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L'AVENUE DE LA REPUBLIQUE

masques titubant, trébuchant, hoquetant, lord Seymour, fier de son surnom de « milord l'Arsouille », qui jetait des pièces de monnaie aux gamins et aux ivrognes. Ces réjouissances scandaleuses ne dépassèrent pas la Révolution de 1848.

La rue du Faubourg-du-Temple n'est plus maintenant qu'une des plus populeuses artères de la périphérie, sans autre intérêt que de posséder un moyen de transport jusqu'ici unique à Paris : le funiculaire de Belleville, qui dessert, pour leur plus grand profit, quatre arrondissements :

les XS XP, XIX« et XX«. Il a commencé à transporter des voyageurs précisément le 27 mai 1891, après des difficultés inouïes d'essais, qui se continuèrent 'même après l'ouverture de l'exploitation, et se compliquant de contestations financières, durèrent bien trois ans : de quoi fournir abondamment sujet à la chansonnette aux petits théâtres, aux faiseurs de brocards, et même aux revues techniques. Le système est des plus simples : dans un caniveau souterrain, un câble actionné par une usine sise à Belleville communique sa force motrice aux voitures, qui prennent contact avec lui à l'aide d'un grip. Pour obtenir l'arrêt, il suffit au conducteur d'isoler le grip de ce contact, et de serrer le frein. La vitesse étant produite par le mouvement incessant du câble est forcément la même à la montée qu'à la descente.

A ce quartier, devenu si peuplé en moins d'undémi-siècle, on jugea qu'il fallait une paroisse, car il ne disposait que d'une chapelle de Saint-Joseph, située rue Corbeau (X® arrondissement), près de l'hôpital Saint-Louis. Par délibération du 17 août 1860, le Conseil municipal confia à Théodore Ballu la construction d'une église devant être également dédiée à saint Joseph, sur l'emplacement d'une caserne située entre les rues Parmentier et Saint-Maur. L'œuvre, conçue dans le style roman du xii® siè-

JnwûmimuË ^^^ ^^^ ^^^ belle — nous dirions presque trop ^^toISh belle, en raison de la ferveur de la population iMillMB V^^^ laquelle elle a été faite, car cette ferveur ^"" est des plus tièdes. On a donné à deux rues

avoisinantes les noms de Dar^o?/, archevêque de Paris, et Deguerry, curé de la Madeleine, tous deux victimes de la guerre civile de 1871 ; il eût été habile de choisir un autre quartier pour cette manifestation expiatoire.

h'avenue Parmentier est le boulevard des Italiens du quartier. Projetée sous le second Empire, elle est l'œuvre de la République. Nous retrouverons plus loin la maison mortuaire du père illustre de la pomme de terre, dont elle porte le nom. Il reste peu de choses à dire des autres voies : la rue d'Angoulême fut ouverte en 1781 sur les terrains du Grand -Prieuré de France (le Temple), dont le duc d'Angoulême était alors grand prieur. La rue de Nemours — hommage à un fils de Louis-Philippe — fut créée

ONZIEME ARRONDISSEMENT

en vertu d'une ordonnance royale du 27 juin 1838, autorisant le sieur Vimont à faire ce percement sur ses terrains. La rue des Trois-Bornes a un passé plus respectable; elle date du xvii« siècle, mais ce n'était alors qu'un chemin de terre.

Les deux plus beaux fleurons du quartier Saint-Ambroise sont, de même que pour le quartier précédent, une église et une avenue. Parlons d'abord de l'église, dont il tient son vocable.

Le 12 août 1636, une communauté de femmes, les Annonciades du Saint-Esprit, quitta Saint-Mandé pour venir s'établir dans une maison de la rue Popincourt, et y subsista jusqu'à ce que la Révolution l'ait, supprimée en 1790, comme tous, les autres couvents. Seule, sa chapelle fut maintenue et conservée au culte, en qualité de succursale de la paroisse Sainte-Marguerite ; elle était dédiée à Notre- Dame -de -Protection ; on la nomma Saint-Ambroise. Girault de Saint -Fargeau en dit, de visu, que « c'est un édifice assez vaste et solidement construit, dont le portail pyramidal produit un effet agréable». Il*ne laissait pas, cependant, que de gêner le passage du boulevard Voltaire; aussi décida-t-on de le démolir pour construire, un peu en arrière, l'église actuelle, dont Ballu a été l'habile architecte. Pendant que son édification se poursuivait, l'ancien monument resta debout : quelques rares gravures nous les représentent ainsi côte à côte. Saint-Ambroise ne fut inaugurée qu'en 1869; c'est assurément un fort bel édifice, dans le genre roman — que décidément Ballu prisait fort, puisqu'il avait adopté le même style pour Saint-Joseph, que nous venons de mentionner — mais il ne coûta pas moins de 2,217,534 francs et 58 centimes, sans compter qu'il a eu les honneurs d'une luxueuse monographie formant un volume in-folio édité en 1874.

La rue de Popincourt commence là maintenant pour aboutir à la rue de la Roquette, mais, avant 1868, elle se prolongeait jusqu'à la rue Oberkampf aux lieu et place de celle de la Folie-Méricourt, que l'on

jugea sans doute trop courte.

Les historiens les plus véridiques nous apprennent que, sous Charles YI, Nicolas de Popincourt, président au Parlement, avait dans cette région une maison de campagne, une « folie ».

Le chemin qui y menait prit le nom de son propriétaire. Voilà donc, pour une rue de faubourg, des lettres de noblesse assez vénérables. Il paraît aussi qu'au xvi« siècle les calvinistes avaient là un prêche, ce qui donna lieu à une émeute durant la nuit du 29 décembre 1561. Les Lettres de Catherine de Médicis mentionnent à ce sujet un certain Bertrand, seigneur de Popincourt. Ce que les historiens n'ont pas relevé, croyons-nous, ce sont trois passages très curieux du Livre commode des adresses de Paris — ce Bottin si précieux d'Abraham de Pradel pour l'année 1692 — où il est question de Popincourt :

d'abord, à propos du jardin médicinal qui y était situé et où se trouvait une bibliothèque, « qui est ouverte seulement les dimanches après vêpres, en faveur des médecins, des chirurgiens et des apothicaires artistes, qui confèrent en même temps sur les nouvelles découvertes qui se font dans les sciences naturelles et dans les arts qui en dépendent » (tome P^ p. 137 de l'édition de la Bibliothèque Elzévi-

FAÇADE DU LYCEE VOLTAIRE (sur l'avenue de la république).

Un peu plus loin (p. 178), l'auteur fait une copieuse réclame à la pension pour les malades sise à « Pincourt » et d'où l'on a, dit-il, une vue magnifique. Il semble bien que cette maison de santé, aïeule de toutes les autres, fut une dépendance du jardin médicinal dont il vient d'être parlé, d'autant plus que, cinq pages plus bas (p. 183), du Pradel parle avec chaleur encore des «baignoires et étuves vaporeuses de nouvelle invention qui se tiennent en jardin médecinal de Pincourt, entre la porte Saint-Louis et la porte Saint- Antoine ».

Du Pradel dit toujours Pincourt et non Popincourt. Au siècle suivant, Jaillot observe aussi que le peuple ne dit pas autrement. Cette corruption du langage n'a pas persisté à notre époque.

Dans la partie de la rue de Popincourt qu'a absorbée la rue de la

VUE DE L'ÉCOLE DE COMMERCE (avenue de la république).

FAÇADE DU LYCÉE VOLTAIRE (boulevard de ménilmontAnt).

Folie-Méricourt, avait été construite, au xviii^ siècle, une caserne pour les gardes-françaises, la caserne Popincourt, dont une cité ouvrière et la rue Pasteur représentent maintenant remplacement. Le marché Popincourt s'élève un peu au delà, dans un terrain quadrangulaire où était, il y a soixante ans, une voirie de la Yille.

Larwe Oberkampf, que parcourt avec fracas l'omnibus 0, se nommait jadis rue de Ménilmontant, et avant, de toute antiquité, chemin de Ménilmontant. Un décret du 24 août 1864 lui donna le nom du célèbre fabricant de toiles peintes (mort en 1815) ; le vocable primitif a été réservé à la partie qui traverse le XX« arrondissement.

En suivant à droite les boulevards extérieurs, les vastes bâtiments du lycée Voltaire nous avertissent du voisinage de Vavenue de la République où s'ouvre la principale façade. Cette avenue porte bien son nom. Quoiqu'elle ait été conçue dans le plan d'Haussmann et amorcée, sous le nom d'avenue des Amandiers, entre le Ghâteau-d'Eau et la rue de Malte, le second Empire ne put ou ne voulut rien faire pour ce quartier de travailleurs ; c'est l'honneur de la troisième République d'avoir mené à bonne fm, il y a quelques années, une œuvre aussi importante. On s'en est aperçu dès qu'elle fut livrée à la circulation : il paraissait merveilleux de n'avoir que

1,640 mètres à faire pour aller de la place de la République au Père- Lachaise; puis, par l'avenue Gambetta, de gagner sans grand effort les sommets de Belleville. Quel soulagement pour les chevaux lourdement chargés 1 Quelle voie directe pour les convois funèbres! Quelle route aisée pour les tramways du nord-est, qui en prirent possession effective et exploitante le 1«^ juin 1896.

Puisque l'usage s'est introduit de donner aux bâtiments scolaires des proportions monumentales, on ne s'étonnera pas que le lycée Voltaire, le plus jeune des lycées de Paris, n'ait pas dérogé, au contraire. C'est un palais, sinon pour la beauté (non pas qu'il soit laid), du moins pour la grandeur, et son architecte, M. Train, y a fait entrer toute une carrière de pierres de taille pendant les cinq ans qu'on a mis à

l'élever. La durée des travaux est inscrite à la façade par les dates 'I884-- 4 889, gravées au-dessus des bustes sculptés de Voltaire et de Lavoisier représentant, l'un les lettres, l'autre la science. En réalité, l'établissement n'a été ouvert à son jeune public qu'à la rentrée de 1890.

D'abord destiné à donner exclusivement l'enseignement moderne, son cadre s'est élargi et l'enseignement classique y est professé suivant ÉGLISE FLAMANDE (rue de charonne). les programmes

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