ALAN
Non ! non ! Si cela était, le prophétique vieillard qui dort, ou plutôt qui rêve dans ce tumnlus,le harde Merlin, le grand Diwinour, sortirait de son sommeil surhumain et viendrait nous secourir.
THALIESIN.
Oui, mais nous, que pouvons-nous? attendre ! Et, en attendant, signe funeste ! qui avons-nous à juger en ce moment même sur une accusation dont la preuve entraînerait la mort ? La petite-tille de Merlin.
PARIS
VELLÉDA
Votre servante vous écoute, mes pères !
THALIESIN.
Velléda! tu es de la famille ancienne et sacrée de la Gaule. Merlin, porte-voix de Dieu, est ton aïeul. Jusqu’à ce jour, prêtresse inspirée,' tu nous apparaissais à tous comme la figure vivante et charmante de la cité. Jeune, ta beauté lut le rêve des plus vaillants et des plus grands parmi les nôtres. L’élu de ton cœur fut un étranger, un hôte de race germanique, un voyageur d'au delà du Rhin. Ton choix suffit pour conférer aussitôt à ton époux l’adoption gauloise, et, plus tard, à votre fils, le rang de liore cavalier. Pure et sainte comme l'azur du ciel, voilà ce que tu étais pour nous ! Mais aujourd’hui, Velléda, une faute an-' cicnne semble sortir de ta vie, une voix s’élève contre toi et t’accuse...
VEI.LÉDA
Qui m’accuse? C'est lecfrère de mon mari mort! Thorn, c’est toi!
THOBN.
Oui, c’est moi, je le dis hautement.
VELLÉDA
Mais dis-tu pourquoi tu m’accuses ? (a domi-voix, .iTec mci«is.) C’est parce que tu n'as pas pu toi-même me rendre coupable ! Le dis-tu ?
THORN
Donne tes preuves.
VELLÉDA
Oh! tranquillise-loi, hypocrite! Je ne t’arracherai pas ton déguisement de vertu. Garde-le dans cette vie; la Divinité te condamnera à le garder dans tes existences futures ! Je te méprise et je te plains. Accuse-moi.
THORN
Druides, l’an dernier, Hériman, mon frère et son époux, partit pour la terre des Arvernes, disant qu’il allait combattre les Romains. Il n’en voulait réellement combattre qu’un seul, le consul de la légion la Fulminante, appelé Marcius Rutilus. Hériman le chercha dans la mêlée, le provoqua et le tua. Après quoi, mon frère fut fait prisonnier et mis à mort par les Romains. — Maintenant, voici le secret de sa résolution terrible : — Un hasard tardif, mais certain, lui avait appris qu’il y a vingt ans, ce Rutilus, venu comme un ami à Lutèce, et admis sous son toit comme un hôte, avait trouvé bon, tout en observant la Gaule, de séduire la Gauloise. — Oseras-tu me démentir, Velléda ?
VELLÉDA
Fussé-ie coupable, quelle loi humaine ou divine peut m’enjoindre de me dénoncer moi-même ?