LE 9TA&QUIS
Air : Digne digne... et din din din ...
Mêliez donc partout votre couvert Saur cuisine.
Giâçe à* moi, chacun dîne,
Mettez donc pirlout voire couvert.
Le restaurateur omnibus csl ouvert-
la comète. Voici un original accoutré d’une façon assez curieuse.
le marquis. Déployez vos serviettes, prenez voj fourchettes, tendez vos assiettes... mon omnibus va verser du bouillon et de la sauce dfitia les douze arrondisseuiens... je les inonde.
i. A comète. Mais il me semblait qu’autrefois c’étaient les mangeurs qui allaient chez les restaurateurs.
LE marquis. Maintenant , c’est le restaurateur qui sachez le mangeur... àli, ah!., voilà... demandez... commandez. ..
et ça, sans vous déranger... ma voiture passe, vous ouvrez la fenêtre et vous dues une sole... un fricandeau, voilât voilà! et le fricandeau et la sole s’empressent de monter quatre à quatre à votre cinquième étage... ah i ah !
( li remue une casserole qu’il lient i Iz main al fait mine tl'y goàler. )
clodion. Permettes!...
le m arquis. Liicuüus , Gargantua , et inéme le grand Valcl , n’étaient que des marmitons... dès ce moment je les détrône , je les enfonce... et même ce carnaval , je suis sûr d’enfoncer carême.
Ah ! ah !
clodion. Permettez... c’est le cos-
tume...
LE m arquis. Mélange de mes deux natures... marquis et cuisinier le casque à mèche et le chapeau à plumes... la botte féodale et !c soulier plébéien, l’épée et le'couteau de cuisine , voilà!... ah ! ah!.,.
la comète. Un marquis , successeur de Vatel.
LE tlACSSIX THEATRAL.
LE MARQUIS. Pourquoi pas?., le ventre ennoblit, et d'ailleurs.
Air: Vaudeville de V. École de village .
On m croise , on se tnéstllie ,
Noms et rangs tout est confondu.
C'est le siècle de l'industrie ;
Déroger est un mot perdu.
Quand un duc et pair fait l'escompte ,
Quand un baron vend des tapis,
Serea-vout surpris de bon compte
.- Qu'un restaurateur soit marquis?
Voulez- vous de mon ragoôt ?
( Même jeu. )
L* comète. Il est amusant, il est original avec sa folie..-.
le marquis. Original, c’est le mot, le génie est original... et j’ai du génie...
Ah ! ah ! on me croyait mort : les restaurateurs riaient, les traiteurs se délectaient, les cuisiniers se jubilaient , les cordons bleus chantaient victoire. Le restaurateur omnibus , tant vanté , tant prôné , tant trompetté, est enfoncé , noyé au fond de sa vaste marmite!... quel bouillon!....
Tremblez, curieux!., je vais vous fermer la bouche.
Clodion. Il ferait mieux de la leur faire ouvrir.
la MARQUIS. Resurrexit!... (Même jeu.) Ah! ah!...
CLOPion. C’est du latin.
LE marquis. Qui, de cuisine... c'est mon fort... Ah ! ah !... je viens de recommencer mes annonces formidables dans les journaux... ces chers journaux !... je les nourris en attendant mieux , et j’ouvrirai mon temple à Cornus ; le premier avril, je vous enverrai du poisson.
la comète. Mais pourquoi n’ouvrezvous pas tout de suite ?
le MARQUIS. Impossible, bel astre, impossible...
CLODIOM. Ah! j’entends. ( Il fait U geste du pouce.) Absent , n’est-ce pas ?
le marquis. Et vous aussi... esprit élevé, vous partagez l'erreur générale...
de l’argent... j’en ai beaucoup... j’en ai assez , j en ai trop , je pourrais mettre des côtelettes en papillotes avec mes billets de mille francs.
la comète. C’est peut-être votre personnel qui vous arrête !
le marquis. J'ai cinq mille cuisiniers.
deux mille gâtc-sauccs, et cinq cents marmitons, tous plus gentils les uns que les autres, qui sont ih cupés à se croiseriez bras.
LA COMÈTE. Alors c’cst votre matériel?
le marquis. J’ai deux mille chevaux qui croisent les jambes... j’ai onze mille fourneaux, trois casseroles, et une lèchefrite. . •
ci.odiox. C'est donc le combustible?...
LE marquis. Neuf mille voies de boit
dans mon cabinet... et des copeaux!
plein un sac de papier! ah! ah !...
CLODiox. Je vois enfin... ce sout les comestibles qui vous ont manqué de parole...
LE MABQUIS. Manqué de parole!... les comestibles !... au contraire... j'ai tout au grand complet... 1800 bottes de radis premier choix , mon beurre , mes œufs frais ’ mon fromage A la crè-
me... Depuis trois ans, ils sont là... à attendre avec les marrons de Lyon. Et mes bœufs, mes moutons, mon gibier...
tout cela grille... d’impatience...
la comète. Alors, faites-moi l'amitié de me dire ce qui vous manque.
le marquis. Un rien, une misère!...
mais de ces riens qp'on ne trouve ni avec du crédit, ni avec de l’argent... une botte d’allumettes.
clodion et la comète. Une botte d'allumettes.
LE MARQUIS. Oui , je la cherche partout , je la demande à tout le monde...
qu’est-ce qui a une botte d’allumettes?
avez-vous une botte d'allumettes? il inc la faut pour animer mou établissement, pour lui donner le mouvement... la vie., car enüu , il est mort-né , sans une botte d'allumettes... il est là comme ces tableaux dont le dessein est correct...
comme ces statues dont les lignes sont irréprochables... comme ces tragédies selon les règles... c'est bien, mais cç n’est pas bien... que leur manque-t-il? rièn...
presque rien... une misère... mais, ce rien-là , c’est le trait du génie... c’est ce qui constitue le feu divin... c’est ma boite d'allumettes.
Air : delà Légère
C’etl la flamme Dan* une amc
PARU DA f* 8 LA COMETE.
Qui pétille et qui l'enflamme , 4 '«il la flamme
Qu'on réclame Dans l'auteur.
Dans l’inventeur.
^u» fait aller jnsqu’aux fieux Te livre que l’on veut lire?
De la beauté qu’on admire,
Qui sait animer les veux?
Que manque l-il 4 l’ouvrage ,
Où le lecteur dort d’ennui ?
A l’acteur dont le visage.
Nous laisse froid comme lui I C’est la flamme Dans une amc Qui pétille, etc.
CLOdïon. Mais il me semble, mon cher marquis, qu il y a long- teins que vous tournez autour du pot.
LE marqcis. Le mot y est... n’importe, je ne tous en veux pas... je conserve ma baine pour les traiteurs , restaurateurs, pâtissiers et mardi amis tic comestibles...
mais ma vengeance sera prompte, j'ai trouvé mon allumette... elle est dans la lune... chaud... chaud... J*y serai demain à riieurc du dîner.
Ata : D'un dimanche à Pastv.
Restaurateurs 4 la rarlc ,
Gargotiers, disparaisses...
Devant moi que l’on s'écarte,
Mes omnibus sont lanréj.
De vous qu'on ne parle plus ,
Réciter, vos orémus. 0
Scion le* goûts 4 tour prix,
J'alimenterai Paris.
J'enverrai chaque semaine A maint orateur sifflé ,
Qui se croit un Démoslhène Un magnifique souffle.
Aux courtiers nous donnerons Une volaille aux marrons.
Pour les banquiers étoffés J'aurai des dindons truffés.
Pour l'auteur qui s'évertue Sans rien trouver de nouveau ,
Un potage à la tortue Jù des cervelles de veau.
A la signora Grisi ,
Au maéstor Rossini,
Bref, 4 tout les noms en i.
Det plats de macaroni.
A l'Institut historique >
Des bocaux de cornirhont ;
A maint vieillard satirique ,
Det piedt 4 la Sainte-Ménéhould;
Aux grisettes det pigeons ,
A leurs amans des goujons ;
. A l'opéra cet hiver,
Beaucoup de sa’ures Robert;
A maint commis subalterne ,
De modestes mirotons ;
A plus d’un peintre moderne,
Delà purée aux croûtons.
A nos ftteurs de budget,
Le plus goulu des brochets;
Pour nos conseillers d’état ,
J'ai trois merlans sur le plat.
Contre des projets sinistres,
VoijUn* oo'a meute ^ çoqvçrt ,
Je destine 4 nos ministres Des soles 4 la Colbert.
Ecrevisses et homards,
A l'école des Beaux~Arts,
Et des flagolfets nouveaux A l'hôtel d es haricots.
Et comme enfin je conserve Le secret de mon métier,
Au bon peuple je réserve Toujours la carte 4 payer.
Enroule, la cuisine, monstre... déployez vos serviettes, prenez voa fourchettes, tendez vos assiettes. (// reprend rrfrein du premier couplet.) Mettez donc partout votre couvert , etc.
(U sort. )
Q< K^QQOmnnnnrv^rw-^r'rM^fîftflfXX lCOOCXX | QÛO^