LA PROVIDENCE
Hospice des enfants, soutenu par souscription privée
de iO dollars par an.
Rue des Noyers, n» 25.
a Monsieur,
a Le médecin qui a prononcé ces belles paroles : Je suis pare, je ne laisserai point mourir cet enfant, est celui que son dévouement et son talent appellent naturellement à soigner les pefits enfants.
« 1 a place de premier médecin de notre hospice est va-
cante; nous espérons que vous voudrei bien Taccepler. « Service, chaque jour, de six à huit heures. Honoraires, 2,000 dollars.
a Les administrateurs ée l'hospice.
« A M. le docteur Daniel Smith, pompier de la 7* compagnie. »
— Zambo, demandai-je, on a donc apporté des lettres pour moi ?
— Non, Massa, lefacteur n'est pas encore venu.
— C'est impossible, à moins qu'il n'y ait dans ce journal quelque mystification. .
— On frappe à la porte, Massa^ dit Zambd : écoutez : un, deux, trois, c'est la poste ; j'y cours.
Le nègre m'apporta quarante lettres, une montagne de papier. Des malades me demandaient l'heure de ma consultation, d'autres me priaient de venir les voir le plus tôt possible, quatre confrères m'appelaient en consultation, six pharmaciens m'ofiraient une association, et enfin^ chose étrange, deux lettres soigneusement cachetées m'annonçaient confidentiellement ce que le Paris- Télegrapk avait déjà publié, avec une indiscrétion qu'au fond je lui pardonnais.
J'étais célèbre ! Ma fortune commençait! Un jour, mie heure de courage me donnait un nom, et faisait plus pour moi en Amérique que vingt ans de travaux n'avaient fait sur le vieux continent. Mais, pensais-je, et cette pensée me rendit l'humilité dont j'avais grand besoin, sans ce journal bavard, sans cette trompette qui a jeté* mon nom à tous les échos du nouveau
monde, aurais-je réussi ? Ma première idée, toutefois, fut de remercier le journaliste, quel qu'il fût,* il était trop tard, le bureau était fermé, le tableau éteint, ma gloire évanouie; je remis ma visite au lendemain.
Je passai la soirée avec mes vieux amis, ma femme et mes enfants. On me faisait répéter les moindres détails du terrible et glorieux événement. Jenny pâlissait quand je parlais de mes dangers, elle rougissait quand je disais la joie de la mère retrouvant son enfant. Suzanne me serrait la main et regardait Alfred.
La conversation aurait, je crois, duré toute la nuit, si Martha n'avait apporté sur la table une énorme Bible, reliée en chagrin, et fermée par de grosses agrafes de cuivre.
— Lis, me dit-elle, et calme ta vanité; n'oublie pas l'histoire d'Aman, fils d'Àmadatha, de la race d'Agag; et souviens-toi qu'il y a ici un Mardochée qui ne fléchira point les genoux devant toi.
— Soyez tranquille, Martha, répondis-je en riant ; il n'y a pas à ma porte une potence de cinquante coudées de haut, et je ne veux pendre personne.
Jenny ouvrit la Bible, et nous lut le troisième chapitre de Daniel, ce qui charma la quakeresse, ne plut pas moins à Zambo, et me fit sérieusement réfléchir sur la bouté de Dieu à mon endroit. La soirée était fort avancée quand nous nous séparâmes après une journée si bien remplie. Je me jetai sur mon lit, fatigué, un peu souffrant, mais content de moi-même ; et toute la nuit je rêvai de sérénades^ d'affiches, de hurrahs et de discours.