PREMIER ÉTAGE
La galerie du premier étage, qui s’ouvre sur l'escalier d’Henri IV, est spécialement affectée aux armes et armures, aux ustensiles en métal , à tout ce qui concerne l’armurerie et la dinanderie ; on y rencontre des trophées de toute sorte, parmi lesquels, on distingue plusieurs boucliers et un nombre infini d’ustensiles, aussi curieux par leur époque, que par leur forme et leur usage.
A l’extrémité de cette galerie, le public- tourne à droite, et, traversant une sorte de vestibule dont le plafond est la reproduction de la salle de Bains de Lesueur, arrive dans les salles consacrées aux faïences de toute nature et de toutes fabriques, des quinzième et seizième siècles. Les murs de ces galeries, aussi bien que les vitrines placées dans les fenêires, et les dressoirs qui en font l’ameublement, présentent, à côté des grands bas-reliefs de Luca délia Robbia, émaillés en blanc sur fond bleu, les plus beaux spécimens des fabriques les plus célèbres, telles que celles de Gubbio, de Pesaro, de Rimini, de Faenza, d’Urbino, de Castel Durante, et tant d’autres justement renommées. Viennent ensuite les grandes pièces à reflets métalliques de style mauresque, les terres cuites, les grès d’Allemagne et de Flandre, et enfin les beaux produits des premières époques de Nevers et de la fabrication française, en tête de laquelle se placent les œuvres de Bernard Palissy et de ses descendants.
Une cheminée d’un style élégant et sobre, qui date du commencement duqrinzième siècle, et dont les figures représentent les trois âges de la vie, décore le fond de ces salles. Cette che-
MUSÉélS. 107
minée provient du Mans, et avait conservé toutes ses traces de peinture.
En traversant de nouveau les galeries des faïences, on revient sur ses pas pour entrer, de plaïïi-pied, dans une série de salles éclairées, d’un côté sur la cour de l’hôtel, et de l’autre sur les jardins, et constituant le corps de logis principal.
La première de ces salles, que décore une cheminée en pierre, du quinzième siècle, renferme un grand lit, chefd’œuvre de sculpture de la Renaissance, et un certain nombre de meubles et de cabinets, à deux corps, de la même époque, tous d’uùe exécution supérieure.
Des collections d’armes, d’ustensiles, de manuscrits, d’imprimés sur bois, et de chartes garnissent les vitrines de cette salle qui communique directement avec la salle du Sommera rd, consacrée aux meubles en ébène, aux ivoires et aux peintures, ainsi qu’aux ouvrages eu matières précieuses.
C’est là, dans les vitrines du milieu et dans celles des fenêtres, que se trouvent les grands ivoires, du troisième au dix-septième siècle : figures, bas-reliefs, plaques, diptyques et triptyques, un bel échiquier en cristal de roche, la collection des râpes à tabac, des quenouilles et fuseaux , et de menus objets à l’usage de la todette. Le meuble placé entre les deux fenêtres est d’origine florentine; il est couvert de mosaïques en pierre dure, de lapislazzuli, et constitue ce qu’on appelait un Cabinet, de la plus grande richesse.
La grande salle, qui fait suite, renferme une admirable collection d’émaux de tous genres. Une immense cheminée qui provient d’une maison de Troyes en Champagne, et qui est enrichie de sculptures et de bas-reliefs, d’une habile exécution, occupe un des côtés de cette salle; le large cul-de-lampe orné de sculptures en haut-relief qui lui fait face, est destiné à supporter une cheminée de l’étage supérieur.
Les grands émaux qui sont exposés dans cette salle, et qui sont les pièces les plus importantes, comme dimension, qui aient été fabriquées à Limoges, viennent du château de Madrid, construit au bois de Boulogne par François I", et détruit à la fin du siècle dernier.
Les émaux cloisonnés et champlevés, les châsses, les reliquaires, les ostensoirs émaillés des douzième et trei-
zième siècles, les coffrets, les coupes, les plats du seizième siècle, signés par H. Penicaud, Pierre Rémond, Jean Courtois, Léonard Limousin et les plus fameux émailleurs de Limoges, garnissent les murs et les vitrines de cette grande salle; d’autres armoires sont consacrées aux verreries de Venise, d’Allemagne et de France, dont l’hôtel de Cluny possède une collection des plus complètes.
La huitième salle du premier étage, qui fait suite à celle des émaux, est celle de l’orfèvrerie, et renferme des objets de la plus haute valeur, aussi bien au point de vué du travail, qu’à celui de l’archéologie.
Ce sont d’ahord les couronnes des rois goths, couronnes d’or massif, de saphirs et de perles fines, véritable trésor du septième siècle retrouvé intact, et qui ferait, à lui seul, la gloire d’une collection publique de premier ordre; — l’autel d’or de Basle, monument sans égal, en or fin. massif, battu et repoussé au marteau, chargé de figures et d’ornements en haut-relief, dû à la piété de l’empereur saint Henri, et donné par lui à la cathédrale de Basle, dans les premières années du onzième siècle; — viennent ensuite, le trésor de Saint-Marc-le-Blanc, près de Rennes, découvert en 1856. bracelets, bagues, anneaux, pièces d’orfèvrerie de toutes formes, en or massif ; — le beau Torques de Cessons, trouvé en 1854, les grands bracelets de Villers-Coterets, découverts en 1865 sur la propriété de M. H. de Cambacérès; — puis enfin la rose d’or de Basle, donnée par le pape Clément V au prince évêque de Basle, au commencement du quatorzième siècle. — Tous ces monuments précieux, d’une conservation étonnante , forment un ensemble du plus grand intérêt.
Une salle, d’un aspect tout différent, et qui forme un contraste frappant avec la précédente, suit, immédiatement après, et présente une collection, complète des faïences françaises des dix-sep!i$me et dix-huitième siècles, si recherchées depuis quelques années. — Une grande cheminée en faïence de Lille, occupe l’espace compris entre deux des fenêtres, en face d’un vaste dressoir couvert de pièces de surtout, représentant toutes sortes d’animaux en faïence de ronde bosse.
Les tabriques les plus renommées, celles de Rouen . de Nevers, de Moustiers, de Strasbourg, de Lille, de Lunéville, de
MUSÉES
Marseille, de Clermont-Ferrand, de Sceaux et bien d’autres, sont largement représentées dans cette collection , et les vitrines qui garnissent la salle présentent la plus remarquable variété de ces beaux produits d’une industrie toute française.
De la salle des faïences françaises, on revient sur ses pas , et, traversant les quatre galeries précédentes, on prend à droite , avant d’arriver à celle des armures, et l’on pénètre dans la salle de la Heine-Blanche, ainsi nommée en souvenir du séjour qu’y fit Marie d’Angleterre, sœur du roi Louis XII, en janvier 1515. La décoration peinte de cette salle est celle du temps, et date du règne de Henry II. Le grand lit qui en occupe le fond, est celui du maréchal marquis d’Effiat.
Chapelle. — Une petite porte donne accès dans la chapelle, délicieux monument de la fin du quinzième siècle, d'une élégance et d’une conservation parfaites. — Les clochetons dentelés, les bandeaux couverts de feuillage et de rinceaux, en haut-relief, les mille détails d’une architecture fine et élancée ont résisté aux effets du temps, et la chapelle de l’hôtel de Cluny est restée, de nos jours, un spécimen des plus complets de ce genre.
Un escalier à jour qui s’ouvre dans un angle de la chapelle permet de descendre au rez-de-chaussée, et donne accès dans les jardins par une sorte de passage couvert, dont le pilier central supporte le K couronné de Charles VIII (Karolus) et les armes de la famille d’Amboise.
En descendant quelques marches, on trouve, à gauche, un petit jardin, et l’on arrive dans la grande salle du palais des Thermes, encore debout depuis les premières années du quatrième siècle.
palais des thermes. — C’est là* sous ces voûtes imposantes, que sont placés tous les monuments antiques, en pierre et en marbre contemporains du Palais, et parmi lesquels nous devons citer, en première ligne, les autels gaulois trouvés à Notre- Dame de Paris, et la statue en marbre de l’empereur Julien proclamé, en 360, au palais des Thermes môme, en renvoyant au catalogue du musée, pour l'étude de cette importante collection qui présente le plus complet intérêt archéologique.
En sortant, de la grande salle des Thermes par l’extrémité
opposée, on arrive à la partie de l'ancien palais romain dont les voûtes ont été détruites; de chaque côté, se voient encore les niches qui décoraient la salle des bains chauds ; les hypocaustes ou fourneaux destinés à chauffer les eaux sont conservés plus bas, derrière une grille, et sous le boulevard Saint- Michel.
A gauche et à droite de cette salle antique, dont les murs seuls existent encore aujourd’hui, s’ouvrent les jardins qui entourent les ruines de l’ancien palais des Césars et l’hôtel de Cluny construit sur une partie de ses ruines.
De grands caveaux, de construction romaine, s’étendent audessous de ces jardins, et plusieurs grilles en défendent les entrées. Les jardins eux-mêmes constituent un véritable musée en plein air. De nombreux monuments et des fragments importants des douzième, treizième, quatorzième et quinzième siècles y sont conservés, et leur disposition, sur les pelouses, au long des allées et des massifs, présente un aspect des plus pittoresques. Le porche des bénédictins d'Argenteuil, monument tout entier, rapporté d’Argenteuil, et réédifié pierre a pierre, les débris de l’ancienne collégiale de Cluny, ceux de la sainte Chapelle, des figures et statues de toute prévenance, la plupart des quatorzième et quinzième siècles, et enfin la grande croix en fer rapportée de Sébastopol , arrachée du sommet de l'église Saint-Vladimir, et donnée par le maréchal duc de Malakoff, complètent cette immense réunion de monuments et de souvenirs historiques, naguère encore épars de côté et d’autre, voués à une destruction presque certaine, et dont la conservation, associée désormais à celle du palais des Thermes et de l’hôtel de Cluny, se trouve à tout jamais assurée.
Après avoir parcouru les jardins, dans la direction opposée aux ruines des ■Thermes, le visiteur repasse devant la façade de l’hôtel de Chtny, suit la dernière allée à droite jusqu’à son extrémité, et, traversant un élégant portique, en pierre sculptée, provenant de l’ancienne maison de la reine Blanche, se retrouve dans la Cour d’honneur.
MUSÉES
MUSÉE MUNICIPAL — L’hôtel Carnavalet, que l’administration de la ville de Paris vient d’acquérir, pour y fonder un musée municipal, est situé rue Culture Sainte- Catherine et rue Neuve Sainte- Catherine , au Marais.
Sa construction date du seizième siècle ; il a ôté commencé par Jean Bullant, et les sculptures que l’on y voit encore, et dont le style est remarquable, sont l’œuvre de Jean Goujon. En 1578, il fut habité par Françoise de La Beaune, dame de Carnavalet, qui laissa son nom à cette résidence opulente, que termina plus tard le célèbre architecte Mansart.
Occupé, en dernier lieu, par une institution de jeunes gens, l’hôtel Carnavalet est aujourd’hui l’objet d’une importante restauration, et une commission a été nommée par le préfet de la Seine, avec mission de rechercher les documents propres à reconstituer l’histoire de Paris, et à procéder à l’organisation du nouveau musée.
Omnibus f, it, h, as.
MUSÉE TYPOGRAPHIQUE ( Imprimerie impériale ), rue Vieille-du-Temple, 89. Visible le jeudi, à 2 heures précises , avec billets délivrés par le directeur. (Passe 2 heures , les ateliers ne peuvent plus être visités.)