I.A FOULE
Vive le roi !
POQUELIN
Embrassons-nous tous! (il se jette dans les bras tic son lils t|ui sc t toute auprès de lui.) Joail-Baptiste !... (il recule.)
MOLIERE , riant.
Eli bien ! mon père, puisqu’il y a amnistie !
POQUELIN
La mérites-tu de ma part, malheureux? La mérites-tu?
MOLIÈRE
Oui, certes, mon père, par mon respect et ma tendresse.
POQUELIN
Belle tendresse! beau respect! quand, malgré mes ordres, tu t’entêtes à te faire bateleur et auteur!...
M OLIÉRE.
Que voulez-vous, mon père ? on a sa destinée.
POQUELIN
Quand, au lieu de me succéder, comme c’était ton devoir et ta gloire, dans ma belle profession de tapissier et dans mon noble office de valet de chambre, tu monles sur des tréteaux ! tu quêtes les applaudissements! tu déshonores ta famille!
Oh ! non, mon père, j’ai changé de nom.
POQUELIN
Je l’espère bien ! et ton oncle le consul t’a rayé net de l’arbre généalogique des Poquelin. Mais à quoi sert cela? (Avec indignation.) On ne parle que de toi par la \illc! tu es dans toutes les bouches ! A tout instant, je rougis de honte dans ma boutique en entendant mes pratiques se dire : — Avez-vous vu Molière? Ah ! la bonne comédie que les Précieuses ! Cet homme-là ferait rire des pierres ! — Car voilà où tu en es ! ceux-là mêmes dont lu pourrais galonner les tentures et rembourrer les fauteuils, — t u les fais rire !
MOLIÈRE
Hé f mon père, n’avais-je pas aussi l’intelligence des torsades et des glands d’or? Mais renoncer à mon cher roman comique, à mon chariot roulant en plein air et en plein caprice, à mon amusant impromptu d’élourdi, à ma gaie misère de Mascarille! Allez! j’ai bien le temps de souffrir et de pleurer! laissez-mci un peu aimer et rire. C’est si charmant les rêves de la jeunesse et les rêves du matin ! Ne m’éveillez pas encore!
POQUELIN
Eh bien, écoute! — Amené à Pointoise par l’intérêt public, j’y ai lait naturellement mes petites affaires. J’ai obtenu du surintendant, — pour toi, ingrat ! — la survivance de ma charge...