JACQUES BONHOMME, LE COMTE ARM1NE
Je n’ai pas voulu partir, monsieur, sans vous serrer la main et vous remercier encore.
Ma fille vous accepte, et vous me promettez de la faire heureuse : de quoi donc me remerciez-vous?
ARMINE.
Eh! quand ce ne serait que de redorer mon pauvre blason vermoulu !
BONHOMME
Ah! si vous me parlez de mon argent, je vais vous parler de vos aïeux! Nous nous estimons, j’espère, pour nous-mêmes. Ma fortune, je l’ai méritée par un rude et constant labeur. Votre généalogie, vous l’avez, passez-moi le mot, légitimée par votre dévouement à la science. Vos belles éludes historiques sur les origines nationales ont ajouté des siècles à votre noblesse.
ARMINE.
Vous ne vous doutez pas à quel point vous dites vrai, monsieur. 11 y a dans notre maison une tradition assez curieuse : la famille, a son origine, aurait été violemment divisée en deux par on ne sait quel malheur. Un seul signe nous reste pour chercher et reconnaître à travers la vie nos frères perdus : c’est un fragment de collier d’or que, de génération en génération, le père, en mourant, transmet à son héritier le plus proche, et dont le semblabledoit exisler aux mains de ces parents inconnus. Nous n’avons pas encore retrouvé cette moitié de nous-mêmes. Mais, l’autre jour, en examinant attentivement le chaînon héréditaire, j'y ai distingué des caractères celtiques, et j’ai déchiffré une inscription qui nous ferait à peu près contemporains de Jules César.
BONHOMME
Que signifie donc cette inscription?
ARMINE.
Oh! j’ai eu beaucoup de peine à la reconstruire, et je ne l’ai encore montrée à personne; car je ne suis pas tout à fait certain du sens. Paris, qui a des professeurs de japonais et de lar-
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tare-mandchoux, ne se donne pas la peine de savoir la vieille langue de nos pères. Voici pourtant, je crois, ce que veulent dire ces vers...