‹ Paris et la Ligue sous le Règne de Henri IIIChapitre 120 sur 314 · Mém. de la Ligue, t. I, p · texte numérisé non relu

Mém. de la Ligue, t. I, p

de leurs connoissanccs et en leur entière souveraineté de leurs jugemens, chacun en son ressort; et tous sujets du royaume maintenus en leurs gouvernemens, charges et offices, sans qu'on leur puisse ôter, sinon en trois cas, des anciens établissemens et jugemens des juges ordinaires, ressortissant es Parlemens; que tous deniers qui se relèveront sur le peuple seront employés à la défense du royaume et à Teffet auquel ils sont destinés ; et que désormais les États généraux, libres et sans aucune pratique, soient tenus, de trois ans en trois ans pour le plus tard, avec entière liberté h un chacun d'y faire ses plaintes auxquelles n'aura esté deuement pourvu * ». En terminant, le cardinal suppliait Catherine de ne pas l'abandonner et faisait un énergique appel, non seulement aux princes, pairs de France, « personnes ecclésiastiques », seigneurs et gentilshommes, mais aux villes et communautés, qu'il exhortait « à mettre la main à cette bonne entreprise, qui ne sçauroit que prospérer avec la grâce de Dieu ».

A ce manifeste, très énergique et fort habile, qui essayait de rallier sous l'étendard des ligueurs toutes \ef^ forces de la nation, Henri III répondit aussitôt avec une modération et une douceur qui attestaient son impuissance. Il plaide les circonstances atténuantes en faveur de la royauté, proteste de son dévouement pour la religion catholique, s'étonne qu'on puisse douter de sa volonté de restaurer la foi, regrette que les États de Blois ne lui

i. Le texte complet de la déclaration se trouve dans les Mém, de Nevetg^ 1. 1, p. 641, et dans les Mém. de la Ligue, 1. 1, p. 56. Il ne porte que la signature du cardinal de Bourbon, mais les Mém, de Severs donnent la liste des chefs de la Ligue qui fut distribuée avec le manifeste. Les voici : « Le pape, les cardinaux de Bourbon, de Lorraine, de Guise, de Vaudemont, de Vendôme, l'empereur et princes de la maison d'Autriche en Allemagne, le roi d'Espagne et les siens, le prince d'Ecosse, le grand maître de Malte, la seigneurie de Venise, la république de Gênes et de Lucques, -le grandduc de Florence, les ducs de Lorraine et de Guise, Ueutenans généraux de ladite Ligue, les ducs de Mayenne, de Mercœur, d*Aumale, d'Elbœuf, de Nevers, de Savoie, de Ferrare, de Nemours, de Cléves, de Porme et autres, jusques aux évesques de Cologne et de Mayence. »

aient pas fourni les moyens de continuer la guerre contre les hérétiques, célèbre les bienfaits de la paix, grâce à laquelle « le pauvre laboureur, accablé de la pesanteur du faix insupportable provenant de la licence effrénée du soldat, a moyen de respirer et recourir à son labeur ordinaire, pour substanter sa pauvre vie ». Le roi, avec une superbe assurance, fait sa propre apologie et affirme notamment « qu'il a convié ses sujets par son exemple à réformer les mœurs et recourir à la grâce et miséricorde de Dieu par prières et austérité de vie ». Il raille agréablement ceux qui s'inquiètent des sentiments de Théritier de la couronne, attendu « qu'étant encore, grâce à Dieu, en la fleur et force d'âge et en pleine santé, et pareillement la reine sa femme, il espère que Dieu leur donnera lignée, au contentement universel de ses bons et loyaux sujets. Et lui semble que c'est vouloir forcer la nature et le tems, et davantage se défier par trop de la grâce et bonté de Dieu, de la santé et vie de sadite majesté et de la fécondité de ladite dame reine sa femme, que de mouvoir à présent telle question et même en poursuivre la décision par la voie des armes. » Comme conclusion, Henri III engage les ligueurs à poser les armes, à renvoyer les soldats étrangers et à s'en rapporter à lui du soin de « pourvoir au soulagement de son peuple * ». Au cours de cette guerre de plume, à laquelle Henri III s'entendait d'ailleurs assez bien, il trouva un auxiliaire brillant dans la personne du roi de Navarre, qui publia aussi, le 10 juin 1585, « une déclaration

1. Mém. de Nevers, 1. 1, p. 63. Certains historiens sont très sévères pour ^e manifeste de Henri II I, attribué par TEstoileà Villeroi, secrétaire d'Etat, fl nous parait, au contraire, plein d'esprit et dHronie voilée. De Tiiod, t. IX. p. 287, reconnaît bien « qu'il est composé avec beaucoup d*art et d'habileté n, mais il le trouve indigne de la mc^esté royale. Cela est bientôt dit : cependant on ne pouvait demander an roi plus de vigueur, quand la Champagne presque entière, et les trois quarts de la Normandie^ de la Picardie, de la Bourgogne, du Berry, de TOrléanais, de la Bretagne se déclaraient contre lui. Nous verrons, d'ailleurs, qu'il ne resta pas inactif.

contre les calomnies publiées contre lui et protestations do ceux de la Ligue, qui se sont élevées en ce royaume » *. Elle se terminait par l'invitation qu'adressait le roi de Navarre au duc de Guise « de terminer la guerre de sa personne à la sienne, un à un, deux à deux, dix à dix, vingt à vingt, plus ou moins, ou tel nombre que ledit sieur de Guise voudra , avec armes visitées entre chevaliers d'honneur ».

Nous avons cru devoir résumer avec une certaine précision les différents manifestes et les négociations très complexes qui ont servi de préambule à la rentrée en scëne de la Ligue. Cette analyse était nécessaire pour Tintelligence des développements qui vont suivre; mais nous sortirions du cadre d'une histoire politique et municipale de Paris en essayant de rechercher sur tous les points de la France les traces et les manifestations du grand complot catholique. Il faut limiter maintenant notre étude aux événements qui ont un caractère plus spécialement parisien.

On peut reconstituer l'histoire du début de la seconde période de la Ligue à l'aide de deux documents d'une valeur rare : le Journal de Nicolas Poulain *, et le Dialo-

1. Le rédacteur de cette pièce était Duplessis-Mornay. On la retrouve au 1. 1 de ses Mémoires, p. 466. Elle est reproduite au 1. 1 des Mém. de Nevers, p. 120, et a été traduite en latin À Leyde en 1585. Cest le plus intéressant, mais le plus connu des documents analysés au texte.

2. Le journal de Nicolas Poulain va du 2 janvier 1585 jusqu'au jour des Barricades, le 12 mai 1588. Il a été inséré à la suite du journal de TEstoile (édit. de 1744, t. II), et se trouve aussi reproduit au t. XI, p. 282 des Arch. curieuset. Ce Poulain, lieutenant du prévôt de l'Ile-de-France, joua un double rôle, plus ou moins honorable. U affecta d'abord un grand zèle pour la Ligue, puis avertit le roi de tous les projets des conspirateurs. Dans les Comptes de dépense de Henri III, 1580 à 1588, Arch, nat., lettre K, et Arch. cur,j t. X, p. 424, on lit l'article ci-dessous : « A Nicolas Poulain, lieutenant du prévost de l'Isle- de-France, la somme de 200 escus soleil, à luy ordonnée pour le service de Sa Majesté en certain lieu et endroit dont elle ne veut estre cy faict mention ny déclaration, le dernier may 1588, et 250 escus le dernier jour de septembre 1588, pour mesme cause. »

gue du Maheustre et du Manants Les Registres de la Ville nous permettront, en outre, d'étudier les mouvements de la milice et la nature des relations du roi et du corps municipal. Les observations prises sur le vif par TEstoile et les nombreuses pièces originales que contiennent les Mémoires de la Ligue et le» Mémoires de Nevers compléteront cet ensemble d'informations, dont beaucoup sont inédites.

C'est au commencement de janvier 1585 que la Ligue parait avoir reconstitué ses cadres à Paris. Nicolas Poulain raconte que le 2 janvier Jean Leclerc, procureur au Parlement, et Georges Michelet, sergent à verges au Châtelet de Paris, qu'il connaissait tous deux depuis longtemps, vinrent le mettre en demeure d'assister à une réunion indiquée pour le lendemain chez Leclerc, en lui promettant « la faveïir de plusieurs grands seigneurs et personnages de la Ville de Paris » et « une bonne sonrnie de deniers pour se mettre à son aise », s'il consentait à prêter son concours aux défenseurs de la foi catholique, apostolique et romaine. Poulain se rendit à la réunion; le seigneur de Mayneville, agent du duc de Guise, y était venu aussi pour ^'entendre avec les conjurés « et leur communiquer de leurs affaires et entreprises ». Leclerc, pour échauffer le zèle des nouvelles recrues, affirma qu'il y avait plus de 10,000 huguenots au faubourg Saint-Germain « qui vouloient couper la gorge aux catholiques pour faire avoir la couronne au roy de Navarre ». Il était donc nécessaire que tous les bons catholiques prissent les armes, d'autant que Henri III favorisait le roi de Navarre et venait de lui

1. Le^Viahgue du Makeustre et du Manant est généralemenl attribué à Cromé, membre du conseil des Seize. Cependant une note manuscrite, mise au bas d'un exemplaire de la première édition de 1594, dit que Fauteur est le sieur Roland, conseiller aux Monnaies et aussi Tun des Seize. Le dialogue est imprimé à la suite de plusieurs éditions de la Satyre Ménippée, notamment de celle de Ratisbonne, 1752, t. III, p. 367.

envoyer deux cent mille écus par le duc d'Êpemon pour entamer la guerre contre le catholicisme. Leclerc ajoutait « qu'il y avoit déjà bon nombre d'hommes secrettcment pratiquez dans Paris, qui avoient tojus juré de mourir plustôt que de Tendurer ». La résistance semblait facile, car le roi ne disposait guère que de deux ou trois cents gardes, logés au Louvre, des archers du prévôt de Thôtel et du prévôt de Paris, tandis que les catholiques seraicuit soutenus par les ducs de Guise, de Mayenne, d'Aumale et toute la maison de Lorraine, sans compter le roi d'Espagne, le prince de Parme et le duc de Savoie. Mayneville <:onfirmait ces assurances et déclarait que le duc de Guise avait déjà rassemblé des forces en Champagne et en Picardie « jusques au nombre de quatre mil hommes souldoyés par beaucoup de gens de bien ». Le lendemain, 4 janvier, une autre réunion eut lieu chet la Chapelle- Marteau, maître des comptes. Il y avait là Charles Hotman de la Rocheblond, receveur de Tévêque de Paris, Rolland, général des monnoyes, Tavocat Drouart, Crucé, procureur au Chàtelet, et « plusieurs autres ». Aucune hésitation. Chacun reçoit son rôle : Poulain achètera les armes; le prévôt de TIle-de-France est vieux et s'en remet à son lieutenant pour l'exécution des mandements. Les armuriers de Paris, auxquels le roi a fait défense de vendre des armes ou cuirasses « sans sçavoir à qui », ne feront pas difficulté <l'en vendre au lieutenant du prévôt. L'argent ne manquait pas : un seul seigneur avait donné dix mille livres, au dire de la Chapelle, et, d'après Hotman, le duc de Guise aurait tiré « de Messieurs de Paris trente mille escus par plusieurs fois ». Il est entendu que la Chapelle-Marteau pratiquera \e$ membres de la Chambre des comptes; le président Lemaître ceux du Parlement, tandis que Leclerc et Michelet s'occuperont des procureurs au Parlement. A la Cour des aides, le président de Neuilly avait des intelligences; Roi-

land séduirait ses collègues les généraux des monnaies, el le lieutenant particulier, la Bruyère, les conseillers au Ghàtelet. Louchart, Senaut, Choulicr et d'autres enrôleraient les huissiers, les greffiers, les clercs, tous les robins subalternes. Crucé répondait des procureurs et d'une grande partie de TUniversité. Déjà de Bart et Michelet avaient gagné « tous les mariniers et garçons de rivière du costé deçà, qui font nombre de plus de cinq cens, tous mauvais garçons ». Quinze cents bouchers et charcutiers avaient promis leur concours à Toussaint Poccart et à Gilbert, agents des ligueurs ; six cents marchands de chevaux et courtiers offraient leurs bras au commissaire Louchart. Voilà ce qu'avait appris Poulain, dès le 4 janvier.

Donc, sans qu'aucune manifestation extérieure ait encore eu lieu, la Ligue se trouve déjà prête et dispose de forces imposantes. Comment a-t-elle pu s'organiser ainsi, dans l'ombre, avec une rapidité si grande et un tel succès? L'auteur du Dialogue du Maheustre et du Manant attribue l'initiative du mouvement à une sorte d'intervention mystérieuse de la Providence qui aurait suscité un simple bourgeois, Charles Hotman, sieur de la Rocheblond, pour sauver la religion menacée ^ Ce parent du protestant François Hotman, l'illustre auteur de la Franco-Gallia, se sentant « meu de l'esprit de Dieu », alla trouver trois ecclésiastiques : Jean Prévost, curé de Saint-Séverin •, Boucher, curé de Saint-Benoit ', de Launay, chanoine de Soissons,

1. Pierre Pilhou, dans la Satyre Mënippée (discours de M. d'Aubray), explique la résarrection de la Ligue par les pactes passés entre les Guises et Philippe II, la naïveté des bonnes gens qui croyaient la religion menacée, le mauvais gouvernement de Henri III, « les doublons d'Espagne » et « l^i abjectes et honteuses soumissions pour rechercher et gaigner la simple populace ». SaL Mén. Édit. de Ratisbonne, Mathias Kerner, 1752, t. I, p. 128.

2. J. Prévost était peut-être le plus modéré des organisateurs de la Ligue, Il appellera un jour les Seize des larrons. De Thou dit qu*il était entré dans la Ligue, imprudentia potiuê quant turbarum desiderio.

3. Jean Boucher était né en 1551, d'une famille de robe. Il était parent de Christophe de Thou et de Guillaume Budé. Élève du curé de Saint-

« premiers piliers de la Ligue à Paris K » C'est ce quatuor qui fut le premier groupe organisé. « Ils advisèrent par ensemble, raconte le Manant, d'appeler avec eux les plus pieux, fermes et affectionnez catholiques pour acheminer et conduire les affaires de la Ligue des catholiques, tellement qu'eux quatre, après l'invocation du Saint-Esprit, nommèrent plusieurs particuliers bourgeois qu'ils cognoissoient, et lors se résolurent de n'en parler qu'à sept à huit, lesquels ils arrestèrent et nommèrent entr'çux : à sçavoir, ledit de la Rocheblond nomma l'advocat d'Orléans, et le sieur Acarie, maistre des comptes; ledit sieur Prévost, curé de Saint-Severin, nomma les sieurs de Caumont, advocat, et de Compans, marchand; ledit sieur Boucher nomma Mignager, advocat, et Crucé, procureur; ledit sieur de Launoy nomma le sieur de Manœuvre, de la maison des Hennequins *. » Sondés avec prudence, les candidats

Séverin, Jean Prévost, dont tous les historiens, Davila, Thynot, de Tbou, «'accordent à louer l'éloquence et le savoir, fut lui-même professeur & Reims, puis au collège de Bourgogne. Il devint ensuite prieur de Sorbonne. A trente ans, en décembre 1580, il était investi des fonctions de recteur de FUniversité. Quand la cure de Saint-Benoit devint vacante, il l'obtint.

1. Mathieu de Launay, ancien ministre protestant de Genève. Marié, il se lassa de sa femme et revint au catholicisme. On le nomma chanoine de Soissons. C'était un homme bon à tout faire, un grand remueur des opinions de la populace, dit Pasquier; le Duchat l'appelle tout nettement un seélérat. {Notes sur la Ménippée, t. U.)

2. Dialogue, t. 111, p. 434. Dans l'édition de la Satyre Ménippée donnée à Genève en 1598, fut insérée, sous le titre A^Âbrégé des Estais^ une analyse du passage du Dialogue où se trouve expliquée la résurrection de la Ligue par la grftce de Dieu et des Guises. Ce pastiche se trouve dans l'édition de Ratisbonne de la Ménippée (1152), aut. I, p. 353. U est également inséré daus les Mém, de la Ligue, t. V, p. 639. Édit d'Amsterdam (1758). On donne VAbrégé comme étant l'ouvrage de Mademoiselle de la Lalande, qui « servoit à Madame de Nemours pour certaines intrigues ». M. Labitte nous parait commettre une légère erreur à la note 1, p. 35 de ses Prédicateurs de la Ligue, quand il dit que Jean de la Taille, dans les Singeries de la Ligue, appelle aussi Prévost, Launay et Boucher « les premiers piliers de l'Union ». C'est VAbrégé qui emploie ces expressions, et cela n'est pas étonnant, car l'auteur ne fait guère que copier le Dialogue du Makeustre et du Manant. U n'y a pas non plus, ce semble, à reprocher à M. Ranke (Hist. de la pap,, t. UI, p. 190) d'avoir pris le comité Hotman pour le premier centre de l'Union, en alléguant que la Ligue existait dès 1576. « Et nous sommes, dit M. Labitte, en 45871 « En premier lieu, les conciliabules

proposés par les quatre premiers conspirateurs donnèrent sans difficulté leurs adhésions. Le curé Prévôt leur adjoignit le sieur d'Effiat, gentilhomme d'Auvergne. Puis, le cercle s'étendit un peu. On enrôla maître Jean Pelletier, curé de Saint-Jacques, maître Jean Gincestre, bachelier en théologie, et quelques autres. Pour imprimer une direction régulière au complot catholique, un Conseil de neuf à dix personnes fut institué. En outre, les seize quartiers de Paris furent réparti§ en cinq circonscriptions, ayant chacune un chef. Tous les délégués venaient rapporter, au Conseil les résultats de leur propagande et demander des instructions. Seuls, les cinq délégués et le sieur de la Rocheblond avaient qualité pour affilier à la Ligue de nouvelles recrues. Encore ne le pouvaient-ils faire qu'après enquête et lorsque le Conseil secret avait « examiné la vie, mœurs et bonne renommée de ceux à qui Ton avoit parlé, comme n'estant raisonnable de commettre la cognoissance de cette sainte cause qu'entre les mains de gens de bien, sans reproche, fidèles et bien affectionnez » .

Il y avait donc, à l'origine, un Conseil, de neuf à dix membres, qui avait la haute direction de la Ligue à Paris, puis un autre Comité d'action, composé de six membres, à savoir la Rocheblond, Compans, Crucé, la Chapelle-Marteau, Louchart et Bussy-Leclerc; mais il faut remarquer que les six faisaient tous partie du comité des dix '. Cette

d'Hotman datent non pas de 1587, mais de janvier 1585, ainsi que le prouve le Journal de Poulain; en second lieu, il ne faut pas exagérer Timportauce pratique de l'acte de Péronne (signé en juin 1576). Qu*on le qualifie, si Ton veut, d'acte constitutif de la Ligue, mais la Ligue n'a été vraiment constituée pour Vaction qu'au début de 1585. La querelle que M. Labitte, en son excellent ouvrage, a cherchée & M. Ranke, n'est donc guère qu'une querelle de mots. Nous dirons que la Ligue a été constituée en juin 1576, et reconstituée en janvier 1585.

1. Le Dialogue le dit formellement : Après avoir indiqué les noms des ligueurs nommés chefs des quartiers par le conseil des dix, le Manant igoute : « Et rapportoient au conseil duquel ils faisaient partie, tout ce qu'ils avoient entendu chacun en son destroit, etc.. », p. 436, t. HI, de l'édit de 1752.

distinction du comité d'action que Cromé appelle les Six et du Conseil proprement dit, avait pour but de ne pas révéler aux adhérents nouveaux la nature ou même Texistence du conseil de direction, afin de rendre toute trahison impossible.

Les six ne manquaient pas, du reste, d*agents secondaires qui travaillaient « par leur instruction ». Au quartier de la Cité, Compans avait « pris pour aides » le drapier Hébert et le sieur de Laistre; Crucé avait choisi les sieurs Pigneron, Senault, Noblet et Joisel; la Chapelle-Marteau s'était adjoint le procureur Emonnot et le sieur Béguin; le commissaire Louchart était secondé par Tronçon, colonel de la milice, et de la Morliëre, notaire ; Bussy le Clerc avait sous ses ordres Choulier, Courcelles et Tavocat Fontanon. C'était une organisation déjà très puissante. Les ligueurs entrèrent en communication^ directe avec les princes, qui leur envoyèrent les sieurs de Mayne ville, Cornard et Beauregard. En même temps, on songeait à nouer des relations avec les principales villes de France. Hotman, le trésorier de la Ligue, remit 3,000 écus * au sieur Ameline pour aller faire sur place de la propagande catholique dans la Beauce, l'Anjou, la Touraine et le Maine. L'envoyé de la Ligue, « homme d'affaires et grand négociateur », visita successivement Chartres, Orléans, Blois et Tours : il adressait ses rapports à c< Messieurs de la Ligue » pai* l'intermédiaire de Nicolas Poulain, qui était averti du lieu où se tenait le Conseil par « un nommé Mérigot, graveur tenant sa boutique aux pieds des dégrez du palais ». Ainsi se nouaient peu à peu tous les fils de la conspiration.

Le roi n'avait-il aucun soupçon du danger? Il était, au contraire, admirablement informé des plans de la Ligue et « de tous les remuements, comme dit l'Estoile, de divers

Page 1