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CHAPITRE XVII

V9YAGE A LA ItEGHfïRCHE D^UNE -ÉGLISE.

Le lendemain, je me levai au point du jour. Un homme public doit payer d'exemple, ci je n'étais pas fâché de faire admirer aux Yankees le cèle et la vigilance de leur noorei édile* Ma promenade fut longue, le pavé m'^appaitenait. Je suivais d'un œil jaloux tous ces passants qui emboitaîent le pas à la file comme des canards^ et qui creusaient un sillon dans mes trottoirs. L'anarchie règne dans la nie; chacun y va où il veut, et comme il veut : c'est un scandale; je ne comprends pas comment on ne fait pas une loi pour obli« ger les gens i marcher au gré du gouvernement. C'est

VOYAGE A tk RECHERCHE B'UNE ÉGLISE. IS^

à la France, reine de Tordre «t des convenances, qu'il appartiendrait de corriger an dernier abus.

En approchant de la maison j'aperças Zambo, vêtu de noir comme un gentleman^ avec un gilet, une cravate, des bas et des gants d'une éclatante blancheur. Il avait l'air d'une pie. Do plus loin ^11 me reconnut, il courut à moi en agitant des bras impatients.

-— Massa, criait-il, tout le monde est à foffice ; dépêche^vous, on vous attend.

Et il me remit entre les mains un gros livre relié en chagrin et fermé avec des agrafes d'argent.

— Ces dames soint à la messe ? lui demandai-je.

— A la messe l dit-il d'un air étonné. Ma maltresse est chrétienne.

— Imbécile 1 est-ce que les catholi^fues sont des Turcs?

^^ Massa, on dit que les papistes sont comme les païens d'Afrique ; ils ont des 9iiti<fetts.

— Qu'est-ce qu'un vaudou ?

-» Massa, c'est un petit bon dieu qu'on se fait à soimême et qui n'est pas le vrai bon Dieu.

— Étes-vous assez niais, m'écriai-je, pour croire que des catholiques adorent un fétiche? Cela est bon pour vos sauvages du Sénégal.

~ Massa, dit-il en ouvrant de grands yeux, les papistes prient des statues ; je ks ai vus à deux genoux devant elles.

— Et vous n avez pas compris que ce qu'on invoque ce ne sent pas ces pierres, mais les saints dont les statues sont l'image?

— Je ne suis pas un savant, massa, dit le nègre d'un air contrit; mais le ministre, qui sait tout, nous avertit souvent de ne point faire comme les papistes, qui ado* rent des idoles.

— prédicants ! m'écriai-je, vous êtes partout les mêmes ! Rien n*est plus facile que de connaître la foi catholique; il suffit d'ouvrir un catéchisme; mais la haine ne veut pas s'éclairer; ce qu'il lui faut, c'est d'outrager la plus grande communion du globe. Continuez cette œuvre abominable, digne de votre père, le diable. Ce n'est pas nous, catholiques, nous vos victimes, qui userons avec vous de ces terribles représailles de la calomnie. La vérité nous suffit. Chacun sait que Luther et Calvin sont deux scélérats qui, par ambition et par convoitise, ont perdu l'esprit humain en l'enivrant d'orgueil et de liberté. Le mensonge a enfanté la réforme; la réforme a enfanté la philosophie; la philosophie a enfanté la révolution; la révolution a enfanté l'anarchie; l'anarchie a enfanté

— Massa, dit Zambo, incapable de rien comprendre à ma sainte colère; si les papistes sont chrétiens, tant mieux, je suis bien content.

— Pourquoi tant mieux?

— Parce que Jésus-Christ est mort pour tous ceux qui rinvoquent; il sauvera les papistes comme les autres chrétiens.

— Zambo, mon ami, lui dis-je avec un suprême dédain pour tant de simplicité, vous ne serez jamais théologien. Allez à votre église; je ne vous retiens plus. Où sont ces dames?

— Ma maîtresse, répondit-il, est à l'église épisco-

pale * avec toute la grande société de la ville. Mademoiselle est au temple des presbytériens.

— Avec son frère, sans doute?

— Non, massa, avec le fils de M. Rose. M. Henri est à réglise des baptistes.

— Très-bien, dis-je en poussant un soupir; et vous, Zambo, vous allez sans doute rejoindre Martha?

— Non. non, massa, s'écria-t-il; mademoiselle Martha est dunkérienne, moi je suis méthodiste. Nous autres, pauvres nègres que les blancs repoussent de leurs temples, nous sommes tous de la même religion.

— J'entends, vous avez une Église noire et un christianisme de couleur. Allez, mon ami, priez le Christ à votre façon. Au milieu de ces sectes ennemies qui s'ar* rachent les lambeaux de TËvangile, le Seigneur reconnaîtra les siens.

Tandis que Zambo s'éloignait à grands pas, je marchais lentement, la tête baissée. La découverte que je venais de faire m'accablait. Ma maison, mon refuge dans toutes mes peines, n'était qu'une Babel, le repaire de toutes les hérésies. Le mari catholique, la femme anglicane, la fille presbytérienne, le fils baptiste, la servante quakeresse, le valet méthodiste : chacun ayant une foi différente et des espérances contraires ! Quelle confusion I quelle anarchie! C'était l'enfer dans mon logis 1 Et cependant Jenny m'aimait avec passion, les eOfants n'étaient heureux qu'auprès de nous, les serviteurs me respectaient ; je ne voyais autour de moi que des figures heureuses et placides. Chacun lisait la Bible

1 C'est le nom de TËgllse anglicane aux ËtaU-Unis.

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à sa manière, chacun avait son symbole partîcolier, et néanmoins personne ne se querellait. Nulle part l'onité, partout l'amour et la concorde. C'étaitundéthenti donné aux idées de mon enlànce, un mystère qui confondait ma raison.

— Non, pensai-je, je ne souffrirai point ce désordre moral. Il y a là une paix menteuse; ces fleurs me cachent Tablme. Si cela dure, je suis perdu. J'entaids que chez moi chacun pense comme moi ou se taise; il me faut l'uniformité. Quejesoisun chrétien médiocre^ il n'importe; je suis catholique d'âme et d'esprit; dans l'Église, dans l'État, dans la famille, il ne doit régner qu'une seule loi, qu'une seule volonté. S'il le iaut, j'emploierai des rigueurs salutaires; j'effrayerai ma femme, je menacerai mes enfants, je chasserai mes valets; je sacrifierai tout pour imposer l'obéissance ouïe silence. Je suis Français, vive l'unité 1

Au milieu de ces sages réflexions le temps passait. Dix heures sonnaient quand j'entrai dans la rue des Acacias. C'était une voie immense qui, en majesté et en longueur, ne le cédait guère à la rue de Rivoli, avec cette différence que, de cent pas en cent pas, quelque monument grec, byzantin ou gothique dressait fièrement vers le ciel son clocher ou sa croix. Dans un pays où chacun se fait sa religion, il est naturel de heurter une église à chaque pas.

Se reconnaître en ce dédale n'était point facile. Je m'adressai à une bonne femme qui marchait près de moi, son livre à la main; je la priai de m'indiquer le temple des congrégationalistes.

— Rien n'est plus aisé, cher monsieur, répondit la

fieille avec un aimable soarire. C'est un peu loin mais avec mes indications vous y arriverez sans peine. Ne faites pas attention aux églises qui sont à votre gauche ; le temple des congrégationalistes est à votre droite. Comptez les clochers, vous ne pouvez pas vous tromper. La première église, ajouta-t-elle avec la vo» lubilité d'une femme qui défile son chapelet, la première église est Saint-Paul, la chapelle catholique ; la seconde, le couvent des Ursulines; la troisième, l'église épiscopale; la quatrième, le couvent des Capucins; la cinquième appartient aux baptistes, la sixième aux Hollandais réformés, la septième aux luthériens, la hui* tième aux noirs méthodistes, la neuvième est la synagogue juive, la dixième est le temple chinois. Vous le voyez là-haut avec son double toit et ses clochettes. Une fois là^ vous n'aurez plus qu'à descendre; vous trouverez les memnonites; après les memnonites, les AUemands^ réformés ; après les Allemands réformés, les amis ou quakers; après les quakers, les presbytériens; après les presbytériens^ les moraves ; après les moraves, les blancs méthodistes; après les blancs méthodistes, les unitaires; après les unitaires, les unionistes; après les unionistes, les dunkériens. Comptez ensuite quatre églises, celle qui s'intitule par excellence l'église des ehrétienê^ pois l'église libre, puis celle de Swedenborg, et enfin celle des universalistes; cela vous donnera en tout vingt-trois temples ou chapelles; le vingt-quatrième monument, qui est à peu près au milieu de la rue, est l'église congréga* tionaliste.

Après m'avoir récité cette kyrielle sans reprendre

haleine, la fée me fît une belle révérence et continua son chemin.

— Pardieu I pensai-je, si le diable perdait sa religion (je suppose qu'en enfer on a quelque raison de croire en Dieu), il la retrouverait dans cette rue. Yoilàun pays où le ministère des cultes ne doit pas être une sinécure ! En France, où TÉtat n'a guère que quatre religions (je ne compte pas TAlgérie), l'administration a quelquefois des heures difficiles; mais ici comment faire pour répartir le budget et mettre le holà entre trente Églises qui tirent chacune de son côté, et qui, sans doute, se jalousent et s'excommunient chrétiennement ? C'est un problème que je ne me charge ppint de résoudre. Vive l'Espagne I voilà un peuple fidèle à la tradition, et qui a gardé les vrais principes r Le pays est un échiquier où chaque chose a sa case, où le corps et l'âme sont également et uniformément administrés. Grâce au mariage de l'Église et de l'État, tout est facile. On a un évoque comme on a un préfet, un curé comme on a un maire; fonctionnaires spirituels ou temporels ont leur place marquée dans les mêmes cadres et marchent du même pas. Naissance, baptême, éducation, communion, conscription, confession, impôts, presse, mort enterrement, tout se tient. L'Église est l'autorité, l'autorité est l'Église. On excommunie les déserteurs et les journalistes, on met les hérétiques aux galères. Le peuple, cet éternel enfant, est conduit par douceur ou par force, et sans qu'il s'en môle, au but qu'on lui a choisi sans le consulter. Police admirable, qui faisait le bonheur de la chrétienté avant que l'abominable Luther eût déchaîné du môme coup la liberté religieuse

et la liberté civile, double peste dont le monde ne guérira plus I Depuis qu'on a laissé aux hommes le soin de leur âme et de leur vie, il n'y a plus ni religion ni gouvernement.

Arrivé au couvent des Ursulines, j'y entrai. Retrouver le culte de mon pays, c'était me rapprocher de la France dont m'éloignait un sort jaloux. L'Église, c'est une autre patrie; celle-là, du moins, l'exil ne vous en chasse pas.

La chapelle était petite, mais richement décorée. Au fond du sanctuaire, sous un baldaquin de drap rouge brodé d'or, une madone en marbre tenait le petit Jésus entre ses bras et le regardait avec la tendresse ineffable d'une Vierge qui vient d'enfanter le Sauveur. Des plantes rares, des fleurs nouvelles, des gerbes de lilas blanc entouraient l'autel tout éclatant de lumières. L'orgue roulait ses vagues harmonieuses; l'encens s'élevait en nuages traversés par un rayon de soleil, tandis que derrière une grille, fermée d'un rideau, des religieuses et des jeunes filles chantaient d'une voix douce et lente : Inviolata^ intégra et casta eSy Maria. En un instant, et comme dans un rêve, je revis ma jeunesse envolée, mes amis disparus; je tombai à genoux et je pleurai. Non, ce n'est point une idolâtrie qu'une religion qui arrive au cœur par les sens ; pourquoi donc notre corps, aussi bien que notre âme, ne servirait-il pas le Seigneur?

Sorti du couvent, j'entrai à quelques pas de là dans l'église épiscopale. C'était la messe catholique, moins bien dite et moins bien chantée. A l'heure du prône, un ministre monta dans une longue tribune ; 51 avait

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«ous le bras un gros cahier, qu'il plaça deyant lui et feuilleta lentement. C'était un manuscrit de sermons pour tous les dimanches et toutes les fêtes de l'année. Quand le prédicateur eut trouvé le discours qu'il cherchait, îl mit ses lunettes, et d'un ton monotone commença sa lecture, au milieu de la profonde attention de l'assemblée. Le sujet qu'il avait choisi, c'était l'éternel engendrement et la consubstantialité du Yerbe, un de ces mystères qui défient l'intelligence humaine, et de» vaut lesquels le fidèle ne peut que s'incliner. Mais rien n'effraye l'audace d'un théologien; avec un texte, une définition et deux syllogismes, il &i remontrerait à saint Paul et supprimerait la foi.

A juger par le silence qui régnait, l'auditoire était édifié. Jenny, avait les yeux fixés sur le lecteur et ne perdait pas un mot. On eût dit qu'elle comprenait jusqu'aux citations latines^ grecques et même hébraïques dont cette dissertation était farcie; je ne croyais pas que la scolastique eût tant de charmes. Pour ihoi je sortis après le premier point; j'ai horreur de ces discussions stériles. A vouloir me démontrer ce qui est indémontrable, on me rendrait sceptique. Le mystère, je l'accepte; il m'entoure de toutes parts. Dans la nature comme dans mon âme, je sens l'infini qui me déborde, mais la raison me dit que je puis le sentir et non pas le connaître, moi qui ne suis qu'un atome perdu dans l'immensité. La main qui me soutient, et qui'soutient aussi les mcwides, je ne la vois pas ; je m y abandoiyie et je l'adore. Pour se donner à nous, Dieu ne nous'dit pas de le comprendre, il nous demande de l'aimer*

En passant devant les Méthodistes je songeai à Zambo, et j'entrai par curiosité. L'assemblée était nombreuse et fort animée. Les négresses, couvertes d'or et de bijoux, étalaient sur les bancs Timmense envergure et les tourbillons de leurs crinolines, les ne* grès, chantant d'une voix juste et plaintive, louaient Dieu avec toute Fardeiir des cœurs aimants. Le ministre, un nègre de grande taille et de figure respectable, prit la parole, et fit un sermon qui m'instruisit et me toucha. Où ce noir avait-il reçu l'éducation théologique? je l'ignore ; c'était un ancien esclave que la bonté de Dieu, disait-il, avait racheté d^ne servitude moins dure et moins honteuse que celle dn péché ; mais cet esclave avait souffert et réfléchi ; c'était un homme I La vie lui avait appris ce qn'on n'enseigne pas à l'école; son langage énergique et familier allait droit au cœur. On s'en apercevait aux tressaillements de l'audiloire.

En oomm^^çànft, il fit l'éloge du méthodisme, religion bénie du l^ignenr, disait-il, à en juger par les conquêtes qu'elle fadsait chaque jour. Il énuméra longuement le nombre des fidèles et la richesse des églises. Quatre millions de commumants, douze mille pasteurs, seize i»ille temples, soixante-treize millions de propriétés, c'était là le fruit d'un zèle qui ne s'endormait pas. A la vieille Europe, qui asservit i'Ëglise à l'Étal et la tient dans une perpétuelle minorité, il opposa la jeune Amérique qui laisse aux chrétiens le soin de leurculte comme de leur conscienee. — La liberté, disait'il, quand eUe est sanctifiée par la religion, fait des miracles que l'ancien monde, enterré dans ses

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préjugés, ne verra jamais. L'Angleterre, si fière de son opulence, corrompt ses évêques en les entourant d'un luxe païen, et dégrade ses yicaires en les condamnant à . une misère sans dignité, tandis que dans les Églises vivantes des États-Unis, la généreuse piété des fidèles entoure de bien-être et de respect un ministre qui ne doit rien qu'à son troupeau. Un prince se croit un nouveau Constantin quand. par hasard il élève et dote une chapelle; les seuls méthodistes du Nord ont construit quatre cent cinquante églises dans l'année 1860. Les pauvres nègres de la rue des Acacias traitent mieux leur chapelain que ne font les rois d'Occident.

— Mais, continua-t-il avec un mélange de finesse et de naïveté, ce ministre, si bien rente, doit payer aux nègres, qui l'ont choisi, une dette que les aumôniers des princes n'acquittent pas toujours. Cette dette, c'est la vérité I Écoutez donc, s'écria-i-il, ce que la vérité m'oblige à vous .dire : le noir a le cœur facile et la main libérale ; cela est bon, cela est chrétien, mais quelquefois il pousse la générosité si loin, qu'il met son âme en danger. -^ Jamais, direz-vous, nous n'avons entendu pareille chose. On nous répète que le chrétien expose son âme quand il cède à l'avarice, quand il s'abandonne à la convoitise ; mais qui a jamais enseigné 'qu'un homme se perdit par excès de générosité? — Mes frères, je vous dirai quelle est cette libéralité perfide ; c'est celle-là même que vous exercez à l'église au moment où vous écoutez le sermon. — Si je condamnais la colère ou la coquetterie, l'ivrognerie ou la licence, chacun de vous garderait-il pour lui cette leçon ? En ferait-il son profit? — Bien, dirait un

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de ces hommes qui se nourrissent d'eau-de>*yie^ je reconnais ce portrait de buyem*; c'est Samuel, mon cousin, dont parle le ministre. Tiens, ivrogne, prends tout pour toi. — Bien, dirait une de ces belles Madianites qui, pour s'enrichir d'une robe nouvelle, poussent leur mari à mentir et à tromper. Le ministre a raison de démasquer les vices de mes voisines. Attrape, mademoiselle Déborah ! Attrape , madame Ichabod 1 Tout pour vous, coquettes, rien pour moi. — C'est ainsi, mes frères, que dans mes paroles vous ne réservez rien pour vous-mêmes; le premier tiers, vous le donnez au prochain, le deuxième à vos amis, le dernier à votre mari ou à votre femme. Voilà de quelle façon l'enseignement du Seigneur est stérile, voilà comment vous perdez votre âme par excès de générosité. Christ, lui, est généreux, mais d'une autre manière; c'est un avare qui prend tout pour lui : nos péchés, nos misères, nos faiblesses, nos souffrances; aussi le voyons-nous sur la croix, la tête baissée, le souffle haletant, comme un homme écrasé. Quand donc, mes frères, quand donc lui retirerons-nous notre part du fardeau? Quand donc soulagerons-nous notre rédempteur et notre ami. Christ, mort pour l'esclave et pour le pécheur?

A cet appel l'assemblée se jeta à genoux, et, au milieu des larmes, un formidable Alléluia/ s'éleva vers le ciel. Le mouvement fut admirable ; il m'attrista. Je ne suis ni un aristocrate ni un planteur; je crois que le nègre n'est pas un singe, puisqu'il a des mains et qu'il parle; mais, après ce que je venais d'entendre, je commençais à soupçonner que le noir était

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un hoimne comme moi, et peut-être un meilleur chrétien; cette pensée me fit peur. Zambo, mon £rère! Jésus-Christ mort pour ces têtes crépues ! c'était plus que mon orgueil n'en pouvait souffrir.

— Si cela est vrai, pensai -je en sortant, quel crime est-ce donc que l'esclavage î Cette guerre civile qui ruine le Sud, ne serait-ce point le châtiment dont Dieu frappa Caïn?

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