‹ Paris drame en cinq actes, prologue et epilogueChapitre 112 sur 175 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

MOLIÈRE, BRINDESTOC, MOUCHEFLEUR, LA-

FO RET. Ils quittent la tonnelle et descendent sur la place.

MOLIÈRE

Et dis nous un peu, toi, Laforèt, quelle est la morale de la fable ?

LAFORÈT.

Oui dà ! C’est que, seigneur pour seigneur, le meilleur est encore notre gentil petit roi de quatorze ans. Je n’y- vois goutte, moi, aux manigances des grands ambitieux et des belles dames. Mais, j 'étais là quand le peuple est entré au Palais-Royal et que la reine-mère nous a montré son enfant endormi. Pauvre petit ! tout jeune et déjà roi ! 11 était si joli, si mignon et respirant si doucement, j’ai été toute remuée, et j’ài pleuré comme une bête, et je l’ai aimé, ce Jésus, et je l’aime ! Son retour, c’esl la ruine de mon cabaret qui n’est hanté que des frondeurs; mais,, ma fine! tant pis! monsieur Molière me prendra pour la servante de la comédie.

BRINDESTOC.

Eh bien! tope! Les princes se passeront désormais de Brindestoc ! Mais comme nous voilà sans emploi...

ACTË iV.

MOUCI1EFLEUR.

Nous vous serions bien obligés, monsieur Molière, de nous admettre dans votre troupe et dans vos courses et aventures !

MOLIÈRE

Hai ! vous n’ètes pas dégoûtes, mes enfants! Mais pour cette libre existence, savez-vous bien qu’il faut une conscience libre aussi. Là ! êtes-vous réellement des cœurs honnêtes et sans reproche ? Je ne vous parle pas des faiblesses qu’évite peu la pauvre nature humaine. Mais n’avez-vous jamais fait de tort à autrui?

BRIN DESTOC.

Fi donc! monsieur Molière! Je jure bien, quant à moi... [Regardant ver» la droite.) Ah ! misère de ma vie ! Encore la milice ; je m’esquive, (u sort en courant.)

MOUCHEFLEUR.

U ne s’agit plus de bataille générale , je prends l'air, (n suit

Brinderloc.)

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