I.E ROI
Monsieur Molière! si nous vous employons contre nos ennemis, ce n’est pas une raison pour que nous acceptions les vôtres. Est-ce que vous vous marchanderiez, par hasard? Voilà tantôt quatre mois que vous ne figurez nulle part de votre personne. Et, quand votre troupe est appelée à jouer devant nous, c’est un autre auteur qui fournit le divertissement. Demain encore, le ballet est de M. de Visé. Tâchez, je vous prie, que votre talent se tienne toujours à nos ordres.
MOLIÈRE
Hé! sire, il n’est pas toujours aux miens! En admettant que j’aie reçu des ailes, si Votre Majesté leur interdit l’espace, puisje ne pas sentir leurs chaînes? Quand ma pensée est libre , elle court, vole et se réjouit pour vous plaire! Mais quand elle se sent tristement captive...
LE ROI
Gardez votre pensée; — mais, en attendant la postérité, vos œuvres et vos services ne sont qu’à moi.
MOLIÈRE , à part.
Toujours ce moi! cet impitoyable moi! (Haut). Sire, je garde mon chagrin, et j’attends les commandements de Votre Majesté comme directeur de sa troupe. Voici la distribution des îôles du ballet pour mes comédiens.
LE ROI, y jetaul un coup d'œil.
J’approuve. Vous avez reçu mes désignations quant aux personnages qui sont de la cour?
MOLIÈRE
Sire, les voici; mais que Votre Majesté m’excuse; n'est-ce point par erreur qu’on a porté là le nom de mademoiselle de la Vallière à côté d’un autre nom?...