PA BIS
VELLÉDA
Ah! frère! les astres m'en sont témoins! ce que je redoute, ce n'est pas la mort, c’est la honte! Aussi, Merlin, j’ai hâte et j'ai peur de consulter ton sublime oracle! Est-ce que vraiment je mets en danger la Gaule? Est-ce que vraiment mon fils devra rougir de sa mère? Ah! quelle angoisse! Ah! du moins, et avant tout, préservons ce qui doit me survivre, me continuer, me racheter peut-être!
J ACQUE
Puis-je te servir, ma sœur ?
VELLÉDA
Oui, certes, tu le peux! Écoute, frère, si tu m’aimes, — et je sais que tu m’aimes! — il faut que tu partes cette nuit, à l’instant. A travers obstacles et périls, il faut que tu ailles à Home !
IACQUE.
A Rome !
VELLEDA.
N’est-ce pas à Rome que vit l’autre moitié de mon cœur!
J ACQUE
Le fils de Rutilus !
VELLÉDA
Mon fils! mon second fils, frère!... Hélas! tu connais son existence, toi pour qui je n’ai rien de caché, et tu es seul à la connaître.
JACQUE
Ma pauvre sœur! en ès-tu bien sûre?
VELLÉDA
Si j’ensuis sûre! Mais autrement, j’aurais donc renoncé pour rien a voir et à embrasser ce fils de mon amour et de ma faute !
Si j’en suis sûre! Tout a été prévu, te dis-je ! Rutilus avait reconnu son enfant ; lui mort, Jules César, son parent, l’a adopté.
Mais tout ce que Fulvius Marcius sait de sa mère, c'est qu’elle est Gauloise, quelle l’aime et qu’elle se révélera un jour à lui par un signe convenu. Hélas ! voilà vingt ans qu’il m’attend, et peutêtre m’attendra-t-il toujours. Mais qu’il connaisse du moins son frère! La fatalité veut que mes deux enfants appartiennent à deux races aujourd’hui ennemies. Ah! quand ils se rencontreront, que non-seulement ils s’épargnent, mais qu’ils s’aiment!
Que non-seulement ils détournent leurs épées, mais qu’ils ouvrent leurs bras 1 Tu comprends, frère? dans cette crise de ma destinée, c’est là mon premier vœu! c’est là mon premier cri!
Tu comprends?
J a cy CE.
Commande, ma sœur! que fan’ -il que j* fasse?