‹ Paris drame en cinq actes, prologue et epilogueChapitre 68 sur 175 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

ABAILARD

Ah! quelque chose de plus fort que vous?...

ALIÉNOR

Je lui ai dit : Voulez-vous que j’aille avec vous? Elle a ri de son rire singulier, et elle a répondu : Oui, je te prends ! — Depuis ce jour-là, je ne nie regarde plus comme un être humain. Elle est à l’esprit du mal, et moi je suis à elle.

ABAILARD

Nous verrons! nous verrons! — Et elle ne vous a pas interrogé sur votre origine ? Mais non ! depuis cinq ans déjà, pour lui dérober plus sûrement son fils, je lui avais fait annoncer sa mort. Et quand, à mon tour, je le croyais noyé dans le lac ou brisé sur les roches!,.. O les ténèbres humaines!

ALIÉNOR

Que voulez-vous dire?

ABAILARD, comme 6 lui-même.

Mais son visage, mon cœur, tant d’indices... Non, tout cela ne ment pas! (Avec ravinement.) C’est lui! lui! lui!

ALIÉNOR; reculant.

Eh! que suis-je? Je ne vous comprends pas, moi.

ABAILARD

Ahî c’est vrai! c’est vous maintenant qu'il faut convaincre I C’est à vous qu’il faut persuader...

ALIENOR

Quoi? quoi donc?

ABAtLARD.

Oh ! d’abord, mon enfant, que vous n’ètes pas en dehors de la vie, que vous n’êtes pas en dehors de Dieu : personne n’est en dehôrs de Dieu ! — Prenez ce que je vous dis en bien, je vous en supplie! Ah! je sais comme on sort meurtri des mains qui vous tiennent ! (vivement.) Et je ne veux pas vous dire du mal de Mélusine, pourtant! — Mais, mon Dieu! comment vous prendre, cher cœur malade? Comment vous toucher, pauvre âme endolorie? Je suis semblable à un père qui, dans la nuit, aurait entre ses bras son lils blessé, et qui n’oserait même pas l’effleurer de ses mains tremblantes, de peur, sans le savoir, de lui faire du mal.

ALIÉNOR, touché, répétant pensif.

Vous êtes semblable à un père?...

ABAILARD

Ah! Rien que ce nom de père vous émeut! Vous voyez que vous n’ètes pas si étranger à tout sentiment humain! vous voyez bien ! — Votre père ! vous avez souvent regretté de ne pas l’avoir ‘ counu, j'en suis sur?

PARIS

A LIEN OR

Oui, un père à vos côtés, cela doit bien éclairer la vie !

AB A IL A RD

Qu'est-ce que je vous disais? Le cœur bat, la vie se ranime! — Et si, maintenant encore, vous le retrouviez votre père?

AL 1ER o R.

Ah ! je pourrais espérer! je pourrais vivre!

Une larme ! Il est sauvé ! Tu es sauvé ! — Et si ton père venait à toi et te disait... Non ! les mots ne savent rien dire ! — Mais

S’il t'embrassait seulement! ( Le pieuant itansses tirât, et mm rail l son fi oui

d<‘ baiwrs. ) Les baisers, voilà qui parle, voilà qui sc fait comprendre, voilà qui se fait croire, ô mon fils, les baisers d’un père !

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