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MAISON MORTUAIRE DE VICTOR HUGO

balaya tout ce luxe, auquel se mêlaient pas mal d'impuretés. Domaine national, offert en vente à l'encan, le château ne trouva qu'en 1815 un acquéreur, et, heureusement, un acquéreur digne de lui, Sébastien Érard, facteur de pianos, dont les héritiers indirects le possèdent encore maintenant.

Devant la Muette s'étend la gracieuse promenade du Ranelagh, vestibule du bois de Roulogne. Il paraît que, vers 1780, lord Ranelagh avait patronné sur ses terres de Ghelsea, près de Londres, un bal champêtre qui eut tout de suite beaucoup de succès. Gela donna ridée au sieur Morisan d'en créer un analogue sur les pelouses de la Muette. L'autorisation lui en fut donnée par le maréchal de Soubise, gouverneur du château, et la vogue ne lui manqua pas davantage, grâce à la reine, toujours avide de prendre part aux fêtes populaires. G'est de là aussi que, pour la première fois, Pilâtre de Rozier partit en ballon, en 1783. Après la Révolution, après l'invasion de 1815 qui saccagea le bois de Roulogne, les bals du Ranelagh furent ouverts de nouveau, mais exclusivement à l'aristocratie. Il y a bien longtemps qu'ils se sont fermés pour toujours. Le Ranelagh n'est plus qu'un élégant parc sillonné d'avenues ombreuses dont quelques-unes sont bordées de villas. Au n^ 2 de l'avenue Ingres, est la maison où mourut Rossini le 13 novembre 1868. On ne pouvait trouver meilleur emplacement pour honorer par un monument la mémoire de La Fontaine.

SEIZIEME ARRONDISSEMENT

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Enfin, le Ranelagh a eu la gloire, non médiocre, d'être choisi, en raison de son charme même, comme lieu d'arrivée de l'empereur et de l'impératrice de Russie, lors de leur visite solennelle à Paris, dans la matinée du 6 octobre 1896.

Ce fut, pour les privilégiés à qui il fut donné d'y assister, une inoubliable solennité. Depuis tant de mois que Paris, que la France entière vivaient dans l'attente fiévreuse de cette visite, féconde en espérances, il n'est pas excessif de dire que ce matin-là, toutes les pensées convergèrent sur le Ranelagh. A l'heure fixée

— dix heures du matin

— le train impérial s'arrêta à quelques mètres en avant de la gare de Passy. Venant de Cherbourg, il avait été conduit directement par Versailles et ' l'embranchement d'Ouest - Ceinture. Un débarcadère d'une rare élégance s'élevait en bordure de la voie; les souverains descendirent. Le président de la République , les ministres, tous les hauts fonctionnaires de l'État et de la Ville étaient là. Après les présentations prévues par un cérémonial rigoureux, le cortège se mit en marche, gagnant Paris par le bois de Roulogne et les Champs-Elysées. L'enthousiasme de la foule immense qui avait passé la nuit à l'attendre, était indescriptible... On devrait bien marquer par un monument commémoratif — il en a été question — cette minute de gloire, sans précédent et probablement sans retour, dans les annales du Ranelagh.

Au Nord du -domaine de la Muette, la translation du Fleuriste de la Ville au parc des Princes (Boulogne), décidée en 1894, consommée en 1898, a déterminé la création d'un nouveau quartier sur les deux rives du chemin de fer de Ceinture, entre les gares de Passy et de Favenue Henri-Martin. Il est à peine sorti de terre et sa prospérité est déjà assurée. On a eu l'heureuse idée de donner aux voies nouvelles des noms d'hommes de lettres contemporains que la postérité devait retenir : Emile Augier, Jules Sandeau, Eugène Labiche, Octave Feuillet, Guy de Maupassant, Edmond About, Gustave Nadaud. Ils sont bien placés dans le voisinage d'un point où convergent les avenues Victor-Hugo et Henri-Martin.

Cette dernière, qui limite au Nord le quartier de la Muette, le séparant de celui de la Porte-Dauphine, a reçu sa dénomination en 1883 (l'éminent historien est mort rue Vital, 38, le 14 décembre 1883). Elle s'appela à l'origine avenue de l'Empereur, puis avenue du Trocadéro. Lamartine aurait eu, si sa gloire n'avait pas été déjà pourvue, des droits de priorité à en être le parrain, car il l'habita longtemps, dans un chalet que lui avait donné la Ville et où il mourut en 1869. Sa statue, œuvre de Marquet de Vasselot, s'élève depuis 1886 dans le square Lamartine, tout voisin, coquet en dépit de ses cy^orès, qui lui donnent quelque peu l'air funèbre.

Construite de 1875 à 1877 par M. Godebœuf, architecte municipal, la mairie fait très bonne figure à l'angle de l'avenue Henri-Martin et de la rue de la Pompe ; elle a remplacé l'ancienne mairie de Passy sise sur la place du même nom, où stationnent les omnibus de la Bourse.

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