‹ Paris et la Ligue sous le Règne de Henri IIIChapitre 103 sur 314 · Rbo. H · texte numérisé non relu

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proportionnel au tonnage et à la nature des marchandises. On ajoute seulement que les maîtres de ponts continueront à payer sur leurs salaires « les compaignons de rivière et halleurs de cordes, comme ils avoient cy-devant accoustumé * ».

Bien que nous n'ayons pas ici à entreprendre l'histoire détaillée des monuments de la capitale et que le sujet principal de notre travail soit, à vrai dire, Thisloire des relations de la royauté avec la population parisienne et ses réprésentants, il est nécessaire de dire un mot des grands travaux d'édilité qui signalèrent la première partie du règne de Henri III. La principale entreprise fut le commencement des travaux du Pont-Neuf. En 1556, les habitants du quartier de l'Université et du faubourg Saint-Germain avaient adressé une pétition au roi pour obtenir la construction d'un pont destiné à les mettre en communication avec la Cité, le Louvre et ses environs; le refus de la Ville de subvenir à la dépense empêcha Henri II de donner satisfaction aux justes réclamations des habitants de la rive gauche. Néanmoins le projet fut bientôt repris. Raoul Spifame proposa au même Henri II de jeter un pont entre le Louvre et l'hôtel de Nesle, sur l'emplacement actuel du pont des Arts; mais le duc de Ne vers, craignant que l'hôtel de Nesle, dont il était propriétaire, ne fût éventré pour le percement d'une rue nouvelle qu'il était question d'ouvrir sur la rive gauche, au débouché du nouveau pont, fit décider que ce pont serait reporté plus haut, à la hauteur du couvent des Augustins. Le 31 mai 1578, Henri III, qui venait de voir passer la pompe funèbre

1. RsG. H, 1788, fo 280. a En la ville de Paris aura deux maistres de pont de ladicte Ville pour monter et avaler les nefz, bateaux et vaisseaux, tant montans que devalens par dessoubs lesdispons de Paris... » (Ord, de 1415, art. 531.) Ils étaient nommés par le prévôt des marchands « après informacioD deuement faicte » et parmi les bateliers les plus experts de la Seine, de ITonne, de la Marne et de TOise. On prenait Tun des maîtres dans le pays d*amoot et l'autre dans le pays d'aval. Voy. la note 3 de la page 112.

166 PARIS ET LA LiaUE

(le ses mignons Quélus et Maugiron, posa la première pierre du Pont-Neuf, en présence des deux reines et de toute de la Cour. « Et sous ladite pierre furent mises des pièces d'argent et de cuivre doré, pesant environ trois ou quatre testons, sur lesquelles estoient gravés les portraicts du roy et desdites roynes. Ladite pierre estant assise, on présenta au roy une truelle d'argent avec laquelle il print du mortier en un plat aussi d'argent et le jetta sous ladite pierre '. » Par lettres patentes du mois de mars 1578, le roi avait commis Tinspection des travaux, dont le plan avait été tracé par Jacques Audouet Du Cerceau, architecte du roi, à Christophe de Thou, premier président, Pierre Séguier, lieutenant civil, Jean de la Guesle, procureur général, et M. Claude Marcel, surintendant des finances '. En cette même année 1578, on travailla avec une certaine activité aux piles du côté du petit bras, si bien qu'elles s'élevaient déjà à fleur d'eau quand le manque de fonds arrêta les travaux. L'interruption devait durer vingt ans. Toutefois l'abandon ne fut pas complet, car un passage des Registres de la Ville, daté du 30 août 1585 et qui ne semble encore avoir été signalé par aucun historien de Paris, prouve qu'à cette époque « on besongnait la masse ou cullée du Pont-Neuf du costé du quay de ladite EscoUe ' ». Au sur-

i. Le théâtre des antiquitez de PariSj par le R. P. F. Jacques du Bbbul, parisien, religieux de Saint-Germain des Prez. Paris, édit. de 1639, p. 185. Voy. aussi, dans la collection de Paris à travers les âges^ la livraison intitulée : le Palais de justice et le Pont-Neuf, par M. Edouard Fournier, p. 37. Le Pont-Neuf ne fut achevé que sous Henri IV, en 1604.

2. Ce sont les noms indiqués par l'Estoilb, t. I, p. 256; mais les registres du Parlement (Félibibn, Preuves, partie III, p. 7) y ajoutent ceux du président Pomponne de Belliëvre, d'Antoine Nicolal, premier président de la Cour des comptes, Augustin de Thou, Barnabe, avocats généraux au Parlement, Jean Camus, intendant des finances, et des procureurs du roi au ChAlelet et A THôtel de Ville.

3. Rbo. h, 1788 bis, P* 499. La construction du pont avait nécessité l'enlèvement de beaucoup de pierres « liays, fer et aultres matériaux qui soutiennent ledict quay de TEscoUe » ; le Bureau de la Ville ordonne, à cette date do 30 août 1585, de mettre de côté les matériaux dont il s'agit, parce qu'ils appartenaient à la Ville. En effet, les quais, de même que les

plus, rentretien des ponts laissait bien à désirer sous Henri III. La Ville n'en était jamais chargée qu'à titre de concessionnaire, mais en principe la dépense incombait au roi, et ses agents étaient responsables du bon état des ponts. C'est ainsi que le 15 mars 1579 Qaude Moreau, trésorier de France, vient « remonstrer à la Cour [c'est-àdire au Parlement) que le pont au Change est prest de tomber, et d'autant qu'il n'y a pas un denier qui se puisse employer, et est cette généralité chargée de vingt ponts qui tombent »; Claude Moreau supplie la Cour « interposer son office, à ce qu'il ne luy soit imputé, ni à Messieurs ses compaignons faute, et supplie la Cour luy en donner acte pour luy servir de descharge ^ ». Le Parlement fait droit à la requête et enjoint au procureur général d'aller trouver le roi avec Claude Moreau pour supplier le prince « d'y vouloir faire mettre ordre pour le bien du public ». En mars 1583, c'est encore au roi qu'on s'adresse en personne, quand une forte crue de la Seine menace d'emporter le pont Saint-Michel, et l'on charge les

fortifications et les fontaines, ont été de tout temps confiés à la prévôté des marchands, ainsi que le prouve une lettre de François I>' du 10 mars 1530. Arch. nat,, K, 984, citée par Leroux de Lincy, p. 130. Des lettres patentes dn même prince, en date du 3 juin 1535, autorisent par exception le prévôt des marchands et les échevins de Paris à employer le produit des aides et octrois de la Ville à la réparation des « ponts, qnays du Louvre et Grève, et autres bàUmens nécessaires et d'importance ».. A cette époque, le roi faisait porter dans ses coffres le produit des octrois des autres villes, à cause de la détresse du Trésor public, et Paris fut Tobjet d'un traitement privilégié. Toutefois, ce n'est que beaucoup plus tard que le produit des octrois fut régulièrement affecté, avec l'autorisation royale, à l'entretien des ouvrages publies et notamment des ports et des quais. Il est rcgret- Uble que, sur ce point, Dblamarb (Tr. de la Poiice, liv. VI, t. X, sect. II), qui cite les lettres patentes de 1535, n'ait pas recueilli et publié d'autres documents pour les époques postérieures : car s'il est acquis que le prévôt des marchands était souvent chargé de faire réparer les ponts et les quais, les documents analysés au texte semblent démontrer qu'on s'adressait, en de nombreuses circonstances, au roi lui-même pour régler les mesures & prendre; et d'autre part, les attributions du prévôt de Paris et du prévôt des marchands, en cette matière, ne semblent délimitées nulle part avec une précision suffisante.

1. Extrait des registres du Parlement. F6ub., Pr., t. III, p. 10.

tréftoriorH généraux de France de vérifier le péril imminent * .

En ce qui concerne le pavage de Paris, il y avait dans les usages une grande diversité qui peut exposer à de graves confusions. Le règlement général que fit le roi Jean pour la police le 30 janvier 4350 pose le principe général : « Que chacun en droit soi face refaire les chaucées quand elles ne seront suffisantes, tantost et sans délay » ; le prévôt de Paris était chargé de recevoir les maîtres paveurs, de contraindre les propriétaires à paver devant leurs maisons, d'ordonner les visites et le rétablissement du pavé qui ne se trouvoit pas suivant les anciennes pentes et alignements. Les commissaires du Châtelet prenaient connaissance par eux-mêmes de la nécessité des réparations, recevaient les plaintes des bourgeois et ordonnaient la cessation des ouvrages lorsqu'ils jugeaient que les ouvriers voulaient enlever des pavés encore bons; mais le roi entretenait à ses dépens la croisée de Paris ' (de la porte Saint-Denis k la porte Saint-Jacques et de la porte Baudet à la Bastille Saint-Antoine). De son côté, le Bureau de la Ville fournissait le pavé de quelques rues, de certaines places publiques et de plusieurs quais, tout le pavé des autres voies restant à la charge des propriétaires, conformément à la vieille loi romaine : Construat autem vias publicas unusquisque secundam propriam domum. Ainsi,

1. FAuBiBN, Preuves, t. III, p. 16. Charles VI, par lettres patentes du !«' mars 1388 (reproduites dans Delamarb, t. IV, p. 170, édit. de 1738), confia au prévôt de Paris la haute surveillance des ponts et chaussées de la prévôté et vicomte de Paris; mais les lettres patentes n'organisent pas avec une précision sufflsante les moyens d'exécution. Elles prévoient même que les sujets seront « refusans ou delayans » et, dans cette hypothèse, prescrivent au prévôt de faire faire les travaux « en leur deffaut et diligemment et tellement que lesdits chemins, chauciées, pons et passages soient remis en bon et soufûsant estât et que il n'en soit reprins de négligence. »

2. IHst* municip., p. 42. Dblamarb cite une ordonnance de Tannée 1400* qui indique avec détails Tétat de la croisée de Paris à cette époque, t. IV,. p. 173.

tantôt la Ville était chargée exclusivement, tantôt elle était complètement exemptée des dépenses de pavage de telle ou telle voie. Sous la date du 6 septembre 1581, les Registres nous fournissent l'exemple d*un travail de pavage fait aux dépens de la Ville, sans aucune contribution du roi, ni des habitants. « Sur la requête verballement faicte au bureau de la Ville de Paris par sire Symon Feullet l'ainé et autres bourgeois et habitans de ladicte ville, demourant rue du Mouton, place de Grève, et es environs, ad ce qu'il leur plust faire réparer la dicte rue », des membres du Bureau décident que « ladicte rue du Mouton sera promptement et à Tadvenir pavée, aus despens de ladicte Ville pour la commoditté publique, sans ce que lesdictz habitants d'icelle rue seront tenuz aucune chose pour ce pavé, tant du pavé que de façon dlcelle, actendu que icelle rue est nottoirement des deppendans de ladicte place de Grève et la principale advenue et entrée d*icelle ' ». Chargée de subvenir à une partie considérable du pavé de Paris *, la Ville était obligée de passer des marchés avec des entrepreneurs qui, à l'instar des entrepreneurs de nos jours, se plaignaient constamment d'avoir accepté un prix insuffisant et réclamaient une augmentation. Le Bureau faisait souvent droit à ces plaintes. C'est ainsi qu*à la date du 25 octobre 1583 il accordait à Albin Gaultier, « marchant fournissant le pavé de ladicte Ville », une

i. Rbo. h, 1788, f* 279.

2. Le roi ne se faisait pas faute de signaler à l'administration municipale les voies où le pavage laissait à désirer. Cest ainsi que le 19 octobre 1584 il écrit de Blois au prévôt des marchands qu'il a été averti « que les pavez du fauxibourg Saint-Honnoré sont en si mauvais estât et rompus que le publicq s'en trouve grandement incommodé; et davantaige que cela est cause que les eaues et boues y croupissent, lesquelles ne se pouvant aucunement esoouller, engendrent un mauvais air et entretiennent la contagion... « En conséquence, le roi ordonne à la Ville de refaire le pavé « depuis la porte Saint- Honoré hors la porte de la nouvelle fortification en allant au RouUe... » Il recommande de laisser une pente pour l'écoulement des eaux et de pratiquer un ruisseau des deux côtés de la chaussée. Rkg. h, 1788 bis, f> 427.

augmentation sur les prix de son marché, qui remontait au 4 juillet 1580, et aux termes duquel Gaultier devait recevoir quinze écus « pour chascun millier de gros pavé, de sept à huit poulces en carré *... »

Les Registres fournissent aussi maint exemple de pavages faits exclusivement aux dépens des habitants. Une décision du Bureau, en date du 13 mai 1585, ordonne aux « manans et habitants des faulxbourgs Saint-Honnoré de faire paver promptement et en toute diligence devant leurs maisons, chacun en droici sot/y depuis le commencement de la chaussée qui a esté pavée et rechaussée de

neuf, es dictz faulxbourgs, jusques à la fin d'icelle »

La qualité et la forme du pavé n'étaient pas laissées à l'arbitraire des entrepreneurs ou des habitants. L'ordonnance de 1415 disait déjà que « doresnavant les quarreaux qui seront amenés pour vendre en ladite Ville, auront de six à sept poulces de hault, de lé (largeur) et en tout sens ». On se servait de pierres de grès, et Delamare nous dit * que le meilleur venait de Vaucresson, d'Herbelay, Triel et Louveciennes : on trouvait trop tendre le grès de Fon-

1. Reg. h, 1788 bis, f* 354. 11 parait que rentrepreneur y perdait. Ouï le procureur du roi et de la Ville, le Bureau ordonne que « pourceque ledit Gaultier a fourni dudict gros pavé sur les asteliers es rues de la Juifverye et aultres de la croisée de ladicte ville et es portes dUcelle, depuis le mois d'aoust dernier passé Tan 1583, et qu'il y fournira jusques au dernier décembre de la présente année, il en sera payé à raison de vingt et un escus pour chascun millier dudict gros pavé, qui est un escu d'augmentation pour millier, plus que les vingt escus à quoi il a faict ledict marché; et, pourcequ'il fournira, durant Tannée prochaine 1584, sur lesdicts asteliers es rues de la croisée et portes de ladicte ville, luy en sera paie À raison de vingtrdeux escus et demy pour chascun millier, qui est deux escus et demy d'augmentation pour miUier. Faict au Bureau de ladicte Ville le 25* jour d'octobre 1583. » Le 8 décembre de la même année, le Bureau de la Ville accorde à Albin Gaultier une nouvelle augmentation. Il s'agissait de paver la rue Saint-Denis « depuis la haise {porte, fermeture) des faulxbourgs jusques & la Croix qui panche ». Par suite de la hausse des salaires des ouvriers, des charrois et arrivages, tant sur terre que par eau, la Ville crut équitable de porter les prix à payer audit Gaultier à 25 escus pour chacun millier de pavés livré sur les chaussées Saint-Jacques et Saint-Denis. » Ibid,, fol. 365.

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