LES CONFESSIONS DE SIMPLETTE
Odyssée villageoise in trente couplets.
\in Péyast i si /in cheval '/«' poi t<
I ii ion rang le boudoir abuse; Ça tourne ii l'incivilité.
Pat tout le inonde on nous accuse D'un excès de simplicité :
Fleur des champs, dit-on, Qeui naïve. . Naïve tant que l'on voudra!
II but (|iie notre tour arrive ; Les champs valent bien l'Opéra!
Belle aubaine, lorsque vos dames.
Par le manège des doux yeux,
( )nl pris quelques douzaines d'âmes!...
Aux champs nous taisons beaucoup mieux
Quand la fillette au frais visage
S'amuse à jeter l'hameçon,
Klle vous prend tout le village
Sans qu'il en reste un seul garçon.
Si dans votre coquetterie L'esprit et l'art sont mis en jeu.
Dans notre amoureuse industrie La finesse se glisse un peu.
J'en sais plus d'une à l'air tranquille Simple dans ses simples atours, Oont vous, mesdames de la ville, Pourriez convoiter les bons tours.
Si je ne passais pour modeste Auprès du bedeau, mon futur, ,1e vous conterais bien... mais, peste' Le conjungo serait-il sûr?
le tiens à devenir sa femme...
Bab! voyons! hasardons toujours; Mon futur est une bonne âme ...
A l'histoire de mes beaux jouis '
Seulement vous m'allez permettre Me garder cet air simple et ibiiix.
Que vous aimez i ml a nous mettre Quand on fait nus portraits cbez vous.
La paupière calme et baissée Sur un fichu croisé bien liant.
Kl la joue un peu caressée De rougeur, ce joli défaut
Nul ne pourra lire ma teinte Sous un aussi candide aspect, Et mon bedeau pourra sans crainte M'environner de son respect.
Cesl un récit fait dans l'oreille ; . . Mesdames, vous n'en direz rien?
Chut ! en circonstance pareille Simplette vous le rendra bien.
C'est Simplette que l'on me nomme Bel enfant tout droit descendu D'Eve la croqueuse de pomme.
.1 aime assez le fruit défendu.
11 parait qu'à mon premier âge, Me mêlant aux garçons lutins Je parlais déjà mariage ..
J'avais des amours enfantins!
Cette précocité d'allure
Devait promettre a mes amis, El j'en tins plus lard, je vous jure, Plus que je n'en avais promis.
\ peine au sortir de l'école, J'avais déjà mou amoureux; Mais, hélas! j'encensais l'idole Sans que le dieu sût èlre heureux '
Je n'étais guère plus savante;
Mais j'avais Un instinct parlait.
Si bien que la jeune ignorante Sut bientôt mettre < llaude au fait
l'AKIS CHANTANT.
C'était un soir après la danse, Loin, dans les sentiers reculés;...
En rentrant j'avais quelque transe...
Mais il tait si bon dans les blés!
La brune éteignait sur ma joue Certain vermillon trop marqué; Maintenant encor je me loue D'un mensonge bien fabriqué.
Je dis à ma mère, incapable De soupçonner rien de si noir :
« La brebis blanche a lui l'étable, « Et je l'ai l'ait rentrer ce soir. »
Et ma mère accueillit la cliose
Avec un geste bienveillant :
« Comment! ma tille, à la nuit close!
« Ma fille, c'est un coup vaillant! n
Et moi, voyant le stratagème
Ainsi tourner à mon profit,
Je ne saurais... vous compter même
Les courses que la brebis fit.
Si chaque course était pour Claude?...
Claude beureu\ vous répondrait : Oui.
Je ne dois pas tenir pour fraude Un cousin frais épanoui , Inolïensive créature Dont je dus, las! avoir pitié...
C'était le cri de la nature:
La parenté veut l'amitié.
Mais un beau jour Claude s'avise, \ oyez la noirceur de son tour !
De chercher dans une payse Un supplément à mon amour A ce procédé du volage Je devins triste. . un bon moment.
Hélas! à quoi sert d'être sage!...
Aussi pris je un nouvel amant :
Un beau Lion, lassé sans doute De quelques onéreux penchants, lit voulant flairer sur sa route Le parfum d'une fleur des champs.
Il s'est baissé, puis m'a cueillie...
(Mesdames, j'espère, entre nous.
Que je n'en serai point haie...
Je suis du même bois que vous '
Mais, las! dès qu'à sa fleur champêtre 11 ne trouva plus de parfum, Je pleurai le départ du traître...
Mon bel amour était défunt !
(v)ue faire? Fallait-il reprendre Parmi les garçons de l'endroit ?...
Chut! un jouvenceau frais et tendre Vient remplacer l'autre tout droit.
Encor sur les bancs du collège, Mon jeune imberbe est pris d'amour.
Ce fut un bien autre manège; ..
Je me laissai faire la cour.
Ce doux serviteur platonique Rêvait, brûlant au fond du cœur; Mais pour mettre un rêve en pratique Il était bien... mon serviteur!
Cependant la chose était grave;-.
Mon amoureux de dix-huit ans Venait de décider en brave Qu'il m'épousait dans peu de temps J'avais tourné sa pauvre tête; Il ne voyait plus que par moi ; Il en était même un peu bête;...
Mais je vaux bien un peu d'émoi.
Je ne puis in'empêcher de rire En voyant son air, son maintien.
Quand, timide, il venait me dire :
n Cher ange, oh ! oui, je t'aime bien ! » Sa candeur était poursuivie De la crainte de ra'offenser ; Sa lèvre pétillait d'envie...
L'enfant n'osait pas in'enibrasser !
Un instant ! n'allons pas si vite; Tout change, même la candeur :
Un soir mon Franck me rend visite, El mon Franck n'a plus aussi peur.
Je simule un peu la rebelle; Mou Franck se déconcerte un peu, Puis recommence de plus belle...
Mon avenir était en jeu.
Je savais que lorsqu'on se presse Le mariage cloche après ; Mais le moyen d'être diablesse Quand mi vous serre de si près '
l'Allé Cil A VI \!SÏ.
Je lis semblant d'être éplorée, Après .i\»ir hien combattu. .
El i.i colombe esl dévorée!...
Le loup prend <i ^s-^nit ma vertu!...
Dès lors, le jour du mariage
Devint de plus en plus lointain ; Franck t'affranchit (!«• son servage Ko vrai triomphateur mutin.
lu même temps que la moustache I.i- sax oir-lairc lui poussa Pour une amazone a cravache Mon jeune barbu me laissa.
J'ai su depuis (jue l'amazone Où courait mon ex-epouseur, Était madame la Lionne Dont h /.mu toucha mon cœur.
Devant ce réciproque échange Tout mon courroux .1 descendu ; Je ris quand le hasard me venge :
Pour un prêté c'est un rendu.
Mus que faire dans mon veuvage ':' Si, pour varier mes plaisirs, J'essayais de la Aile sage?
Cela remplirait lues loisirs, Dis-je; et, transportant mes pénates Dans un village détourné, J'effaçai les coupables dates D'un bel âge désordonné.
Je redevins tranquille et pure.
Sentant la candeur de très loin ; J'avais la plus douce ligure Dont le ciel ail pu prendre soin.
Enfin, mesdames... le dirai-je?...
Un beau jour on me soupçonna...
D'être la perle du cortège ..
Et rosière on me couronna !
Pardonnez moi ; je m'humilie.
Au ciel c'était faire un affront; Mais on me trouvait si jolie Avec ma rose blanche au front !
D'ailleurs ce ne fut point ma faute; Malgré moi j'eus la chaste fleur;
Kl vite eu mes aveux je l'nti
Pour n'en point ternir la fraîcheur.
Et, (laines, VOyet si le lilàlin
Doit s'appuyer sur moi si fort :
Un doux garçon nie prend pour femme.
Le soir îles noces il esl mort!
l.e cher défunt a donc pu croire
Sur moi tout ce qu'il a voulu ;
On ne peut rien sur sa mémoire;
Il est saut... quelle chance il eut !
M. us pour un choc si déplorable Devais-je [n'éteindre à mon tour >. ..
C'est depuis ce soir mémorable Que mon bedeau me fait la cour.
En voyant sa rosière veuve Avant le premier goût d'hymen :
» \ ierge, dit-il de façon neuve, " Après le deuil, j'offre ma main. »
Et moi, pour la main du brave homme
Je ne lis point difficulté :
Cela, daines, vous montre comme
Je sus répondre à sa bonté.
Dans huit jours sans vol et sans fraude,
Le doux lien doil nous unir ;
Je suis madame la bedeaude...
Mais, peste! il faut bien nie tenir.
Il faut que moi-même j'oublie
Certains accrocs à mon honneur; Car je veux que l'époux publie Le lendemain tout son bonheur.
Aussi je suis sage et décente ; Mes torts ne sont plus aperçus :
J'ai, par ma sagesse récente.
Passé l'éponge là-dessus
Et vous, qui m'avez entendue.
Mesdames, je vous prie encor, Qu'a mon bedeau je suis rendue Sans qu'il soupçonne son trésor !
Vous avez reçu de Simplette Une entière confession ; Que voire langue soit discrète.*.
Cela vaut l'absolution !
Rcril par un PAYSAN FJiHJlï sous la dictée il? Snmm.
PAKIS CHANTANT.