‹ Parga; ou, Le brulot, mélodrame en trois actes, a spectacleChapitre 17 sur 42 · SCÈNE IIÏ · texte numérisé non relu

SCÈNE IIÏ

Les Mêmes, DOR VILLE.

THELIE , allaïii vivement a lui.

Ah î venez , venez la lassurci^ , de? larmes coulent de ses yeux, elle craint pour vos jours.

DORVILLE

Cache moi tes pleurs, ma Délia, ils pourraient affaiblir mon courage; l'heure des combats a sonné, je serais indigne de ton amour , .si je ne volais au champ d'honneur. Je ne puis l'offrir ni dos richesses, ni un grand nom... j'ai besoin d'acquérir de la gloire... aux yeux de Ion père , ce sera mon plus beau titre pour obtenir ta main.

S€È1^E ÏV.

Les Mêmes, CÉPHALLL

CÉPHALLI.

Je vous chei'chais , Dorvillej un conseil de guerre va s'assembler, le grade dont vous êles revêtu, vos connaissances dans l'art militaire, sont des motifs sufli.sans pour que vous preniez place parmi n<nis. I^e conseil espère s'aider beaucoup de vos lumières, c'est donc moins une faveur qui vous est accordée qu'un droit qui vous est acquis. On vient , ma chère Délia, laisse-nonsmais .sois assuré que tout en s'occupanf des intérêts de son pays, Ion j)ère pense encore à ton bonheur.

( 7/ t'embrasse , cl Délia rentre accompagnée de T/iélie. )

gClME ¥.

DOU VILLE, CÉPHALLI, TIIELSITOR , KEIISÈS , Principaux chefs des Parganiotes.

CÉPHALLI.

Gueriier.'î, le S'énat m'a charsïé du soin de voiis rass( mbier , il att( i)-l (le vctre expérience et de votre dévoinnent un pl;in de

( '9 ) défense; uu ennemi puissant nous menace, déjA ses )iojnl)iouses pljalanges occupent les environs du vieux Monastère j atlendroiisnous (juc le Paclia vienne porter lr\ guerre sous nos murs, ou n'écoutant qu'une bouillante ardeur, faut-il voler à sa rencontre, et chercher la victoire dans une atlaqut aussi pr<)mptc qu'impétueuse.

THEI.SITOR.

Mourir pour notre culte, et sauver nos familles, tel sera toujours le cri d'un peuple qui combattît vaillamment pour une cause aussi sacrée, mais il y aurait de la témérité à attaquer un ennemi si supérieur en nombre -, une seule bataille flétrirait nos lauriers, un seul jour effacerait des siècles de gloire; cette place forte peut soutenir un siège de plusieurs mois. Constamment sur la défensive, observons les Musulmans, repoussons lems attaques, jetons le découragement dans leur âme, et lassant enfin leur patience , obligeons-les à nous accorder une paix glorieuse et durable.

DORVILLE

Qu'il me soit permis de dire , avec la franchise d'un soldat , qu'il est aussi dangereux qu'impolitique d attendre l'ennemi; que ferions-nous contre une armée refusant le combat, et convertissant le siège de cette ville en un blocus mille fois plus à craindre qu'un vigoureux assaut ; environnés de toutes parts , cernés sur tous les points, nuire défaite serait inévitable, et sans livrer une seule bataille, nous tomberions sous le joug de l'implacable Soliman. Se reposant du succès de la gueri'c, sur la supériorité du nombre,les Turcs sont dans une técnrilé parfaite^ le camp est sans défense, les avant-postes mal gardés... Ordonnez, et cette nuit même, avec l'élite de l'armée , je fonds à l'improviste sur les INTusiiImans, et avant qu'ils soient revenu» de leur surprise, de leur effi'oi, les cris de leurs soldats monrans leur apprendront notre présence.

TIÎELSITOR.

Ce projet est d'une telle hardiesse?... pouvez- vous en prévoir les suites?

DORVILLE

L'éternel repos de Pargaî encouragés par nos premiers succès, et déjà courant aux armes , les AJbanais , les jiabitans de Raguse, et tous les Grecs persécutés, viendront en foule se ranger sous l'étendart de la Croix, et le fier Sultan, étonné , épouvanté de de cette insurrection générale , s'empressera d'offrir lui-même l'olivier de la paix, à un peuple qu'il voulait asservir. ")

( Les assistansfont un geste d'approbation. )

( 20 ) CÈPHALLl. '

Je le VOIS , }»ucriiei;s, volie valeur s'accommoileiait mal des lenlcuis d'un sici^c du «l'un blocus. CicntôL privés de munitions, (Il proie aux horreurs de la laniiiic , quel sei ail noire espoir ? un vii esclavage; notre refuge, la générosité du vainqueur; hors d'élat de nous tléfendre, irons-nous, pour dernière ressource , tomber aux genoux du Pacha? fléchir devant ce conquérant superbe... Guerriers, j'en appelle à votre courage, déjà l'impatience de combattre se lit dans vos regards; eli ! bien , cette nuit môme, le sang coulera. Dorville, après ce que vous avez fait, ce que vous pouvez faire encore, Parga vous devra son salut; comptez snr sa reconnaissance, elle ne peut vous offrir ni titres de noblesse, ni décorations; mais elle croit vous lionoicr en vous confiant le commandement de son armée, et en vous désignant pour marche)- le premier à l'ennemi.

Tni£LSlTOR,à paît.

Quelle préférence injuricu.se.

CÉPHALLl.

Ceux qui m'écoutent , j'en suis sûr, approuveront mon choix.

TOUS, eicepté Thelsilor.

Oui ! oui î...

CÉPHALLl.

Telle e.st la récorapejise que l'Etat vous décerne; et moi, je vous en réserve une autre non moins digne de vous.

THELSITOB . \x part,

Que veul-il dire?

CÉPHALLl.

Vous aimez maDé!ia?que Pargasoit sauvéj et je vous nomme

mon lils.

ÏIIELSITOR , ;. part.

Ociel! qu'entends- je?

nOKViLl-E.

Votre fils! quel prix plus glorieux , quelle récoj\ipensc plu'éclatante !

CEPHALLL

Amis, soyons prêts au piemier signal, que chacun vole ou K devoir l'appelle ; Dorville, allez tout disposer pour ralla(jue de celle nui l vous , TlielsiLu ^ fuites iucltrc Iw.s troupes sous le» •rmcs.'

( 2J ) TIIELSlTOR , a\ec une ironie anicrc.

Je remplirai ce devoir important; je? ne doute pas que sous les ordres du capitaine Dorville, qui va remplir les fonctions de généi'al, nos soldats ne fassent des prodiges de valeur , et ne repoussent les ennemi?, qui, sans doute, voudront bien se laisser attaquer sur terre ; mais ils sont maîtres des mers qui nous environnent ; nous ne possètlons presque plus de bàtimens de guerre , et leurs formidables vaissnauK peuvent nous foudroyer. Quel moyen de défense opposcrez-vous au feu de leurs batteries?

DORVILLE

Si le ciel me seconde , sans courir les chances d'un combat

naval , avec le secours de quelques hommes déicrminés, les bai'-

ques de nos matelots auront détruit ces vaisseaux redoutables,

et demain, les Musulmans chercheront sur la mer les débris de

/leur flotte incendiée.

THELSITOR.

Puisque le général a tout prévu, je n'ai plus rien à objecter. DORVILLE.

Que la promptitude et le silence piésident à nos projets ; nue })ar vos ordres^ ks soldats s'apprêtent à être passés en revue. Vous, Beltoni, visitez les remparts et les ouvrages avancésj vous, Zulaïs, faites l'assembler les armes de toute es])èce ; vous, Kersès , présentez-moi dans un instant tous les matelots et tous les pêclicurs de la côte. . Que la plus grande activité règne dans nos préparatifs; et s'il se pouvait que le destiu nous fut contraire, souvenons-nous qu'entre des fers et le trépas, le choix doit être bientôt fait.

{ ^tant (le se séparer, les officiers le féiicilent ; Thelsilcr reste à l'était et parait plongé dans une profonde rêverie. )

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