‹ Paris et la Ligue sous le Règne de Henri IIIChapitre 112 sur 314 · md., fol. 483 et · texte numérisé non relu

md., fol. 483 et

Il faut s'arrêter un moment sur ces doléances de la municipalité parisienne qui nous ont été conservées par les Registres ^ Rien n'est plus propre à donner une idée de la détresse du pays et du discrédit profond dans lequel Henri III était tombé.

Sans revenir sur les points déjà touchés dans les remontrances de janvier 1583, que nous avons analysées plus haut, nous nous bornerons à rappeler que la Ville débutait encore par invoquer ses privilèges et par opposer les misères du présent aux prospérités du passé, puis elle précisait ses nouveaux griefs. Suivant la coutume traditionnelle des remontrances municipales, celles de septembre 1585 examinent successivement les diverses sources de revenu des Parisiens : biens ruraux, bénéfices commerciaux, gages et traitements de rËtat, enfin rentes sur THôtel de Ville. « Pour le regard des rentes sur THostel de Ville, c'est la commune richesse du peuple de Paris qui a suyvi la foy publicque de ses roys avec tant de créance que plusieurs ont vendu leurs terres et aultres possessions qui pouvaient accroistre en valleur pour y mectre les deniers en rente qui ne peuvent jamais augmenter; et, au lieu que les antiens payens faisoient déposer l'argent des pupilles aux temples de leurs dieux, nos courtz souveraines ont contraint les tuteurs et curateurs de le mettre en l'Hostel de Ville comme en la garde publicque et sacrée du prince; et néanmoins, à <liverses fois, on a destoumé les assignations, et mesmes, depuis cinq ou six ans, qui est partye cause que, pour le présent, il en est deu cinq quartiers. Cinq quartiers se montent à plus de quatre millions de livres, et mesmes, ceste année, il en a esté prins jusques à 60,000 escus, ce qui inconmiode tant le peuple, qui en soulloit faire estât certain, comme en son plus clair revenu. » Quant & l'in-

i. Rbg. h, il88 bù, foL 501.

dustrie et au commerce, la stagnation est complète depuis six mois; les gages des officiers royaux sont arriérés; « aux ungs est deu une année, aux aultres une demye ».

Comme conclusion de ce triste tableau des effets de la politique royale, la Ville déclare qu'elle ne peut fournir un écu au roi. De quelle façon se procurer de l'argjBnt? L'impossibilité d'établir de nouvelles aides n'a pas besoin d'être démontrée : « L'ayde est du tout impossible, parce qu'on ne peult plus imaginer espèce quelconque de subside sur quelque chose, quelle, que ce soit, qui ne soit ja estably, accreu et augmenté si avant qu'on n'y peult plus rien adjouster ». Quant à l'iïnpôt par capitation, la répartition en est fort difficile. « Le riche ne veultj le pauvre ne peult, » En outre, cet impôt sème la discorde entre les citoyens et jette l'odieux sur les fonctionnaires publics, s'ils emploient la contrainte et mettent des gamisaires chez les contribuables récalcitrants. Or , ajoutent les remontrances dans un langage presque menaçant, « nous sommes en temps, s'il en fut jamais, que la Ville a besoin d'union entre ses concitoiens, et Votre Majesté et le publicq des bonnes prières du peuple ». A toutes les causes de misère, il faut ajouter la contagion qui sévit dans la capitale et empêche les agents du fisc de pénétrer dans les maisons infectées pour exercer les contraintes, puis encore la stérilité d'une année mauvaise. Pour faire appel au concours financier de la Ville, le roi fera bien d'attendre « un extrême besoing... » C'est un secours extraordinaire qui est réservé « à l'extrémité des extrémités ». La municipalité termine en priant le roi de vouloir bien faire payer les arrérages échus de rentes et « faire contraindre ceulx du clergé de paier ce qu'ilz doibvent ».

Le roi témoigna le cas qu'il faisait des énergiques remontrances de l'Hôtel de Ville, en lui adressant, dès

le 13 septembre de la même année, de nouvelles lettres patentes demandant 56,000 escuz à constitution de rente sur les recettes générales de Rouen, Orléans et Tours. Étourdie de cette brutale réplique à ses doléances, la municipalité parisienne décide, le 16 septembre, que « rcmonstrances très humbles seront faictes à S. M. de la conséquence de l'affaire ». Par quels arguments la résolution de la Ville fléchit-elle? C'est ce qu'il est difficile de dire : toujours est-il que, le 20 septembre, la municipalité consentit à l'ouverture des bureaux de l'Hôtel de Ville pour le recouvrement des S6,000 écus, à condition que les assignations des anciennes rentes aliénées par le roi seraient payées avant celles de la présente émission. Ce n'était pas fini. Trois jours après, le 23 septembre, le prévôt des marchands annonce à ses collègues que le Conseil d'Ëtat et le roi veulent mettre sur les Parisiens une taxe de 120,000 écus, recouvrable conome les taxes de la fortification ^ Une assemblée générale eut lieu le 4 octobre pour délibérer sur la communication royale. Le prévôt des marchands vint dire que Sa Majesté n'avait pu se dispenser de faire appel à la Ville « à cause des grandes affaires qu'il a à présent pour le paiement des gens de guerre levez pour la conservation de son Estât » ; mais le roi laissait les intéressés libres « d'adviser sur la forme et levée de ladicte somme ». Ce n'était pas tant la forme de la perception de l'impôt que l'impôt lui-même et sa quotité qui troublaient les bourgeois. Ils offrirent bravement 60,000 écus au lieu de' 120,000, en proposant de répartir la somme entre les seize quartiers, comme on l'avait fait en 1576, lorsqu'il s'agissait de payer la solde de deux mille Suisses. Henri III fut bon prince et se déclara satisfait des 60,000 livres, qui, d'ailleurs, ne furent

i. Rbo. h, 1798 bis, t^ 522 et 525.

pas aisées à lever sur le peuple, si Ton en juge par les innombrables mandements aux quartiniers que conservent les Registres.

Ainsi mise à contribution, la Ville essaya de se dédommager d'un autre côté en réclamant au clergé Texécution •de ses engagements. On a dit plus haut ^ à la suite de quelles circonstances le clergé avait été amené à garantir le payement des rentes de THôtel de Ville, et comment un Arrêt du Parlement de décembre 1579 avait contraint Tordre ecclésiastique à continuer pendant dix ans encore le versement des décimes destinés aux rentes de la Ville. Mais cet engagement n'avait pas été tenu, et, malgré les actives démarches de la municipalité, les assemblées du <^lergé ne cherchaient qu'à gagner du temps et donnaient des réponses évasives *. Le Conseil du roi et le Parlement faisaient la sourde oreille. Dans ces circonstances, la Ville s'adressa encore une fois au clergé lui-même, en alléguant « les grandes plainctes et clameurs que faisoit le pauvre peuple du deffault de paiement d'une année et demy «schue à la fin du mois de décembre dernier, qui estoit •deue; et que lesdictz arréraiges se montoient bien à présent jusques à la sonome de 700,000 escus, comme apparoissoit par Testât signé du receveur de ladicte Ville et dudict Cas tille, receveur d'icelluy clergé * ». L'ordre ecclésiastique, assemblé à Saint-Germain des Prés pour délibérer sur une bulle du pape ^ et présidé par le car-

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