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AU BON PÈRE DE FAMILLE

En revanche, comme l'on s'arrête respectueusement dans la grande allée centrale, devant le saule qui abrite la si modeste tombe d'Alfred de Musset, où se lisent les beaux vers du poète :

Mes chers amis, quand je

[mourrai,

Plantez un saule au cime-

[tière ;

J'aime son feuillage éploré ;

La pâleur m'en est douce et

[chère,

Et son ombre sera légère

A la terre où je dormirai !

Le mur des fédérés, situé à l'extrême angle Est-Nord-Est du cimetière, est, dans l'arrondissement, la lugubre réponse au mur de l'enclos de la rue Haxo. C'est au Père-Lachaise que se termina dans le sang la résistance désespérée des troupes de la Commune. Qui dira jamais combien d'hommes moururent là pour la défense d'une idée qu'ils croyaient juste! Pris les armes à la main, leur procès n'avait pas besoin d'être instruit, le mur fatal les guettait pour la

LE MONUMENT AUX MORTS, par Bartholomé.

fusillade. Il n'est pas de lieu plus tragique : et cependant, de là, on entend le gai tintement de la cloche du tramway de Saint- Augustin ; on entend, à l'heure des récréations, les cris joyeux des enfants du groupe scolaire voisin, rue de Bagnolet; mais, quand revient l'anniversaire de la semaine sanglante , ce coin du cimetière se remplit des manifestants du souvenir, porteurs de bannières et de couronnes rouges, et la police a parfois quelque peine à en régler le cortège farouche.

En 1887, la Ville de Paris a fait élever, un peu au-dessus de l'entrée de la rue de la Réunion, une sépulture peut-être bien humble, aux (( Victimes non reconnues de l'incendie de l'Opéra -Comique — 25 mai 1887. »

Depuis 1889, le Père-Lachaise est pourvu d'un four crématoire, situé dans la partie supérieure, non loin de la porte de l'avenue du cimetière qui aboutit sur la place Gambetta. Le goût de l'incinération ne s'est pas encore beaucoup développé chez les Parisiens, bien que, chaque année, ce procédé de destruction de l'être humain soit plus en faveur. L'appareil ne reste cependant pas inactif ; on y brûle les cadavres des hôpitaux, les débris provenant des salles de dissection, les enfants mort-nés, que personne n'a réclamés pour les faire inhumer. En 1894, un columbarium définitif a été construit où 10,000 cases peuvent recueillir les cendres humaines.

La chapelle du cimetière occupe l'emplacement de l'ancienne demeure du confesseur de Louis XIV. Elle n'offre pas d'autre intérêt. Au bas des rampes qui y donnent accès, est installé, depuis le l^^ novembre 1899, un monument très digne de remarque. Œuvre du sculpteur Bartholomé, il est consacré «aux morts qui n'ont point de tombeau ». Le symbolisme en est saisissant : les figures que représente le motif principal sont celles de l'humanité, l'homme, la femme, l'enfant, traversant la vie, non sans lassitude, puis arrivés au terme, gisant dans le tombeau, d'où l'Espoir, la Foi les attirent, en soulevant la dalle, vers la lumière de l'éternité. C'est l'idéalisation du spiritualisme.

Avant de quitter cet empire des morts, il convient, pour n'en pas sortir trop attristé, de

VINGTIEME ARRONDISSEMENT

se remémorer ce couplet aimable d'un poète, lui aussi mort aujourd'hui, Eugène Imbert :

Gens de travail, gens de loisir, Que la terre soit blanche ou

[verte, Il vous accueilJe avec plaisir.

Et pour tous sa porte esfcou-

[verte.

11 abrite sous ses tilleuls L'enfance aux bonheurs éphô-

[mères, Et les soupirs des grands aïeuls Répondent aux sanglots des

[mères.

Mais, sitôt qu'un gai soleil luit, Gomme il berce, comme il

[apaise

Ceux qui viennent dormir chez

[lui.

Mon voisin le père Lachaise !

Par la porte voisine delà rue des Rondeaux — un singulier nom pour un tel voisinage — on atteint tout de suite le spacieux carrefour qui s'est appelé successivement place de Puebla, place des Pyrénées, et depuis 1894, place Gamhetta. La mairie de l'arrondissement y fut commencée en 1868 pour ne s'achever que dix ans plus tard. Son architecte a été M. Salleron. Elle est conçue dans le style ordinaire de ce genre d'édifices municipaux — type Renaissance avec couronnement obligatoire de campanile — ce qui, d'ailleurs, n'a rien de déplaisant. La rue du Japon la sépare d'un gentil square que la rue de la Chine sépare à son tour de l'hôpital Tenon. Pourquoi ces dénominations asiatiques? La première date de 1867 et est due au voisinage de la seconde, qui existait déjà, il y a cent ans; c'est là ce qui intrigue fort nos étymologistes parisiens. De la rue de Ménilmontant à celle des Partants, elle était sur le territoire de Belleville. Une délibération du conseil municipal de cette commune, à la date du 5 avril 1836, prescrivit qu'elle fût pavée. Les frères Lazare disent qu'elle tenait son nom d'un pavillon chinois sis à l'angle de la rue de Ménilmontant. D'autres pensent que les chineurs^ les chiffonniers du quartier ne furent pas étrangers à son baptême. Adhuc sub judice...

L'hôpital Tenon porte le nom d'un chirurgien célèbre, mort en 18f6. Il a été ouvert en 1878, en même temps que la mairie, sa voisine. Ici, nous empruntons quelques lignes au discours que M. Peyron, directeur de l'Assistance publique, prononçait le 1«^ décembre 1897, lors de l'inauguration de l'hôpital Boucicaut: « ... Il suffit de comparer l'hôpital Boucicaut à l'hôpital Tenon, le dei'nier construit de nos grands hôpitaux parisiens, et dont l'ouverture remonte à vingt ans.

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