur mort , dans un séjour céleste où la dose du bonheur serait proportionnée au nombre des vertus , et que cette inégale répartition n’exciterait pourtant point l’envie. La fête des âmes est une des plus grandes solemnités du Japon : on va , pendant la nuit , à la clarté des flambleaux, visiter les tombeaux, et s’entretenir avec les morts. On les invite à entrer dans la ville, pour

(1) Creuzer. — de Jancigny — Parallèle des religions, t. 1er.

(2) Ezour- r'edam.

(3) M. Clavel , Histoire du Brahmaïsme.

prendre part à de grands festins. Deux jours après , les hôtes se croyent affranchis des lois de la politesse , envers leurs prétendus convives, et ils les chassent à coups de pierre, (i)

Un jugement sévère, disent les Tartares, attend l’homme au-delà du tombeau. Ceux qui sont sans souillure vont immédiatement dans les régions supérieures ; ceux dont la conscience est salie par des taches légères expient leurs fautes par la transmigration de leur âme, à travers différents corps ; les criminels subissent des peines horribles, dans le séjour des expiations 2.) — Les Siamois comptent neuf mondes supérieurs , où vont les bienheureux , et neuf mondes inférieurs , où descencendent les méchants. L’intensité du bonheur est en raison de l’élévation des mondes '3). — Dans le royaume de Pégu , on admet plusieurs transmigrations de l’âme , à travers des corps d’animaux ; elle n’arrive au bonheur suprême, qu’après avoir passé par le Nazac . séjour de la peine. — Dans le royaume de Laos, on croit que les âmes des bons sont revêtues d'un corps lumineux , qui n’est pas inférieur au soleil , par son éclat , et que l’enfer est divisé en 6 quartiers, dont les châtimens sont proportionnés à la culpabilité. — Les habitants du royaume de Camboye disent qu’il existe 27 cieux , destinés aux âmes bienheureuses ; dans le plus élevé de tous, les saints par excellence ont pour étrange privilège d’avoir un corps semblable à celui des Dieux , c’est-àdire en forme de boule, (/j)

L’enfer des Guèbres réunit tous les genres de torture. Parmi ses coupables habitants , les uns sont asphyxiés par la fumée, les autres rongés par des insectes ; ceuxci sont hachés à coups de poignards ; ceux-là , mordus par les démons , ou plongés dans les eaux glacées. Leur paradis offre des plaisirs sensuels , mais épurés de tout sentiment grossier. (5) — L’enfer, selon les Turcs , est rempli de torrents de soufre et de feu ; les damnés , qui y sont plongés , sont chargés de chaînes de 70 coudées ; ils sont dévorés par la soif et la faim , et ne peuvent boire que des eaux sulfureuses, qui leur brûlent les entrailles. L’enfer n’a que 7 portes , tandis que le paradis en a 8 :

(1) Lacroix , Dict. des cultes , t. 1 , p. 74.

(2) De Guignes, dans le tome XL desmém. de l’académie des inscriptions. — Annales de philosophie chrétienne , juillet 1852.

(3) S. de la Loubère, Voyage à Siam.

f4) Lacroix, op. citât, t. lit.

(5) Erda-Viraph-Nama

c’est un magnifique palais, dont les murs sont en argent massif. Un arbre, nommé tuba, laisse découler des ruisseaux de lait et de miel. La table, sur laquelle on sert les mets les plus exquis, est un gigantesque diamant. Tous les plaisirs des sens se renouvellent sans cesse, pour les bienheureux qui en jouissent toujours, sans lassitude et sans dégoût. Cette doctrine immorale établit le vice comme récompense de la vertu, (i)

Les Hottentots adressent des prières aux gens de bien, après leur décès ; ils s’imaginent que les morts fréquentent les lieux où ils ont vécu jadis. (2). — Les nègres de Sierra-Leone étranglent les esclaves du défunt , en leur ordonnant de servir fidèlement leur maître, dans l’autre vie. (3) — Quand le roi de Bénin est mort , on l’enterre dans une fosse très profonde , et ses sujets les plus dévoués s’y précipitent , dans la persuasion qu’ils accompagneront leur Souverain dans le voyage de l’Eternité. Ils placent leur paradis au milieu de la mer. — Les insulaires de la mer du sud placent le leur dans le soleil , et font consister la béatitude qu’on y goûte , dans les jouissances de la table. — Les Taïtiens ont à peu près les mêmes idées ; ils nomment Touroova T’èrai (assemblée des cieux) le séjour des Bons. (4)

Les nègres de Juida placent leur enfer dans une contrée de la terre, où brûle un feu dévorant. — Les naturels de Loango disent que les âmes des morts fuient les villes et qu’elles voltigent au-dessus des forêts. 5 1 — Les insulaires de Formose croient que les défunts passent sur un pont de Bambou fort étroit , qui s’écroule sous les pas des méchants. — Bien avant que nos missionnaires eussent visité les îles Sandwich, les habitants croyaient à une autre vie, où ils seraient punis ou récompensés, suivant leur conduite en ce monde. (6) cc Nous trouvons , dit Robertson , la loi de l’immortalité établie d’un bout de l’Amérique à l’autre : en certaines régions, plus vague et plus obscure ; en d’autres, plus développée et plus parfaite, mais nulle part inconnue. » Des indigènes d’Amérique , interrogés par Guillaume Penn sur l’immortalité de l’âme, lui répondirent que ceux qui se livraient au vol , au meurtre, au liber-

(1) La Sonna.

(2) Kolbc , Description du cap de Bonne-Espérance , t I.

(3) Rarbol.

(4) Voyages de Cook , l. V, p 440 - 431.

(4) L’abbé Proyart , Histoire de Loango.

(5) Archibald Campbell , Voyage autour du monde , 1816.

tinage iraient dans un pays glacé ; mais que ceux qui auraient rempli fidèlement leurs devoirs iraient dans un pays chaud, où ils se livreraient au plaisir de la chasse. (i).— Les Groenlandais croient que, lorsqu'un enfant meurt, il ne saurait trouver seul le pays des âmes. Afin qu’il ne s’égare point dans sa route , on enterre avec lui une tête de chien qui doit le conduire au séjour des âmes. (2)

Chez les sauvages du Mississipi , la punition de la vie future, pour les méchants, se résume dans la privation de la chasse. Pour les Fioridiens , elle consiste à être relégué sur les montagnes du nord, redoutables par l’intensité du froid et la voracité des ours. Pour les Virginiens, elle se borne à rester suspendu entre le ciel et la terre , tandis que la suprême félicité consistera dans des chants et des danses. — Les habitants des îles Carolines enterrent les morts près de leurs maisons ; ils exposent près du tombeau divers alimens, parce qu’ils sont persuadés que les âmes des justes, qui sont allées au ciel, reviennent, le quatrième jour, vivre d’une manière invisible auprès de leurs parents. (3)

Les Péruviens croyaient que les bons mèneraient , après leur mort, une vie pleine de quiétude, dans le haut monde , et que les méchants seraient tourmentés, dans le bas monde , par la crainte et la douleur. (4) — Les Iroquois et les Hurons appellent pays des ancêtres le séjour des âmes. Un chemin fort difficile y conduit et plus d’un voyageur tombe dans les torrents qui bordent la route. (5j — Un vieux cacique de l’île de Cuba disait à Christophe Colomb : u Sache que nous reconnaissons qu’il y a deux lieux dans l’autre vie , où vont les âmes ; l’un , très mauvais et rempli de ténèbres, et ce lieu là est destiné à ceux qui font le mal ; l’autre est bon et délectable, et c’est le lieu de ceux qui aiment la paix et le repos des peuples. » (6j

Nous pourrions encore ajouter à ces témoignages ceux des Mexicains, des Tonquinois, des Moluquois, des Malgaches (7I, des insulaires de Ceylan , de Sumatra

(1) Ivlarkson , Mémoires sur la vie de Guillaume Penu.

(2) Journal encyclopédique , février 1756, p.51.

(3) Desbrosses, Histoire des navigations aux terres australes, t. II.

{ 4) Garcilasso , Histoire des Incas , part. II , ch. 1.

(5) Lafiteau, Mœurs des sauvages américains, t. 1er, ch. 4.

(6) Herrera , Histoire générale des vovages des Castillans , t. I, l. 2, ch. 14.

(7) Rennefort , p. 1 , 1. 2.

(1), etc.; mais nous en avons cité un assez grand nombre, pour nous croire le droit de conclure, en disant avec M. Frayssinous : « C’est un fait attesté par les annales des peuples anciens et modernes , que la croyance de la vie future a toujours été celle du monde entier. La superstition, les vices, l’ignorance ont bien pu la dégrader ; les sophistes ont bien pu la combattre ; mais elle est restée toujours dominante au milieu de toutes les nations de la terre. » v2)

Jacob. — La ban. — Joseph.

Jacob se rendant en Mésopotamie , s’endormit dans un endroit, qu’il nomma plus tard Béthei , où il vit l’échelle céleste , dans un songe mystérieux. A son réveil , il fit un monument commémoratif de la pierre qui lui avait servi de chevet , et y répandit de l’huile. Cet acte de piété, mal interprété par la tradition, donna lieu au culte des pierres (3) , et en particulier à la fête du Dieu Terme , qu’on croyait honorer par de grandes libations d’huile. Ce culte était fort répandu , puisque Apulée croit prouver que Siricius Emilianus n’a aucune religion , parce qu’on n’a jamais vu dans ses champs aucune borne couverte d’huile (4). Les payens nommaient Bétyie , la pierre que Rhée substitua à Jupiter , pour la présenter à Saturne , qui dévorait tous ses enfants mâles. Un grand nombre de savants, et nous citerons entr’autres Scaliger, Vossius , Bochart , Selden, Grotius, Huet, Falconnet, pensent que le mot Bétyie est emprunté du Bethel de Jacob (5).

Rapports de Sésostris avec J acob (d’après Guérin du Rocher ).

(1) Benj. Heyne, Traités historiques et statistiques sur ITude, Londres 1814.

(2) L’abbé Frayssinous , Discours sur l’immortalité de famé. V. sur l’universalité de ce dogme : le catéchisme philosophique de Felier; la Religion constatée universellement de M*’* de la Marne; la Dissertation du cardinal de la Luzerne sur la spiritualité de l’àme , et le Dictionnaire des cultes de Lacroix.

(3) Chez les Grecs des premiers temps, des pierres brutes tenaient lieu de statues. On adorait une simple pierre , en Béolie. pour Hercule ; enThespie, pour Cupidon ; à Archomène, pour les trois Grâces ; et à Thèbes, pour Bacchus.

(4) « Ne unum sallem in ûnibus ejus lapidem unctum. »

Apulée, Apologie contre Siricius — V. aussi Arnobe , 1 1 ,

adversùs gentes.

(5) Les bélyles étaient des pierres rondes qu’on croyait animées et que î’on consultait comme des oracles. Priscien leur donne le nom d' Abbadir.

1 . L’empire de toute la terre est prédit à Sésostris, dès sa naissance. - - La possession de toute la terre est prédite au père de Jacob.

2. Sésostris devient un robuste athlète. — Jacob lutte contre l’ange du Seigneur.

3. Sésostris laisse le gouvernement à son frère, pendant son absence. — Jacob lajsse Esaü son frère le maître , par son départ.

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