MADEMOISELLE DE LA VALLIÈRE, MOLIÈRE
MOLIÈRE
Madame, cc sont les vers pour le divertissement de demain.
M n * DE LA VALL1ÉRE.
Donnez, monsieur, je vous remercie.
(Elle prend les vers sans se détourner et laisse échapper un sanglot.)
MOLIÈRE; avec un élan de sympathie.
Vous souffrez, madame la duchesse !
M 11 * DE LA VALL1ÉRE, h; retournant, arec dignité.
Monsieur Molière !
MOLIÈRE
Oh! moi vous offenser ! j’aimerais mieux mourir! Comment vous dire?... (a»*c effusion.) An ! écoutez. — Toute petite, je l’avais aimée! — je vous parle de ma femme, madame! de celle qui porte mon nom et qui tient ma vie ! — je l’avais élevée dans l'honneur et dans la liberté ; j’avais formé son âme avec ce que la paternité a de plus doux, avec ce que l’amour a de plus jrur. Je m’étais plu à la parer de tous ies talents et de toutes les grâces ; enfin, je m’étais ellorcé de la faire en tout mon égale et ma compagne. Et maintenant.. .. elle préfère à mon repos, à mon honneur, la vanité, la coquetterie, je ne sais quoi, un joyau qui reluit, un nom qui résonne. Ah ! je suis bien malheureux, allez, madame î Et vous voyez bien qu’il n’y a pas ici de comédien et de duchesse ! Il y a une souffrance qui parle à une souffrance, il y a une pauvre femme qu'on n’aime plus qui écoute un pauvre homme qu'on n’aime pas !
M*’ e DE LA VALLIÈRE, ne retenant plus *o* larme*.
Ah ! c’est vrai ! Ah ! que je souffre, monsieur Molière! Le roi est là , chez cette marquise ! Il le fait exprès ! 11 m’a méprisée ! 11 m’a tuée!
MOLIÈRE
Je connais cela! Moi- aussi, je lui étais bien profondément dévoué, et il m’a traité !... Que voulez-vous? nous l’adorions, il s’adore ! Oh ! je sais tout ce que vous valez. C’est lui qui s’appauvrit et se ruine ! 11 lui reste perles et diamants, mais il n’aura plus de ces larmes !