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LA UAÎUIÉ DU X' ARRONDISSEMENT

l'activité commerciale règne en maîtresse; c'est le quartier par excellence des marchands de porcelaine, des emballeurs, des layetiers, des commissionnaires en marchandises. Larwe de Paradis doit son nom à un jeu de mots; elle prolonge la rue Bleue, qui, nous l'avons dit, s'appelait d'abord rue d'Enfer; nos aïeux trouvaient plaisant de passer ainsi de l'enfer au paradis, et réciproquement. La rue des Petites-Ecuries rappelle le voisinage des petites écuries du roi, situées au coin du faubourg Saint-Denis. La rue de VEchiquier fut ouverte en 1772, l'année même où naissait le dernier des ducs d'Enghien, celui qui reçut la mort dans les fossés de Yincennes ; aussi la nomma-t-on d'abord rue d'Enghien ; puis ce nom fut appliqué à la rue qui le porte actuellement, percée en 1783. La rue Martel, ouverte en 1778, porte le nom d'un échevin de Paris. De la rue d'Hauteville nous avons déjà parlé. Quant à la rue de Mazagran, son nom seul suffirait à la dater ; elle fut créée, en effet, en vertu d'une ordonnance royale du 31 décembre 1840, l'année où nos troupes d'Algérie avaient glorieusement repoussé dans Mazagran l'attaque des indigènes. Dans cette rue a longtemps habité, au no 9, un des hommes politiques les plus en vue de ce temps, M. Henri Brisson.

Par le boulevard Bonne-Nouvelle, le X^ arrondissement participe au Paris mondain. Le théâtre du Gymnase Dramatique y date de 1820. L'examen des plans du xvni^ siècle, celui de Jaillot, par exemple, permet d'établir qu'il est construit sur l'emplacement du cimetière de Notre- Dame-de-Bonne-Nouvelle ; nous ne nous attarderons pas là-dessus à philosopher. Ce fut d'abord le théâtre de Madame — la duchesse de Berri ayant bien voulu le mettre sous son patronage.

Ludovico Magnol Ludovico Magno! L'orgueil de Louis XIV, l'adulation de ses contemporains s'affichent solennellement par ces inscriptions quatre fois gravées en lettres énormes aux portes triomphales des deux grands faubourgs du Nord.

La porte Saint-Denis est la première en date. Le passage du Rhin, les victoires de Hollande, incitèrent le corps de Ville, en 1672, à faire élever ce monument à la gloire du roi. Blondel en fut l'architecte, Girardon et les Anguier le décorèrent de sculptures. Faut-il admirer sans réserves? Qu'il nous soit au moins permis de critiquer les deux affreux guichets pratiqués dans les jambages de l'arc; ils en rapetissent vraiment la majesté. On ne sait pourquoi la porte Saint-Denis est, de préférence à sa voisine, l'objet de toutes les malices parisiennes. Aux illettrés, on persuade que Ludovico Magno doit se traduire par porte Saint-Denis. Aux maris que ridiculisa Molière, on conseille de ne pas tenter de passer dessous.

Il n'y a rien à dire de la rue du Fauhourg-Saint-Denis, sinon qu'elle est très vénérable par sa vieillesse, que ce fut le chemin des entrées royales et aussi celui des cortèges funèbres, non moins royaux, qui allaient à Saint-Denis, et encore celui des criniinels et autres, que l'on menait pendre àMontfaucon. N'omettons pas non plus de consigner ici que la maison portant aujourd'hui le n° t)5, et, il y a soixante ans le n° 71, est celle où naquit, le 30 janvier 1841, d'un modeste « fabricant de fauteuils » , M. Félix Faure ^ naguère président de la République française.

Tramways à la façade de L'opéra populaire.

DIXIÈME ARRONDISSEMENT

Phot. Neurdein.

LA PLACE DE LA RÉPUBLIQUE, LIMITANT LES 111% X« ET XI« ARRONDISSEMENTS.

corne incessante, fiacres chargés de bagages et camions de pierres de taille, trottoirs où circulent des gens affairés et où flânent en grand nombre des « mentons bleus )> et des « m'as-tu-vu », négociants, titis, trottins, bourgeois, gens de campagne, ce mélange de contrastes donne au boulevard de Strasbourg une physionomie très vivante, très spéciale aussi. Et chaque soir, deux cafés- concerts, modèles du genre, l'Eldorado et la Scala, y servent à une foule qui ne s'en lasse jamais des flots de couplets patriotiques, de chansons égrillardes, de langoureuses romances et même des revues fm de siècle.

Un peu plus haut, se trouve le Théâtre- Antoine, dit anciennem'ent des Menus-Plaisirs, où le Théâtre-Libre, après diverses étapes, paraît s'être définitivement fixé. Nous n'avons qu'à rappeler ici d'un mot quel rôle novateur il a joué dans l'évolution théâtrale, autant pour les pièces que pour l'interprétation ; ce fut une révolution.

La rue du Faubourg-Saint-Martin dégage une impression de lumière, de gaieté que pourrait lui envier sa voisine du faubourg Saint-Denis. Gela tient à ce que celle-ci est moins large de près de 4 mètres. La porte Saint-Martin, elle aussi, contribue à constituer au faubourg un accès d'une réelle grandeur. Elle con- , sacre, en un hommage à Louis XIV, semblable à celui qu'avait suggère la campagne de Hollande, les victoires remportées en 1674 par les armées de Turenne et de Gondé. Elle a été construite sur les plans de Pierre Bullet et sculptée — assez chichement, il faut le dire -par quatre artistes tout à fait oubliés : Le Hongre, Le Gros, Marsy, Desjardins.

Une des curiosités du faubourg Saint-Martin, c'est la série de ses vingt-huit fontaines en fonte, élevées en 1848 au moyen de souscriptions faites volontairement par les riverains. Empruntons à une source officielle, Vlnventaire des richesses de la ville de Paris, la description minutieuse de ces édicules : « Un piédestal à pans coupés en fonte, posé sur une plinthe en granit. Ce piédestal supporte un groupe de deux figures assises, reliées par des guirlandes de feuilles d'eau et adossées à un piédouche

UNE DES FONTAINES DU FAUBs S^-MARTIN.

orné qui supporte une fausse vasque ovoïdale. Ces groupes représentent alternativement des tritons et des naïades. Un enfant, accroupi au milieu d'ustensiles de pêche et jouant avec un oiseau aquatique domine l'ensemble de la fontaine. »

La mairie du X« arrondissement, située rue du Faubourg-Saint- Martin, à l'angle de celle du Ghâteau-d'Eau, offre cette particularité tout à fait à son honneur qu'elle est sans conteste la plus belle des vingt mairies parisiennes. Elle est jusqu'ici la plus neuve, son inauguration officielle ayant eu lieu le 28 février 1896.

C'est en 1886 que l'on commença à se préoccuper de l'état de délabrement de l'hôtel municipal. Plusieurs projets de construction, plusieurs emplacements aussi, furent proposés ; il fut question d'élever la mairie sur l'emplacement de la prison de Saint-Lazare, ou à l'angle du boulevard Magenta et de la rue du Faubourg-Saint- Martin, ou enfin de la reconstruire sur place, et c'est ce dernier système qui prévalut. L'ancienne mairie occupait, paraît-il, un hôtel dit des Arts, acheté par la ville de Paris en 1819 pour en faire une caserne, reconstruit en 1848, et aménagé alors pour les bureaux administratifs. Tous les architectes furent admis à concourir pour la construction du nouvel édifice; ils se présentèrent au nombre de quarante; c'est le projet de M. Rouyer que le jury adopta, le lOmai 1889. Il semble qu'il n'y avait plus qu à se mettre à l'œuvre, et cependant les difficultés financières compliquèrent tellement les choses que la première pierre ne fut posée que le 10 janvier 1892.

L'inauguration, nous l'avons dit, eut lieu le 28 février 1896, jour de triomphe pour M. Rouyer, et avec justice, car son œuvre mérite toutes les louanges, même celle de ressembler beaucoup à l'Hôtel de ville. C'est dire qu'elle est dans le style de la Renaissance. Au moment où elle s'achevait, M. Yillain a pu déclarer justement qu'elle avait « le double avantage d'être un monument d'art dont Paris pourra s'honorer, d'être un bâtiment pratiquement distribué, où tous les services seront à Taise sans exagération et d'être aussi une

construction qui, au point de vue financier, ne lui ménagera pas d'onéreuses désillusions ». Il est vrai que les deux millions primitivement votés ont été à peu près exactement doublés.

Nous emprunterons encore à M. Villain lindication des divers locaux où avait été successivement installée la mairie de Farrondissement : ce fut d'abord dans le presbytère de Saint- Laurent; puis, en Tan IX, au n*^ 30 de la rue de Bondy; en 1811, lapremière maison à droite de la rue Granges-aux-Belles, aujourd'hui portant le n° 32 de la rue de Lancry; 2^j[, rue ïliévenot en 1824; 20, rue de Bondy en 1832, et enfin, à partir de 18'i8, sur son emplacement actuel. Futil jamais mairie plus instable?

La rue du CJiâteau- d'Eau (on devrait dire de Tancien Ghâteaud'Eau) a le privilège de posséder une maison unique à Paris par son exiguïté, car elle n'a que l^^jlO de façade et un seul étage.

Cette masure porte le n^ 39.

La rue Hitlorlf (farchitecte qui a bâti tant d'édifices du quartier) longe la façade Nord de la mairie ; elle nous conduit à la rue Pierre-Bullet (le constructeur de la porte Saint-Martin) où se voit, au n° 6, l'hôtel qu'habita Gou-

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