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Parenté des langues hittite et lituanienne et la préhistoire

IL A ÉTÉ IMPRIMÉ DE CET OUVRAGE CENT EXEMPLAIRES HORS COMMERCE NUMÉROTÉS DE UN A CENT SUR PAPIER HOLLANDE

A la mémoire de Jouas Basanavicius d"*Antoine Meillet et de

Charles Seignobos

P.-J. GABRYS

ET

Avec quatre hors-texte trois carte^ et quatre figures

LIBRAIRIE DE L’UNIVERSITÉ - GEORG & Cie S. A. GENÈVE

Genève

Avant-propos

Le peuple hittite était depuis longtemps connu par la Bible, dans la traduction grecque par les Septante on lui donnait le nom de Héthéens.

On connaît les passages de la Genèse (XXIII, 3-20), où Abraham, réfugié au Canaan, après la destruction d’Ur, parlant aux enfants de Héth déclare : « Je suis un étranger et hôte chez vous », ou « £saü, âgé de quarante ans, prit pour femme Judith, fille de Beeri, le Héthéen, et Bagmath, fille d'Elon, le Héthéen, qui furent une amertume d’esprit pour Isaac et Rebecca ». (Genèse XXVI, 34-35).

Il faut croire que les filles héthéennes étaient fort belles, puisque « le roi David envoya demander qui était cette femme, et on lui dit : « N’est-ce pas Bethsabée, fille d’Eliam, femme d’Uria le Héthéen ? » (II Samuel, XI, 3) ; elle devint non seulement la mère de Salomon, mais également une des ancêtres du Christ.

« Le roi Salomon aima plusieurs femmes étrangères, outre la fille de Pharaon... parmi elles des Héthéennes ». (I Roi, XI, 1).

Le peuple hittite occupait Canaan avant l’arrivée des Israélites. On n’avait pas pensé à tirer parti de l’importance que lui attribuait l’Ancien Testament.

Mais lorsque Tégyptologie apporta ses premières révélations, l’importance de ce peuple apparut aussitôt dans les monuments de Ramsès II (XlIIme siècle avant J.-C.), traité de Ramsès avec Hattusilis, grand roi de Hattussas, mariage du Pharaon avec une princesse hittite, etc.

Quand, à la suite des découvertes de l’assyriologie, on releva de nombreuses mentions des Hittites dans les documents assyro-babyloniens, on constata alors que les Hittites étaient le grand peuple de la Syrie et de l’Asie Mineure.

Dès lors les savants n’hésitèrent plus à attribuer aux Hittites les nombreux monuments de Syrie et d’Asie Mineure aux inscriptions en hiéroglyphes spéciaux. Ainsi on arrive à la conviction que le siège principal de la puissance hittite avait été dans l’Asie Mineure orientale. Dès 1888, M. Sayce risquait une esquisse des destinées de cet empire : « Les Héthéens, histoire d'un Empire oublié ».

Nous trouvons dans YHistoire de VOrient classique, de Maspero, l’ensemble des notions auxquelles on était parvenu à l’aube du XXme siècle.

Grand événement pour la hittitologîe

Il se produisit au début du XXme siècle (1906- 1907), lorsque la Deutsche Orient-Gesellschaft, aidée par le gouvernement turc, chargea H. Winkler de procéder à des fouilles méthodiques à Boghaz-Keui, Ce site était repéré, dès la première moitié du XIXme siècle, par Texier, Perrot et Chantre. Au dessus du village turc de Boghaz-Keui, sur un plateau, on voyait un amas de décombres, à proximité

Avant’propos

de Yasili - Kaïa. Ses roches sculptées indiquaient que cet endroit avait été un centre important de civilisation.

Les suppositions des savants furent confirmées par les fouilles de M. Winkler. C'étaient bel et bien les ruines de Hattussas, capitale de l'empire Hittite. M. Winkler avait découvert l'acropole qui domine le plateau, ensuite le tracé des fortifications qui livrèrent les principaux ouvrages de sculpture, les lions sculptés.

C'est dans les fondations, aux abords du grand temple, que M. Winkler trouva des milliers de tablettes en écriture cunéiforme, représentant les archives des derniers rois hittites.

Cette bonne nouvelle fut annoncée au monde dans le numéro sensationnel (N® 35) des Mitteilungen der D, Orient - GeseUschaft, décembre

Trois cents de ces tablettes étaient rédigées en langue akadienne, intelligible pour les assyriologues. Les autres tablettes étaient rédigées en des langues différentes de l'akadien, dont l'une apparut comme dominant toutes les autres, celle qu'on appelle le hittite.

Ces tablettes étaient matériellement lisibles puisque leur écriture était le cunéiforme, mais leur langue était inconnue.

Le déchiffrement commença après la mort de Winkler, en 1913. La Deutsche Orient GeseUschaft confia la publication des tablettes à un groupe de savants dont faisait partie M. H. Hrozny, alors professeur à Vienne et ensuite à Prague.

Faute de bilingue le démarrage était difficile. Les textes hittites contenaient de nombreux idéogrammes qui, par un seul signe, représentaient un

mot, parfois des propositions entières, sans savoir comment les Hittites les prononçaient ; mais on pouvait préjuger du contenu de la phrase.

M. Hrozny remarque dans le vocabulaire certains termes d'allure aryenne.

D'ailleurs, un savant danois, Kundtzon, en 1902, avait déjà proposé de voir l'aryen dans les deux lettres d'Arzawa, découvertes dans les fouilles d'El- Amama.

Ce qui était exact, mais il avait été sévèrement jugé par les spécialistes.

M. Hrozny, grâce aux indices ci-dessus mentionnés, commença ce déchiffrement.

Il est difficile de ne pas mentionner ici la phrase, désormais historique, qui avait permis à M. Hrozny de démarrer.

La voici :

Nu NIN D A — an ezzateni

Wadar-ma ekuteni.

L'idéogramme NINDA signifie pain; an, sans doute, une désinence casuelle ; l'idée de manger vient à l'esprit ; ezm ressemble à l'allemand essen « manger », teni ne peut être que désinence verbale (de la deuxième personne du pluriel) ; wadar il rapprocha du vieux saxon wadar ou de l'anglais Water « l'eau », d'où ekuteni pourrait être « vous buvez », ressemblant au latin aqua « l'eau », qui pouvait avoir là le sens de « boisson ».

Il ne reste à expliquer que les particules nu et ma ; nu ressemble à l'anglais now « maintenant », ma est une enclytique qui unit les membres des phrases en akadien.

Ainsi la phrase devenait :

« Maintenant vous mangez du pain et vous buvez de l'eau ».

Avant-propos

La hittitologie, depuis Sayce (1888) et Winkler (1906-1907), a fait d'immenses progrès, grâce au déchiffrement des inscriptions hittites cunéiformes, par M. F. Hrozny depuis 1917, et aussi grâce aux travaux de MM. Cavaignac, Contenau, Gôtze, Forrer, Friedrich, Meriggi, Thureau- Dangin, Zimmem et tant d'autres.

Sceau de Tarkumuwa, roi du pays de la ville de Mira (Asie Mineure).

M. Delaporte, en 1929, donna la première grammaire hittite et plus tard (1931-1933) un syllabaire et une chrestomatie avec vocabulaire. M. Sturtevant, en 1933, la grammaire comparée de la langue hittite cunéiforme.

La comparaison du hittite avec les langues aryennes a donné des résultats très intéressants. M. E.-H. Sturtevant, dans sa grammaire comparée, a trouvé beaucoup de ressemblance du hittite avec le sanscrit, le grec, le latin, l'osque, le celte, le lituanien et autres.

Archaïsme du lituanien^) contemporain

Pour notre part nous nous donnons pour tâche de démontrer la parenté particulière du hittite cunéiforme avec le lituanien et d'indiquer leur importance pour la préhistoire.

Les lignes suivantes de l'étude de M. Eugène Pittard : Les Races et VHistoire (p. 398), nous déterminèrent à entreprendre cette étude comparative et de l'adapter pour les recherches préhistoriques.

« C'est peut-être le moment de rappeler, dit

M. Pittard, les magnifiques découvertes de von Lecoq dans le Turkestan chinois. Il existe, au Muséum für Vôlkerkunde de Berlin, non soumise aux yeux du public, une admirable collection de fresques boudhiques rapportées du Tourfan, avant la guerre, par l'explorateur allemand. Il y a parmi les individus figurant sur ces fresques, à côté de beaucoup d'autres, des hommes aux cheveux clairs et aux yeux bleus. J'ai trop souvent protesté contre l'utilisation abusive, dans le domaine de l'anthropologie descriptive, des représentations picturales ou plastiques, pour ne pas faire toutes les réserves nécessaires en signalant ces curieuses peintures. Mais où l'intérêt de ces peintures devient beaucoup plus grand, c'est que les linguistes auraient,

(1) Nous écrivons lituanien, Lituanie sans h, conformément à la recommandation de notre regretté maître et ami A» Meillet, professeur au Collège de France : * Il n'y a pas de langue qui, écrivait-il dans les Annales des Nationalités,

N. 5-6» Paris 1913» plus que le lituanien, ignore toute aspiration : et l’on se demande pourquoi l’on affuble le nom des Lituaniens d’un h qu’ils ne mettent pas dans leur nom, et qu’ils ne sauraient prononcer, qui est barbare en un mot ».

Avant-propos

dit-on (je suis très incompétent en cette matière), reconnu dans plusieurs inscriptions, des traces d'origines lituaniennes. Nous revenons ainsi aux hypothèses de Ferdinand de Saussure. Or, les Lituaniens d'aujourd'hui appartiennent, en grande partie, à la race Nordique, dont une des caractéristiques est justement les cheveux et les yeux clairs. Sur ce terrain, dangereux pour moi, je n'insiste pas davantage ».

L'opinion de notre regretté maître et ami Antoine Meillet, concernant l'archaïsme extraordinaire de la langue lituanienne, nous encouragea aussi dans cette voie. Il serait utile de rappeler ici son opinion concernant la langue lituanienne : « Le trait qui frappe dans le lituanien, disait-il, (Les Langues dans VEurope nouvelle, p. 37 - 38), est son singulier archaïsme. Bien que les plus anciens textes soient du XVIme siècle après J.-C., il arrive que certains mots lituaniens soient plus près de la forme originale indo-européenne que les mots correspondants du sanscrit et du grec, connus deux mille ans auparavant. Ainsi le mot lituanien actuel gyvas « vivant » est plus près de l'état des choses d’indo-européen commun que le sanscrit jivah, ou que le latin vivus^ ; le lituanien esti « il est » attesté au XVIme siècle seulement, est aussi archaïque de forme que esti « il est », du grec ancien, et plus que asti du sanscrit, ou que est, du latin.

Ou encore : « Le lituanien est remarquable par son aspect d'antiquité indo-européen, dit-il, dans Introduction à Vétude comparée des langues indoeuropéennes (p. 45), il est frappant d'y trouver encore au XVIme siècle et jusqu'à aujourd'hui, des formes qui recouvrent exactement, des formes védiques ou homériques, et qui reproduisent presque

parfaitement des formes indo-européennes,.. Le vieux prussien n'a pas un caractère moins archaïque, mais il est connu que très imparfaitement et c'est sous la forme du lituanien qu'on cite d'ordinaire le baltique en grammaire comparée.

« Sous la forme moderne sous laquelle on le cite ordinairement, le lituanien ne donne pas moins d'enseignements que le latin ou le gotique, connus tant de siècles auparavant : par là, on peut entrevoir le merveilleux archaïsme de cette langue».

L'opinion de l'éminent linguiste genevois Ferdinand de Saussure (Cours de linguistique générale, p. 45), concernant l'importance du lituanien pour le comparatisme nous encouragea aussi à entreprendre cette étude comparative, « le lituanien, disait-il, qui se parle encore aujourd'hui, n'est connu par des documents que depuis 1540 ; mais, à cette époque tardive, il offre, dans l'ensemble, une image aussi fidèle de l'indo-européen que le latin du Illme siècle avant Jésus-Christ ».

Ces raisons nous déterminèrent d'entreprendre l'étude comparative du lituanien avec le plus vieux témoin des langues aryennes, le hittite, conservé, grâce aux tablettes cunéiformes, datant du milieu du lime millénaire avant notre ère, découvertes au début du XXme siècle (1907), à Boghaz-Keui (Asie Mineure).

N'est-il pas étonnant que nous ayons pu, dans l'état actuel de la hittitologie, identifier plus de 200 racines hittites et lituaniennes dont la concordance est frappante ?

Nous sommes convaincu que la liste de ces concordances n'est pas close, elle s'allongera avec le progrès de la hittitologie. La grammaire plus que

Avant-propos

le vocabulaire prouve la proche parenté de ces deux idiomes qui, sans être des frères jumeaux, semblent être des cousins germains.

Indo-européen, indo-germanique ou aryen?

Nous avons adopté le terme : aryen, langues aryennes, au lieu de langues indo-européennes ou langues indo-germaniques, car ni Tun ni Tautre de ces termes géographiques conventionnels n'exprime la réalité.

Le premier terme, créé par Fr. Bopp, il y a cent ans (en 1842 Vergleichende Grammatik, p. 1075), semble vouloir englober toutes les langues parlées dans la vaste aire entre l'Inde et l'Atlantique. Or, nous savons que non seulement en Asie antérieure, mais aussi en Europe, habitent de nombreux peuples qui parlent des langues qui n'appartiennent pas au groupe aryen : magyar, finnois, de nombreuses langues finno-ougariennes : le mordve, le tchérémisse et d'autres langues parlées à l'intérieur de la Russie, sans nommer le turc, le tartare et d'autres langues touraniennes, employées en Asie antérieure.

Le terme : indo-européen ayant été créé par Fr. Bopp, lorsque toutes ces langues, même le finnoougarien, étaient encore mal connues, est à présent suranné, irréel et, il me semble, devrait être abandonné.

On sait, d'autre part, que les langues d'origine aryenne : l'anglais, le français, l'espagnol et le portugais sont parlées sur d'autres continents : en Amérique, en Afrique et en Australie.

Le terme indo-germanique, encore plus factice et irréel que Tindo-européen, employé exclusivement par les savants allemands, correspond encore moins à la réalité et semble donner une importance non justifiée à un membre du groupe.

Il reste donc le terme : aryen, langues aryennes. Les linguistes ont pris Thabitude de discerner sous le terme : aryen les langues indo-iraniennes, parlées entre le Gange et la mer Caspienne, car, paraît-il, il n*y avait qu’eux qui portaient le nom ô^Aryas. D'autres prétendent que les peuples Proto-Aryens de la vaste aire eurasiatique étaient divisés en de nombreuses tribus et ne se désignèrent sous un nom commun à tous.

Ces considérations nous paraissent être erronées. Il est vrai que nous n’avons pas d’attestations historiques, que le peuple qui a fait souche des tribus proto-aryennes s’appelait Aryas i), comme les peuples Indo-Iraniens qui ont conservé ce nom. Mais les langues indo-iraniennes ignorent le mot « labourer », attesté par une même racine dans les principales langues proto-aryennes : lat. aro, lit. ariu, gr. àpôco, v. irl. airim dont dérive le nom Aryas, qui devait signifier primitivement « labou-

(q On sait qu’en sanscrit arya signifie comme adjectif € fidèle, dévoué », comme substantif « maître, seigneur ». La première signification « laboureur » a été perdue pendant une longue vie nomade et pastorale aussi bien par les Indiens que par les Iraniens, chez qui le mot aryas a la même signification c fidèle, légal », et s’appliqua aussi à la nation et au pays : Airya, Aria, Ariana, déformé ensuite en Eran, Iran, pour désigner l’empire persan dans son ensemble.

Les Indiens appelaient Arya-varta la partie de llnde entre l’Hymalaya et les monts Vindhya, le noyau de l’Inde brahminique.

Avant-propos

reur», comme en lit. arejas, artojas^) «laboureur» 2 ).

Il est probable que les tribus indo-iraniennes qui se glorifiaient de porter le nom à^Aryas « laboureurs » raient perdu à la suite d’une période transitoire de migration et de vie nomade. Cette circonstance prouverait que les tribus indo-iraniennes gardèrent jalousement à travers l'espace et le temps le nom primitif du peuple-souche duquel elles se détachèrent et qui se nommait probablement Aryas « laboureurs », pour se faire distinguer des peuplades primitives préaryennes de chasseurs et de pêcheurs 3).

On sait, d'ailleurs, que chez les peuples Indo- Iraniens, le nom à'Aryas, était réservé à certaines

(‘) Il est singulier que les anciens Perses s’appelaient Artaîoi (àpraïoi), nom qui nous a été transmis par Hérodote

(vn, 61 ).

(3) Toutefois, je dois convenir que Fr. de Saussure a raison lorsqu’il dit (Op. C., p. 308) : « Le mot pour c labourer » manque dans les idiomes asiatiques, mais cela ne signifie pas que cette occupation fût inconnue à l’origine ; le labour a pu tout aussi bien tomber en désuétude ou se faire par d’autres procédés, désignés par d’autres mots *.

En effet, les Indo-Iraniens ont employé une autre racine pour désigner le laboureur, krsh (karsh), zend karesh dont le sens propre est « traîner, vexer, blesser (la terre) », èlx « tirer », lit. velku c traîner » ; au sens « tirailler, vexer », se rattache le lit. karsti € carder, étrier».

(*) Jacob Grimm Geschichte der deutschen Sprache, p. 121, croyait, pour des raisons fondées sur la linguistique, reconnaître des débris de cette population primitive en Europe nordique et centrale que Tacite, à la fin du 1er siècle de notre ère, caractérisa dans Germania (46) par des traits peu flatteurs en les désignant sous le nom de Fenni (Finnois). € Ils se distinguent par leur caractère extraordinairement inculte, disait Tacite, et leur indigence repoussante. Ils ne possèdent ni armes, ni chevaux, ils n’oht pas de résidence fixe; ils se nourrissent de fruits sauvages, ont pour tout vêtement des peaux de bêtes et couchent sur la terre nue.

p. J. Gabrys 2

classes supérieures de la population ; lorsque Darius se vante d'être Aryas, c'est pour se distinguer d'une partie de ses sujets, chez lesquels Hérodote distingue trois classes sociales, dont l'une au moins n'avait pas droit au titre à'Aryas.

Le Rig-Véda, chez les Hindous, ne qualifie à*Aryas que les trois premières castes, celles de Brahfnanes, de Kchatryas et de Vaicijas.

On pensait qu'il n'existait point de mêmes distinctions chez les autres peuples auxquels on étend généralement le nom à*Aryens. Or, nous savons que chez les Grecs le mot àpcazos (aristos) se rattache à la même racine ar, la signification primitive de aristos est « celui qui sait labourer le

Leurs seules armes sont les flèches qu*à défout de fer ils garnissent de pointes d*os : la chasse est leur seule occupation et les femmes chassent comme les hommes. Ils n’ont même pas de maisons, mais vivent sous les tentes qu’ils ^briquent en tressant des branches d’arbre».

L’étymologie de Fenni donnée par plusieurs linguistes et tout dernièrement par T. £. Rarsten (les Anciens Germains p. 129) ne paraît pas être satisfaisante ; M. Rarsten fait dériver ce nom du verbe hypothétique got finpan « trouver ou aller chercher ». Fenni signifierait donc, d’après M. Rarsten, « chercheurs, collectionneurs », de quoi ? M. Rarsten ne nous le dit pas, il ajoute seulement qu’il s’agît c d’un ancien mot voyageur » (?), c’est expliquer l’inconnu par l’inconnu. Id la phonétique n’a pas de rapport avec le sens que veut lui attribuer l’auteur. Nous tenterons une autre étymologie.

Etant donné que le vocalisme du grec s’est révélé comme le meilleur représentant du vocalisme aryen, voyons comment Fenni de Tadte furent appelés par les auteurs grecs.

Ptolémée (II. 2- 3-) parlant des Finnois (Fenni) les appelle vtvLOL OU encore ovevixvùoi, or vienas en lit. signifie « seul » (correspondant au lat. unus), il existe en lit. dial, un substantif dérivé de vienas, — vieniknis (pluriel vienikniai) — pour désigner c un homme habitant seul, isolé », ce qui correspondrait à l’état réel de la population primitive, décrite par Tadte et Ptolémée.

Avant-propos

mieux, le meilleur laboureur », elle comportait une idée de supériorité, car «laboureurs» — Aryas, se considéraient, certainement, supérieurs aux habitants préaryens, chasseurs et pêcheurs, du pays qu'ils occupèrent.

Homère, dans VOdyssée (IX, 108, 113, 114, 122, 124, 160, 167, 244), donne une vision claire de ce qu'était la vie de cette race primitive préaryenne qu'il appelle Kuklôpes, habitant de® cavernes. « Ils ne labourent pas, dit Homère, ils ne cultivent même pas la terre à la main ».

Mais il est plus significatif encore que Homère (Iliade, IX, 539) donne le surnom ô!Areï au peuple des Kurêtes, cela confirmerait notre thèse qu'à l'époque proto-historique et préhistorique existait le nom générique de Aryas, Areï, ayant la signification primitive « laboureurs » que portait le groupe des tribus proto-aryennes.

La population préaryenne de l'Europe du genre des Fenni de Tacite, ou de Kuklôpes de Homère fut appelée probablement barbares par les Proto- Aryens.

Ce nom nous a été transmis par les Grecs, nous le trouvons chez Homère : ^dpf^apos^ ^ap^apôcpojvoc Cariens (Iliade II, 867), il se retrouve aussi chez les Indiens sous les formes de barbares, barvara, varbara, varvara. Nous ne pouvons pas admettre qu'il s'agisse d'un emprunt d'un peuple à l'autre, parce que ce terme se rencontre dans le Mahâbhârata comme dans le Rikprâtisâkhya, traité de prononciation et de récitation annexé au Rigvêda, qui date d'une époque plus ancienne. Nous devons donc remonter à la source aryenne commune.

Les Indiens, de même que les Grecs, ont attribué le nom de Barbares aux peuples d'origine non

aryenne, étrangers ou même aux hommes des castes inférieure», dégradés et incultes.

Quelle serait Tétymologie du mot harhara, varvara ?

L’indianiste Benfey voulut le faire dériver de la racine scr. hrv-(hvar) «courbe». Son point de vue fut combattu par Kuhn et Max Muller qui voulaient le faire dériver du radical scr. var « courir ».

Ni l’une ni l’autre étymologie n’explique l’origine de ce mot.

J’aimerais tenter une nouvelle étymologie. Nous voyons que ce mot provient du redoublement bar + bar. Quelle est l’étymologie du mot bar ? Il semble être composé de deux racines be + ar ; 6^ en lituanien signifie « sans », en lituanien courant on se sert de be pour désigner la négation, surtout en cas de négation double renforcée ne - be comme en français ne - pas, par exemple ne-bematau « je ne vois pas », ne-be- turiu « je n’ai plus ».

Il est fort probable que dans le protoaryen, comme en lituanien be avait la signification de négation, dans ce cas + ar = bar pouvait signifier « celui qui ne sait pas labourer, homme inculte, non aryen, étranger ».

Le redoublement a été souvent employé dans 1-e proto-aryen poiu: exprimer l’idée de superlatif comme c’était le cas, par exemple, de Arar — ancien nom de la Saône, z^raurw - Hérault, pour désigner les terrains très aptes à la culture ; bar + bar pouvait donc signifier « complètement inculte, arriéré, ne ressemblant en rien à l’aryen », comme c’était le cas des Fenni de Tacite, ou des Kuklôpes de Homère.

Avant-propos

Puisqu’il existait, chez les Proto-Aryens le terme négatif pour désigner des non-Aryens, sous le nom de Barbares, il devait exister, à plus forte raison, un terme positif pour se désigner euxmêmes probablement sous le nom de Aryas-Areï, le premier nom attesté dans le Rigvêda, le deuxième dans VIliade, de Homère.

Cela appuyerait notre thèse que le peuple souche dont descendent les peuples d'origines aryennes s'appelait Aryas, Areï.

On pensait aussi que le nom d'Aryas serait étranger aux peuples occidentaux d'origine aryenne. Or, on sait que l'ancien nom de l'Irlande était Erin, Ereen, Eire, c'est ce dernier qui a été adopté comme nom officiel par le gouvernement libre d'Irlande ; d'ailleurs on sait qu'en v. irl. le mot aïre signifiait € maître ».

On connait aussi de très nombreux noms de personnes et de lieux en Europe occidentale contenant le radical ar, tels que le chef des Suèves Arioviste, le roi des Boïens Ariomanus.

De très nombreux noms de lieux à travers l'Europe occidentale dérivant de la racine ar, prouvent la présence des Proto-Aryens dans ces parages à l'époque préhistorique ; nous ne citerons ici que les plus connus : VAar fl. en Suisse, VArc l'étang de Berre (France) ancien Arics, VAra aragonais, VAhr près de Coblentz, le rupt d'Ar en Moselle, Arve affl. du Rhône i).

(i) M. A. Dauzat (Noms de lieux p. 196) présume que ces noms soient préaryens et doivent être attribués à un peuple inconnu qui séjournait longtemps dans le grand couloir Rhin-Rhône qui serait refoulé dans les Pyrénées (par qui?). Le radical ar, d'après lui, devait avoir le sens € d'eau » ou € eau courante » (en quelle langue ?). Cette hypothèse nous

Val d*Aran (dans les Pyrénées), les îles Arran (près de Tlrlande), presqu'île à*Arran en Ecosse Ô>rès de Glasgow).

D'innombrables noms de lieux à la racine ar, à travers toute l'Asie antérieure et l'Europe occidentale, comme Aras-Araxe £1. en Transcaucasie, lac Aral, les noms des pays : Aria, Ariana, Eran ; Arragon affl. de l'Ebre (Espagne), Argancia auj. Arance fl. des Basses-Pyrénées, prouvent la présence des tribus aryennes à l'époque préhistorique en Europe occidentale. Il est donc logique de leur attribuer le nom générique des Aryens, le nom que conservèrent jusqu'à l'époque historique les Aryens orientaux : Indo-Iraniens.

Ce sont certainement les Aryens, comme leur nom l'indique, qui inventèrent et propagèrent l'agriculture.

On sait que plusieurs auteurs : Max Muller, d'Arbois de Jubainville (Les premiers habitants de VEurope) et d'autres, refusent de reconnaître l'origine aryenne aux peuples qui n'exercèrent pas l'agriculture. En effet, tous les peuples d'origine aryenne avaient en grand estime la cultiure des champs et ont entouré cet art d'une vénération toute particulière.

paraît être erronée. On sait que le radical ar a la signification du c labour » dans les principales langues proto>aryennes ; les fleuves et cours d*eau ayant dans leurs noms le radical ar pouvaient signifier les vallées de ces cours d’eau c aptes à l’agriculture ». Ainsi les noms comme Arar (ancien nom de la Saône), Arauris, Hérault, ayant le radical ar redoublé, expriment une id^ de superlatif, c’est-à-dire, les endroits particulièrement aptes à l’agriculture. Or, M. Dauzat tente d’expliquer vainement l’inconnu par plus inconnu encore.

n semble donc certain que ces noms de lieux, dérivés du radical ar, doivent être attribués non aux pré-Aryens comme le présume M. Dauzat, mais aux Aryens.

Avant-propos

On connait le mythe du « Roi-Laboureur » chez les Gètes, les Phrygiens, les Thraces, les Lituaniens et chez d'autres encore.

Ce mythe est résumé par A. H. Knappe Mythologie Universelle, p. 114). « A la recherche d'un roi, les messagers doivent élire, suivant un oracle, celui qu*ils trouveront en train de labourer un champ. Ils n'y manquent pas, et le « Roi-Laboureur », ainsi choisi, est le premier d'une dynastie puissante. Dans plusieurs versions on ajoute le rôle d'une femme, épousée par le nouveau roi, ce qui nous permet de conclure qu'il s'agissait de la cérémonie du hpàs ydiios accomplie sur le champ nouvellement labouré. Parfois aussi on parle d'un repas pris sur la charrue et d'un rite de divination. Point de doute que le mythe en question ne soit basé sur des rites agraires ».

Il est singulier que chez les peuples d'origine aryenne leurs chefs, leurs rois devaient être avant tout des laboureurs et non des guerriers. Nous verrons dans cette étude comment naissait la notion même du labour qui devait signifier primitivement « marcher, aller et venir (derrière la charrue »), car dans le vocabulaire hittite la racine ar a cette signification.

Nous avons donc le droit de supposer que le peuple-souche, qui inventa la culture des champs, ainsi que l'outillage agricole : lat. aratrum, lit. arklas, arm. arawr « charrue », la mesure des champs Vare et leur donna les noms universellement employés, pouvait s'appeler Aryas, Arejaï, Areï et tous les peuples qui en descendent seraient en droit de s'appeler Aryens.

D'ailleurs, nous croyons devoir faire observer que le terme aryen ne comporte dans notre étude

aucune signification raciale, nous remployons uniquement pour désigner la notion de la parenté du groupe linguistique au lieu d'employer le terme géographique suranné, irréel et illogique d'indoeuropéen ; ainsi nous suivons l'exemple de plusieurs savants, auteurs d'ouvrages relativement récents, S. Reinach, G. Sergi, Zaborowski, Gordon Childe, G. Poisson.

Abréviations

Acc. — Accusatif.

Adj. — Adjectif.

Adv. — Adverbe.

Av. — Avestique.

Del. grm. — Delaporte grammaire.

Del. voc. — Delaporte vocabulaire.

Dict. — Dictionnaire.

F., fm. — Féminin.

Frq. — Fréquentatif.

Gén. — Génitif.

Gr. — Grec.

Irl. — Irlandais, lmp. — Impératif.

Rursch. Rurs. dict. — Dictionnaire de Rurschat-Rursaitis.

Hitt. — Hittite.

Lat. — Latin.

Let. — Letton.

Lit. — Lituanien.

Lit. dial. — Lituanien dialectal.

Liet. — Lietuviu.

M. — Masculin.

N., ntr. — Neutre.

Nom. — Nominatif.

Osq. — Osque.

Qq. ch. — Quelque chose.

PI. — Pluriel, pl. t. — pluralia tantum.

Prob. — Probablement.

Pron. poss. — Pronom possessif.

Rac. — Racine.

Samog. — Samogitien.

S., sg., sing. — Singulier.

Scr. — Sanscrit.

Subst. — Substantif.

Tokh. — Tokharien.

Verb.-verbe ; verb. tr. — Verbe transitif.

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