‹ PargaChapitre 1 sur 1 · A PARIS · texte numérisé non relu

A PARIS

DELAUî^AY, LIBRAIRE, P ALÀIS-ROYAL

MONGIE, BOULEVARD POISSONNIÈRE, N«. i8.

JVlAiTRE de la terre et des cieux , Dernier recours du faible qu'on opprime , Arbitre des humains , toi qu'on peint à mes yeux Comme l'espoir du juste et le vengeur du crime ,

Des imposteurs et des ambitieux Le genre humain toujours sera-t-il la victime ? Verrai-je encor long-temps les peuples insultés , Comme de vils troupeaux et vendus et comptés , Passer de sceptre en sceptre au gré de la victoire \

Et leurs conquérans effrontés Lever impunément leurs bras ensanglantés

Vers le ciel qu'outrage leur gloire?

Est-ce donc pour jamais que tes puissantes mains Aux caprices du glaive abandonnent la terre?

L'effroyable droit de la guerre Est-il le code affreux qui régit les humains ? Et d'où vient qu'à tes pieds repose le tonnerre , Quand le fort et l'injuste , armés du cimeterre , D'un peuple désarmé renversent les destins ?

De leurs fureurs monument déplorable , Parga t'adresse en vain ses pleurs et son encens ,

Parga , vpuve de ses enfans , Gémit en vain du sort qui les accable.

A l'aspect de Leucade , et non loin de ces mers

Où de Rome et de l'univers , Auguste et son rival disputèrent l'empire , Naguère florissait , aux rives de l'Épire , La modeste cité dont je plains les revers. Sous le joug qu'à la Grèce impose le Tartare ,

Sou front ne s'était pas courbé.

Autour de ses rochers tout avait succombé ; Et seul , parmi les Grecs , à la loi du barbare Son peuple s'était dérobé.

Autour d'elle régnaient le meurtre et le pillage , Le désespoir et la terreur ; Aux pieds d'un stupi de vainqueur Rampaient des peuples sans courage 5 Les champs , flétris par l'esclavage ,

N'y répondaient qu a peine aux soins du laboureur 5

Les fleuves teints de sang roulaient avec horreur

Les effrayans débris d'un éternel ravage , De l'incendie et du carnage

Les hameaux dépeuplés accusaient la fureur ;

Le soleil à regret éclairait cette plage :

Tels sorrt les fruits d'un pouvoir oppresseur :

Amans du despotisme , admirez son ouvrage !

. Dans les champs de Parga régnait la liberté. Son souffle créateur animait l'industrie : De l'opulence oisive et de la pauvreté Le travail préservait cette terre chérie :

Parga s'applaudissait de sa félicité ; Les enfans de Parga bénissaient leur patrie.

Cérès , dans leurs étroits vallons , Ne faisait point flotter des moissons abondantes 5 Mais la nature est riche , et ses mains bienfaisantes

Leur prodiguaient ses autres dons.

L'olivier , dont Pallas avait doté la Grèce ,

Pour eux surchargeait ses rameaux -,

Bacchus , sur leurs rians coteaux , De ses pampres joyeux étalait la richesse. Sur des prés émaillés bondissaient leurs troupeaux. Les échos redisaient les chansons des bergères , Et la mer, où voguaient leurs cent barques légères , Livrant à leurs filets l'habilant de ses eaux , Leur portait les trésors dos plages étrangères.

Vingt ruisseaux limpides et frais Baignaient en murmurant leur rive parfumée ,

Et dans leurs odorans bosquets , Au feuillage immortel du chêne et du cyprès , L'oranger mariait sa verdure embaumée.

C'est là qu'aux jours de fête, au retour du printemps , A l'heure où du soleil , dans les ondes amères ,

Plongeaient les coursiers haletans , Les filles de Parga , sous les yeux de leurs mères , Se livraient sans contrainte à leurs jeux innocens.

La Grèce , où Vénus reçut l'être , Des filles de Parga célébrait la beauté.

Leurs yeux brillaient de volupté ; Les plaisirs et l'amour sous leurs pas semblaient naître ; Mais dans ces jeux qu'animait leur gaité,

s PARGA,

L'amour sans la pudeur n'eût point osé paraître :

L'innocence des mœurs naît de la liberté.

Ainsi brillait Parga sur les mers d'Ionie ,

Tandis que la Grèce avilie S'abandonnait au glaive et dormait dans les fers.

Ainsi dans les tristes déserts ,

Dans cette aride et vaste plaine , Où des vents nubiens la dévorante haleine

Embrase la terre et les airs , Au voyageur charmé se montre en souveraine Le fertile Oasis et ses bocages verts.

Mais du croissant jaloux le formidable empire Roule autour de Parga ses foudres menaçans. L'aspect d'un peuple heureux blesse l'oeil des tyrans. Aly, le fier Aly, l'oppresseur de l'Epirc,

Le plus féroce des brigands Qu'ait inscrits la fortune aux fastes de l'Hégire ,

Poursuit de ses ressentimens Un peuple généreux qu'il brûle de détruire. Toujours ivre de sang et de sang altéré ,

Il compte ses jours par ses crimes 5 Et , dans l'horrible soif dont il est dévoré , S'irrite que Parga recueille les victimes , Que dérobe la fuite à son glaive abhorré.

De cette ville hospitalière

Ses cris depuis vingt ans insultent les remparts.

Comme un lion à l'ardente crinière ,

Sur cette peuplade guerrière , 11 jette un rugissant de farouches regards.

l'OEME.

« Renoncez , disait-il , au Dieu de vos ;mcêtres. » Au dieu de Mahomet élevez des autels. )) Foulez aux pieds la croix , exterminez vos prêtres. )) Dans la race d'Othman reconnaissez vos maîtres ; » Ou le fer tombera sur vos fronts criminels. »

Parga ne répondait que par le bruit des armes. Ses enfans belliqueux méprisaient les alarmes ;

Ils combattaient pour leur pays ,• Et , quand le fier visir descendait des montagnes.

Loin de compter leurs ennemis , Du sang de ses guerriers rougissaient leurs campagnes. Tant d'efforts cependant épuisaient leur vigueur. Le nombre tôt ou tard triomphe du courage -, Et Parga dès long-temps eût subi l'esclavage ,

Si d'un bouclier protecteur La France n'eût couvert ce fortuné rivage.

Elle était dans sa gloire 5 et ses brillans exploits Remplissaient la terre étonnée.

De Tilsitt à Corcyre elle dictait des lois.

Des lauriers d'Iéna la tète couronnée , Elle marchait environnée D'un cortège de rois.

Mais la France elle-même a connu l'infortune.

Du trône de l'Europe un soldat fut j;iloux ,• Un soldat lassa la fortune 5

Et le crime d'un homme est retombé sur nous.

Garde-toi d'en rougir , ô France , ô ma patrie î Montre dans tes revers une noble fierté.

Ton antique valeur ne s'est pas démentie.

Tu fonderas ta liberté ;

Et ta gloire n'est pas flétrie. .

Eh I quel peuple jamais contre tant d'ennemis Défendit son honneur et son indépendence?

Vingt potentats se sont unis.

Vingt rois se sont levés dans toute leur puissance. L'orgueil , l'ambition , la haine , la vengeance Armaient les bataillons que l'Europe a vomis ;

Et tu n'avais que ta vailllance.

Pressé par tes rivaux , trahi par tes voisins , Ton empire s'écroule , et ta chute est l'ouvrage Des rois qui t'enivraient de leur perfide hommage ^ Et les états liés à les destins

S'engloutissent dans ton naufrage.

Aly reprend le glaive ^ et ses discours hautains Annoncent à Parga la mort et le ravage.

A ses légions d'assassins De Parga qu'il entoure il promet le pillage. Ainsi , dans un troupeau dispersé par l'orage . Quand la foudre a fait fuir le berger effrayé , Un loup cruel s'élance , avide de carnage , Sur le timide agneau par sa mère oublié.

Parga tremble ; et dans sa détresse Cherche qui la dérobe à la main vengeresse Du tyran dont l'Epire accuse les fureurs. Tel est le sort du faible , où la force est maîtresse ; El Parga livre sa faiblesse Au plus puissant de nos vainqueurs.

Sous son égide tutélaire Albion la reçoit , Albion la défend.

Le drapeau d'Albion s'élève triomphant

Sur les murs où flottait naguère Le drapeau que suivaient les héros de Fridland ,

De Fleurus , d' Aréole et du Caire.

Le musulman farouche a suspendu ses coups. Il dévore le frein qu'à sa rage on impose.

Parga , l'objet de son coun-oux , Sur la foi d'Albion se calme et se repose.

« L'Anglais , disait Parga , n'aime point les tyrans.

» A ses destins la liberté préside.

» L'Anglais préservera d'un despote homicide

)) ]Nos lois , notre culte et nos champs, » Espoir fallacieux ! sécurité* perfide !

Ainsi se confiait à ses heureux destins

La cité qu'arrose le Tage , Dans ce jour désastreux , où des feux souterrains Troublèrent tout à coup son opulent rivage , Du fleuve et de la mer soulevèrent les eaux ,

Et , dans Lisbonne aux sept collines y Confondant les palais , les temples , les vaisseaux , N'offrirent au soleil que d'horribles monceaux

De morts , de cendre et de ruines.

Ce jour fut moins affreux pour les murs lusi tains Que le moment terrible où Parga consternée Apprit que d'Albion les décrets inhumains Au joug des musulmans l'avaient abandonnée ; Et que dans ses tristes remparts ,

12 PAllGA,

Au mépris de la foi donnée , Aly venait planter ses sanglans étendards. De ce peuple trahi qui peindra la tristesse ?

Quel désespoir , quelle horreur le saisit? De quels gémissemens la cité retentit ! Au pied des saints autels quelle foule se presse ! Femmes , enfaus, yieillaids , tout pleure, tout frémit. Le guerrier , dont les yeux méconnaissent les larmes , A l'aspect de ses fils soupiie, s'attendrit , Agite en frissonnant ses impuissantes armes. Les magistrats, les chefs de la tribu ,

Pour calmer un peuple éperdu , Semblent douter encor de cet arrêt sinistre j

Et d'Albion qui Ta rendu Courent interroger l'inflexible ministre.

« Est-il vrai , disent-ils , que Parga doit périi j » Que, rompautlessaints nœuds qui nous devaientuMJr, )) De nous et de nos biens ton souverain dispose? » Que nous reproche- 1- il ? quelle serait la cause » Du cruel châtiment que nous allons subir ? » Ignores-tu quel joug il nous impose ? » Ah ! contemple la Grèce , et vois notre avenir. )) Ne rougirez-vous point de votre ingratitude ,

)) Peuples et rois qui nous abandonnez ? » Et les Grecs pour jamais seront-ils condamnés

» A la plus triste servitude ?

» Reine antique des nations , :> La Grèce , où des humains éclata le génie ,

» Par vingt siècles d ignominie ,

» N'est-elle point assez punie

POÈME. i5

)) De ses vieilles dissensions ?

1) Peuples, restez unis, craignez les factions. )) Du jour où par Philippe elle fut asservie , )) La Grèce n'a compté que des afflictions. )) De ses avides mains Rome Ta dépouillée. » Rome qu'elle instruisait la jeta dans les fers ;

» Et , comme Rome et l'univers , » Par les brigands du nord la Grèce fut souillée. )) Voyez ce qu'en ont fait leurs communs attentats ! » Les discords des Césars , les schismes de Téglise . » Le fanatisme des prélats , « Et l'ambition de Venise, '» Les révoltes des grands et leurs sanglans débats , » Les désordres du Bas-Empire , » Ces torrens impurs de soldats » Qu'entraînait vers Solime un aveugle délire , » Tous les maux ont enfin désolé nos climats ; •>} Et dans la nuit obscure où l'Europe affligée

)) \ it périr ses lois et ses mœurs , » Dans ce gouffre de maux , de crimes et d'erreurs. » Que rouvrit l'ignorance en idole érigée ,

)) Par ces fléaux dévastateurs , » Comme le monde entier la Grèce fut plongée.

» Mais de ces esprits ténébreux )) L'Europe a renversé la honteuse puissance ; » Ses peuples ont brisé le joug de l'ignorance , » Et le flambeau des arts s'est rallumé pour eux. » Que dîs-je ! ce flambeau , dont la vive lumière

)) Resplendit sur votre horizon , » Vous l'avez rallumé sur la tombe d'Homère » Et d'Euripide et de Platon.

i4 PARGA,

)) Vous chantez nos aïeux, vous admirez leur gloire.

» De leurs vertus , de leurs exploits , » Sur le marbre et l'airain vous gravez la mémoire. )) Vous devez à la Grèce et vos arts et vos lois. )) D'un pied religieux vous parcourez ses villes j » Vous faites retentir l'écho des Thermopyles

)) Du grand nom de Léonidas.

M Sur les murs dégradés de la superbe Athènes , » Vous cherchez les palais ornés par Phidias , )) Et la tribune où tonna Démosthènes.

» Les débris de la Grèce en deuil » Décorent vos cités, embellissent vos temples.

» Vous imitez avec orgueil

)) Ses monumens et ses exemples.

•» Et des Grecs opprimés vous détournez les yeux ! » Et vous souffrez , ingrats , qu'ignorant leurs aïeux, » Ils rampent dans les fers d'un vainqueur plus barbare

» Que le Vandale et le Bulgare )) Dont vous avez flétri les noms injurieux î » Une ville restait : vos sermens tutélaires , » Soutenaient de Parga les deslins chancelans. » Aux pieds du même Dieu nous portons nos prières. » Parga vous a commis les jours de ses eufans. )) Ils sont vos alliés , vos pupilles , vos frères ;

» Et vous les rendez aux tyrans

» Dont ils ont bravé si long-temps » Le culte sacrilège et les mains sanguinaires. » Dans nos lemparts à la flamme livrés , » Vous verrez d'un œil sec nos femmes expirantes , » Leurs pères , leurs époux , leurs enfans massacrés , » Et du féroce Aly les hordes insolentes

POEME. i5

» Parer de nos tètes sanglantes , » Nos temples , nos autels à leur dieu consacrés î » Ose nous affranchir de cette loi cruelle , )) Ministre d'Albion , porte-lui nos douleurs. » Ton roi ne peut vouer à d'aussi grands malheurs

» Ceux qu'il a pris sous sa tutelle.

» D'un peuple gémissant il entendra la voix. » Il ne permettra point que l'arrèl s'accomplisse ^ » Ou riiumanilé , la justice , » Ne sont plus les vertus des rois. »

A ce discours l'Anglais reste immobile.

Il dérobe ses pleurs ; et d'une main servile Présente en rougissant à ce peuple effrayé L'irrévocable arrêt qui lui fut confié.... De la triste Parga la plainte est inutile.

« Cessons de supplier et de nous avilir, »

S'écrie un guerrier téméraire , En jetant sur l'Anglais un regard de colère 5

« Qui peut combattre et sait mourir

» Ne descend point à la prière.

» Qu'il soit maudit par nos neveux » Le jour où des Anglais nous manque la tutelle. )) Quel que soit notre sort, qu'il retombe sur eux. » Il est quelques vertus dans cette île infidèle ,

» Il est des Anglais généreux » Qui , plaignant nos revers , embrassant la querelle

» D'un peuple libre et malheureux , » Blâmeront l'Angleterre et rougiront pour elle. » Mais la raison d'état y proscrit la pitié.

)) Des murs de Copeuliague aux plaiucs de Mysore ,

)) Tout la condamne , toul déplore )) Sa politique avide ou sa fausse amitié. » D'une gloire jalouse elle accuse la France ; )) Et pour quelques lauriers qu'a glanes sa vaillance , » Elle a cru des Français effacer les exploits ! » Du genre humain , dit-elle , elle soutient les droits 5 )) Des peuples , à l'entendre , elle a pris la défense , )) Et d'un usurpateur elle a vengé les rois ! )) Mais d'où vient qu'elle seule a gardé ses conquêtes ? » Que par ses léopards sont encore occupés )) Et le rocher de Malte et le Cap des tempêtes , » Et tant d'autres pays par son sceptre usurpés ? 5) Le jour même, où, prônant ses desseins magnanimes, » Elle rendait la France à ses vieux potentats ,

)) L'Angleterre , en d'auti'es climats , » Enchaînait de Candy les princes légitimes ,

» Et leur dérobait leurs états.

» C'est à nous maintenant d'en être les victimes 5

» Vos pleurs ne l'attendiiront pas.

» Du roi qui fait votre espérance )) Vous iriez vainement embrasser les genoux. » Nous ne pouvons servir ni payer sa puissance ; )) N'attendons rien de lui , s'il n'attend rien de nous. )) Et ! qu'importe après tout sa funeste alliance ? » On se passe aisément de perfides amis ; •» Et la valeur s'accroît en des périls extrêmes.

» Qu'Albion nous livre à nous-mêmes ,

» Nous attendrons nos ennemis. » Parga n'est point encor la proie et la conquête

» Du visir altier qui s'apprête

POÈME. ly

)) A noyer dans le sang nos autels profanés.

1) Par l'âge aux doigts de fer ses traits sont sillonnés 5

» Le glaive du sultan est levé sur sa tête ,

« Et des jours immortels ne lui sont pas donnés.

» La paix a réparé nos pertes :

» D'un peuple belliqueux , instruit à le braver, » Aly retrouvera nos campagnes couvertes- » Confions-nous au temps j le temps peut nous sauver.

» Que nos enfans et que nos femmes .) Combattent avec nous lui tyran détesté. >) L'amour de la patrie et de la liberté » Peut donner à leurs bras ce qu'il donne à leurs âmes,

» La force et l'intrépidité.

» Armons-nous, armons-nous! courons à nos frontières! » Cent guerriers de Parga valent mille Ottomans.

» A leurs phalanges meurtrières , » Disputons pas à pas nos rochers et nos champs.

)) Ne les cédons à leurs bannières )) Qu'ils ne soient tout couverts de cadavres fumans j » Et s'il faut dans nos murs nous chercher un asile ,

» Si , pour les fermer au visir,

)) Notre vaillance est inutile , )) De l'antique Sagonte apprenons à mourir.

)) Que dans notre ville embrasée » La flamme par nos mains soit partout attisée ; » Qu'il ne reste de nous qu'un brillant souvenir; )) Et , faisant à Parga de nobles funérailles ,

» Sous les débris de nos murailles ,

« Jurons de nous ensevelir. »

i8 PARGA,

Ainsi parle un héros ; et l'ardeur qui l'enflamme

Dans tous les cœurs passe à la fois.

Tous jurent de mourir -, tous s'arment à sa voix. Les enfans de Pai ga n'ont qu'un bras et qu'une àme. Les travaux de la paix partout abandonnés

Cèdent aux travaux de la guerre.

Le soc quitte les champs à demi sillonnés ,

Et se transforme en cimeterre Avec la faux qui les a moissonnés.

On s'anime , on s'irrite ; on rappelle la gloire Des héros du vieux temps frappés dans les combats . Tandis que du visir et de ses attentats

Les vieillards racontent l'histoire.

« On l'a vu , disait l'un , gorgé de sang humain ,

» Le fer et la flamme à la main , » Des mufs de Prévésa commander l'incendie 5 )) Mutiler des chrétiens les corps inanimés , » Et livrer à ses Turcs la dépouille et la vie

» De trois cents captifs désarmés.

M Des meurtriers lui-même il excitait la rage ; MjDes chrétieps égorgés contemplait les douleurs ^ « Et du haut d'un palais insultant à leurs pleurs , » Aly souriait au carnage. »

« Le destin , disait l'autre , en ses fers m'a jeté. » J'ai connu la férocité )) Des instrumens de sa puissance.

)) Le compagnon , l'ami de mon enfance « Partageait ma captivité.

T) Aux murs de Janina conduits en esclavage ,

» Nous suivions du tyran les barbares soldats. M De mon ami fatigué du voyage

» Je calmais les douleurs et soutenais les pas.

» Un farouche Albanais se plaint qu'il nous arrête.

» Il le prend aux cheveux , il lui tranche la tête ;

» Et ce fardeau sanglant est remis à mon bras !

» Le visir pour les siens n'est pas moins redoutable. » C'est par ses coups que son frère a péri j M Et sur le sein qui l'a nourri M II a porté sa main coupable.

)) Un fils, dont il aimait à vanter les hauts faits ,

» De la belle Frosine adorait les attraits.

» Ce despote jaloux , ce père impitoyable

» Fit jeter dans les flots l'objet de son amour-,

» Et quarante beautés , dont les charmes funestes » Pouvaient l'enflammer à leur tour,

•» Allèrent de Frosine accompagner les restes. )) Voilà quel infâme tyran » Albion nous donne pour maître , » Aux fureurs de quel musulman

» Des Anglais, des chrétiens nous ont vendus peut-être!

» Ah ! plutôt s'engloutir au fond de l'Océan ,

» Plutôt mourir cent fois que de le reconnaître ! »

« Oui , s'écrie un peuple indigné , )) Nous fuirons dans la mer profonde ; » Nous mourrons tous avant qu'on dise au monde » Que sur nous le monstre a régné. »

Au milieu de ce peuple , une femme s'élanco. Un glaive pend à ses côtés 5 Et son ht as agite une lance.

ao PARGA,

« Ecoutez , dii-elle, écoutez :

» Dans les murs de Souly j'ai reçu la naissance; » Et l'un de vos guerriers , devenu mon époux , î> M'associe à l'honneur de combattre pour vous. 5) Connaissez le visir , redoutez ses promesses. » Ci^aignez moins sa valeur , craignez moins ses soldats » Que ses brigues et ses richesses.

» Restez unis , vous ne périrez pas.

» Souly dans ses rochers le braverait encore •, » Les enfans de Souly ne seraient p.as détruits ,

« Si du despote que j'abhorre » Les trésors corrupteurs ne les avaient séduits^ » Trois foLs il nous porta la guerre , » Trois fois il implora la paix.

» Aly rentrait dans son palais 5 » Mais de ses bataillons nous engraissions la terre. » Ces brigands , si hardis contre leurs prisonniers , » Oflraient dans les combats une palme facile.

» Quand Souly pleurait dix guerriers, » Les musulmans en pleuraient mille.

» Croyez-en mes discours 5 je les ai combattus : w Croyez-en ces anneaux que ma main vous présente : » Je les ai détachés de la main expirante » De trois chefs albanais par mon glaive abattus. » L'or seul de l'Albanais a miné nos murailles. » Plus puissant que le fer , l'or a vaincu Souly j

» Et ses guerriers , si grands dans les batailles , » N'ont pas su repousser les richesses d'Aly. » Une part de nos chefs déserta la patrie , » Une autre livra ses drapeaux , » Pour les grandeurs et le repos

POÈME. ai

» Qu'un tyran promettait à leur ignominie. )> Mais l'ialidélilé ne fut pas impunie :

» En les livrant à ses bourreaux, » Le perfide visir pava leur perfidie.

» Ils connurent alors qui les avait déçus.

» Ils invoquaient la foi promise.

» Le visir se riait de leurs cris superflus : » Ils parlaient de traités , le visir les méprise ; » Ils invoquaient Souly, Souly n'existait plus.

De nos guerriers un faible reste w N'avait pu contre Aly défendre nos remparts. » Ils n'avaient obtenu que la gloire funeste

» De mourir sous leurs étendards.

» Mais que Souly fut grande au jour de son naufrage !

)) Elle trouva dans ses malheurs » Un héros digne d'elle , un chef dont le courage » Sut préférer la mort à de viles grandeurs. » Réduit par la faniint^ et non par ses vainqueurs ,

11 feint de céder à l'orage 5 V II promet au visir nos murs et noire hommage ,

)) Et reçoit ses ambassadeurs.

» Samuel leur sourit en les voyant paraître , )) S'incline j... Et tout à coup un amas de salpêtre, >) Que la terre enfermait dans ses flancs caverneux, M Sous nos murs ébranlés , s'allume , éclate, tonne , » Engloutit Samuel dans un gouflre de feux ,

)) Et le peuple qui l'environne , » Et les ambassadeurs d'un despote orgueilleux. » Ceux qu'épargne la mort s'indignent de survivre. » J'ai vu nos citoyens s'empresser de les suivre j »■ T os vieillards à leurs fils de»"'''--!-" '« tr«ioas :

aa PARGA,

)) J'ai "VU mes illustres compagnes )) Saisir leurs enfans daus leurs bras ,

)) Et se précipiter du haut de nos montagnes.

» Un Turc audacieux a retenu lAes pas.

» L'infâme, séduit par mon âge ,

» Au fils de son visir destinait mes appas.

» Mais je n'ai pas long-temps gémi dans l'esclavage. )) En flattant ce monstre odieux , » J'ai dérobé son cimeterre.

M Le sang de Imfidèle a coulé sur la terre -,

» Et son coursier m'a conduite en ces lieux. )) J'y respirais pour la vengeance :

» Le jour en est venu-, j'en rends grâces aux cieux. » Ecoutez mon expérience :

» Repoussez du visir les dons fallacieux 5

)) Imitez Samuel : que ce nom glorieux

» Des enfans de Parga soutienne la vaillance.

)) Jusqu'à la iln des temps ce nom doit parvenir j

» Au bout de l'univers sa gloire doit s'étendre.

» Que la patrie en vous ainsi se fasse entendre. « Voilà comme il faut la chérir , » Voilà comme il faut la défendre ;

» C'est ainsi qu'avec elle un héros doit mourir. »

La foule à ces discours prête une oreille avide 5

-Sa valeur s'en accroît , sa haine a redoublé •, Ce peuple , en tumulte assemblé ,

Au-devant du visir demande qu'on le guide. L'enfant même le plus timide Au nom d'Aly n'a plus tremblé.

Déjà les plus hardis ont quitté leurs murailles.

POÈME. aS

Et vers les monts précipitant leurs pas, Impatiens de signaler leurs bras, Entonnent l'hymne des batailles.

Ainsi sur un brasier attisé par les vents , Dans un vase d'airain que la flamme environne , L'eau s'agite et bondit, et murmure et bouillonne, Et s'élance à flots écumans Hors du vase qui l'emprisonne.

Qui donc arrêterait cet élan belliqueux ?

Qui pourrait condamner ce peuple valeureux,

Et n'applaudira sa victoire ?

Qui ? grand Dieu! le diraî-je , et le ferai-je croire ? C'est l'Anglais-, c'est un peuple orgueilleux de ses droits, Qui pour sa liberté, pour son culte et ses lois^

Combattît avant tant de gloire.

Il désarme les bras qu'il devrait appuyer j Aux yeux de ces héros il ose déployer L'appareil de la force et de la tyrannie 5

Et sur la mer, à son sceptre asservie , Il montre ses vaisseaux prêts à les foudroyer.

Au nom du sultan de Byzance , Il commande la paix et la soumission ;

Il menace la insistance.

Il traite de rébellion Le devoir le plus saint , la plus^ juste défense , L'amour du sol natal , de la religion ,

' La fidélité , le courage , Le mépris de la mort , l'horreur de l'esclavage , Ce qui fait les héros , ce qui faisait les dieux ,

a4 PARGA,

Ce que la race humaine admira d'âge en âge, Ce que le monde entier paira de son hommage Tant que l'astre du jour brillera dans les cieux.

Parga voudrait en vain conserver l'espérance.

Par la voix d'Albion les destins ont parlé ;

Du poids de son malheur ce peuple est accablé.

Sa haine est réduite au silence.

Le jour fatal approche •, il vient, il est venu. Déjà du despotisme, avant-coureur sinistre , Des sultans et d'Aly se présente un ministre. Dans leurs rangs protecteurs les Anglais l'ont reçu 5 Il harangue le peuple , il cherche à le séduire :

Il promet un règne de paix ^ Sa bouche laisse voir un perfide sourire , Et ses mains pleines d'or annoncent des bienfidts: Mais, comme ses discours , son or est sans attraits ; Le peuple avec horreur devant lui se retire.

« Va , lui dit un vieillard, tes efforts seront vains j » Ne juge point de nous par l'avide insulaire » Qui trafique des rois et du sang des humains. » Des tyrans de la Grèce esclave mercenaire , » Apprends à nous connaître , et referme tes mains.

» Va tenter des peuples serviles,

» Dont l'or est la divinité 5 » Qu'ils te vendent leur sang, leurs enfansetleurs villes^

)) Qu'ils te vendent leur liberté.

» C'est un bien qu'à nos yeux nul autre ne balance , )) Et vous épuiseriez , sans l'avoir racheté , )) Tout l'or de l'Angleterre et tout l'or de Byzance.

' POÈME. u5

» S'il est vrai qu'au sultan nos remparts soient vendus, » Plantez-y ses drapeaux , régnez sur ce rivage ,

» Ses habitans n'y seront plus.

)) L'exil nous sauvera d'un honteux esclavage.

)) A l'exemple des Phocéens, » Nous irons confier nos mœurs et nos destins

» A des régions étrangères.

» Nul enfant de Parga n'acceptera vos fers.

» Nous emporterons sur les mers

» Jusqu'aux ossemens de nos pères. »

Le vieillard s'éloigne à ces mots , Entraîne sur ses pas une foule éplorée , Et marche vers l'enceinte à la mort consacrée , Où des fils de Parga sont creusés les tombeaux. L'Anglais s'étonne , admire , et garde le silence.

Tant de grandeur l'a confondu.

Il n'ose réprimer un transport qui l'offense 5 . Dans son âme s'élève im remords inconnu 5

Et le ministre de Byzance ,

Dans sa stupide indifférence ,

Ne conçoit pas tant de vertu.

Mais quel autre , grand Dieu ! qu'un farouche Tartare Soutiendrait sans gémir ce tableau déchirant , Ce peuple infortuné sur des tombeaux errant , Que des plus chers objets la fortune sépare !

Qu'est devenu ce peuple de héros ? ■ La douleur a glacé leur belliqueuse audace.

La voix lugubre des échos Par des sons gémissans répond à leurs sanglots.

Au sombre désespoir la valeur a fait place.

({ Pardonnez, disaient-ils, ô mânes révérés I

» Pardonnez , si nos mains impies , » Des tombeaux que ces mains vous avaient préparés, )) Viennent déshériter vos dépouilles chéries. ))Nos dépouilles , hélas ! n'y seraient point unies. » Nous parlons ; nous quittons les foyers paternels. )) Voire Dieu dans Parga va perdre ses autels ,

)) Et vos tombes seraient flétries. »

Delà terre à ces mots le sein est déchiré.

Le sépulcre en s'ouvrant pousse un cri lamentable ,

Et rend ce qu'il a dévoré.

Cent générations , ô spectacle elïVoyable !

Remontent au jour étonné ,•

Et la trompette redoutable Du haut du firmament n'a point eucor sonné ! L'un retrouve une fille , une amante , une mère.

Par un autre sont embrassés Les restes d'un ami , d'une sœur ou d'un père. Sur un vaste bûcher ces restes entassés jNe sont en un moment qu'une cendre légère , Ou des nuages vains par le§ vents dispersés ;

Et de mille bras empressés Le zèle a recueilli cette noble poussière. Quelques-uns , rassemblant avec un soin pieux

Les ossemens de leurs ancêtres , Dans un vase béni par la main de leurs prêtres, Emportent dans l'exil ces restes précieux. Que de nouveaux chagrins , de nouvelles alarmes

A ces soins viennent se mêler !

POEME. an

Tout pour leur infortune est un sujet de larmes ^

Rien ne s'oflVe à les consoler.

Ici , dans un riant bocage , • Un vieillard promenait ses regards attristés ;

Il croyait mourir sous l'ombrage

Des arbres qu'il avait plantés.

Là c'est un laboureur dans la force de l'âge : Couché près des sillons qu'il venait de tracer , A ses fils en pleurant il montrait l'héritage Qu'il reçut de son père , et ne peut leur laisser. Plus loin sont deux amans qu'attendait l'hyménée :

Ils déploi^ent leur destinée , Sous le berceau de fleurs qui vit naître leurs feux •,

L'amour qu'ils se jurent encore ,

L'amour , par qui tout se décore,

Ne l'embellit point à leurs yeux.

Les femmes , déchirant leurs vétemens de fête ,

Meutrissent leurs seins palpitans -,

Leurs cheveux épars et flottans Sont le seul ornement dont se pare leur; tête. Les nochers , vers le port à pas lents desceudus , Détournent tristement vers les humides plaines Les vaisseaux qu'à ce port ils n'attacheront plus. Leur travail est muet; et leurs bras abattus Redressent lentement les mâts et les antennes. Au funeste signal sur la poupe élevé , Plus lentement encor le peuple est arrivé. Quels sanglots, quels adieux, quels cris se font entendre! Vers leurs tristes vaisseaux qu'ils ont peine à marcher! On les voit chanceler , revenir , redescendre.

a8 PARGA,

A la terre natale on les voit s'attacher ,

La presser de leurs bras, l'arroser* de leurs larmes.

La voix des nautonniers ne les peut arracher

A ce sol qui pour eux n'eut jamais tant de charmes.

C'était la saison des amours.

Et le réveil de la nature.

La terre déployait sa plus riche parure

Et le printemps ses plus beaux jours.

Les ruisseaux , par leur doux murmure ,

Les oiseaux , par leurs tristes chants , Tout semblait de Parga rappeler les enfaus 5 Mais ce n'est plus pour eux que renaît la verdure ,

Pour eux qu'ils ont semé leurs champs 5 Ils n'ont plus pour foyers , pour biens et pour asiles Que leur nom glorieux et des vaisseaux fragiles ,

Qu'emportent les flots et les vents.

L'ancre a quitté le sein des ondes ;

Le sein des voiles s'est enflé ; Le gouvernail mugit -, et les vagues profondes

Entre eux et la plage ont roulé.

(( Adieu , s'écriaient-ils , adieu , rive fleurie 5

» Adieu , terre antique et chérie, » Où nos coeurs ont battu pour la première fois !

)) Adieu , malheureuse patrie , » Tes destins vont changer 5 et de la tyrannie

» Tu vas subir les dures lois. »

Prédiction funeste, et trop tôt accomplie!

Dans les murs dépeuplés Aly s'est élanc(> . Comme le tigre sur sa proie.

Sur les tours de Parga le croissant se déploie

Aly de tous côtés porte un œil courroucé.

O fureur ! tout est vide, et sur son cœur blessé

Retombe sa féroce joie.

Dans le sang des chrétiens il venait se plonger. D'un peuple belliqueux dont la gloire l'offense ,

Après vingt ans d'impatience , Sur ce peuple soumis il croyait se venger ,

Et le sang manque à sa vengeance.

Sur des foyers déserts, des remparts désarmés,

Sur mille objets inanimés ,

Il exerce sa barbarie ;

Comme on voit un fougueux taureau , Que pour ses jeux sanglans éleva l'Ibérie , Quand le bras qui l'irrite a trompé sa furie , De l'atlilète échappé déchirer le manteau.

Privé de meurtre et de pillage ,

Il n'a , pour consoler sa rage ,

Que l'incendie et la destruction ^ Et bientôt , dans Parga , la dévastation

Etale son affreuse image.

Des ordres du bai^bare instrumens forcenés , Ses soldats , comme lui , troiTipés dans leur attente , Portent de toutes parts la flamme dévorante ,

Brisent les autels profanés , Egorgent les troupeaux 5 et de leur proie absente Parcourent en hurlant les toits abandonnés.

Les échos sont importunés Des cris que pousse au loin leur fureur menaçante.

Jusque sur les vaisseaux ces cris ont retenti. Le peuple qu'à leurs traits a dérobé la fuite , .

5o PARGA,

Apprend de leurs clameurs quel supplice il évite ,

Quel sort lui préparait la vengeance d'Aly.

« O mer, disait ce peuple , ô mer, sois-nous propice.

» Sujette des Anglais , ne sois pas leur complice ;

)) Protège nos destins errans 5 » Et 5 s'il faut qu'aujourd'hui ton onde nous dévore ,

» Ne roule point nos corps flottans

» Aux lieux où l'Anglais règne encore :

» 11 les vendrait à nos tyrans. »

Dissipe ton effroi , peuplade fugitive -, Tu vivras , et la mer ne veut point t'engloutir. Mais où fuiront tes pas ? quelle sera la rive Où le ciel permettra que ta gloire revive ,

Que ton nom puisse refleurir.?

Ali ! s'il entend les vœux de ma muse plaintive , Le peuple hospitalier qu'a fondé ^ ashington ,

Ce peuple , qu'au joug d'Albion Arracha des Français la fidèle alliance , A travers l'Océan , dont il est l'espérance , Viendrait sur ses vaisseaux recueillir les débris ,

Et la terre , où tant de proscrits Ont retrouvé la paix et l'opulence , Recevrait de Parga les illustres bannis. Là no commandent point des tyrans sanguinaires ,

Ni le fanatisme odieux 5 Là , suivant à leur gré la foi de leurs aïeux, Et de leurs lois esclaves volontaires ,

Tous l<\s hommes vivent en frères , Et de leurs saints discords s'en remettent aux Cieux. Là , sous d'heureux climats, en de fertiles plaines ,

POEME. ' 'ôi

S'élèveraient bientôt , sous vos yeux enchantés , Une Parga nouvelle , une nouvelle Athènes ;

Et tous les Grecs déshérités Iraient peut-être un jour, sur ces plages lointaines ,

Chercher leurs arts et leurs cités.

Que dis-je ! et quels souhaits à mon âme attendrie

Inspirent vos adversités !

Je vous offre des champs , des murs , une industrie ,

Je vous offre vos libertés 5

Mais qui vous rendra la patrie ?

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