AU PEUPLE DE PARIS
Citoyens ,
La Commune et la République viennent d’échapper à un péril mortel.
La trahison s’était glissée dans nos rangs. Désespé rant de vaincre Paris par les armes, la réaction avait tenté de désorganiser ses forces par la corruption. Son or, jeté à pleines mains, avait trouvé jusque parmi nous des consciences à acheter.
L’abandon du fort d’Issy, annoncé dans une affiche impie par le misérable qui l’a livré, n’était que le premier acte du drame : une insurrection monarchique à l’intérieur, coïncidant avec la livraison d’une de nos
PIÈCES JUSTIFICATIVES. 29
portes, devait le suivre et nous plonger au fond de l’abîme.
Mais, cette fois encore, la victoire restera au droit.
Tous les fils de la trame ténébreuse dans laquelle la Révolution devait se trouver prise sont , à l’heure présente, entre nos mains.
La plupart des coupables sont arrêtés.
Si leur crime est effroyable, leur châtiment sera exemplaire. La cour martiale siège en permanence. Justice sera faite.
Citoyens,
La Révolution ne peut pas être vaincue ; elle ne le sera pas.
Mais s’il faut montrer au monarchisme que la Commune est prête à tout plutôt que de voir le drapeau rouge brisé entre ses mains, il faut que le peuple sache bien aussi que de lui, de lui seul, de sa vigilance, de son énergie, de son union, dépend le succès définitif.
Ce que la réaction n’a pu faire, demain elle va le tenter encore.
.Que tous les yeux soient ouverts sur leurs agissements.
Que tous les bras soient prêts à frapper impitoyablement les traîtres. Que toutes les forces vives de la Révolution se groupent pour l’elTort suprême, et alors, alors seulement, le triomphe est assuré. *
A l’Hôtel de Ville, le 12 mai 1871.
Le Comité de salut public ,
Ant. Arnaud, Eudes, F. Gambox, G. Ranvier.
PIECES JUSTIFICATIVES
VILLE DE PARIS. Paris, le 18 mai 1 87 1 -
8* arrondissement.
COMMISSARIAT DE POLICE du quartier DES CHAMPS-ELYSÉES.
Rapport du citoyen Brideau, commissaire spècial à l’ ex-préfecture de police.
Citoyen,
Je vous informe que le 13 mai vous nous avez transmis un ordre par l’intermédiaire du citoyen Mekarech nous prescrivant de faire une perquisition chez le duc de Rivoli (chambellan de l’Empire).
Avons visité tous les appartements ainsi que leur ameublements tout n’est que bronze dorés ainsi que pendules et candélabres qui sont montés sur marbre blanc.
Avons mis les scellés dans une chambre où nous avons trouvé plusieurs croix et crachats en or et argent, ainsi qu’une épingle en or garnie de pierre fine et une épée de député, plus deux chevaux dans l’écurie que soi-disant d’après l’homme qui les soignent appartiennent au sieur Léonard homme d’affaire rue Jean Marie 3 : comme cette allocution doit être fausse je vous les envoi, pour les employez à un service public attendu qu’ils sont à l’écurie et qui ne font rien.
Je vous transmets en même temps les croix et crachats à seule fin que vous les transmettiez ces objets à qui de droit.
Le commissaire de police , Cauny.
PIECES JUSTIFICATIVES
Paris , le 20 mai 1871.
Rapport.
J’informe le citoyen délégué central près l’ex-préfecture de police.
Ayant appris par ( intermédiaire de mes collègues de vous faire un rapport hebdomadaire du sentiment politique des habitants composant la circonscription de mon commissariat.
Il m’est impossible de faire un rapport sûr mon quartier attendu qu’il est désert et complètement abandonné car dans les maisons comme locataires il ne reste plus que des concierges, seulement le peu qui reste est à veiller de près, car ces gens là n’attendent qu’une occasion pour se tourner contre nous.