‹ Paris et la Ligue sous le Règne de Henri IIIChapitre 140 sur 314 · Arcb. cur., t. XI, p · texte numérisé non relu

Arcb. cur., t. XI, p

2. D'après les Mémoires de Pape de Saint-Auban, dont les Mém. de la tigue (t. n, p. 200) contiennent un fragment, Tauteur du sermon séditieux ne serait autre que le curé même de Saint-Séverin, le sieur Prévost.

eolier insistait, VîUequier ajouta sur le ton de la plaisanterie : « Sire, cela ne m'empêchera pas d'aller me verser quatre rasades. » Puis il alla se mettre à table. Comme le tumulte augmentait dans l'après-midi et devenait plus menaçant d'heure en heure, le roi envoya d'abord un gentilhomme de sa chambre au logis du notaire Hatte pour savoir ce que signifiait l'attitude hostile de ses hôtes armés, Bussy le Clerc, Crucé, Henault et les autres. Mais Hatte, qui connaissait personnellement le gentilhomme du roi, le retint prisonnier, sans même daigner lui répondre. On envoya ensuite, vers neuf heures du soir, Pierre de Lugoli, lieutenant du prévôt de l'Hôtel avec ses gens et un détachement de gardes du corps, et Lugoli fut suivi de Jean Séguier, lieutenant civil, qui manda force sergents et commissaires; mais le notaire Hatte s'était esquivé, et rémeute grossissant toujours, les gens du roi couraient un véritable danger. Les courtisans décidèrent le faible prince à rappeler ses gardes et la police, sans qu'on eut cherché à forcer la maison du notaire, transformée en citadelle de la Ligue. C'était une victoire pour celte poignée de rebelles qui avait bravé l'autorité royale. Dès le lendemain, les manifestations hostiles recommencèrent avec plus de rage que jamais. « On voyait courir les ligueurs par pelotons dans les rues de la ville * et s'attrouper dan» les carrefours où ils tenaient conseil entre eux et déchiraient la personne du roi et du duc d'Épernon, tandis que les prédicateurs, et Bouclier surtout, le plus furieux de tous, faisaient retentir les chaires chrétiennes des invectives atroces qu'ils vomissaient contre ce prince et ses ministres. » Henri III, sur le conseil de sa mère, afiecta de n'avoir reçu aucune injure, et le 3 septembre il fit bonne mine, à

1. De Thou, t. X, p. 39. Voir aussi, sur la journée de Saint- Séverin : Le procès-verbal de Nicolas Pou/atn, p. 308; l'Estoilb, t. III, p. 63; Félibikn, Hist. de la Ville, t. II, p. 1162.

son petit lever, aux notables du parti ligueur. Bussy le Clerc et quelques-uns des plus compromis jugèrent toutefois prudent de s'absenter jusqu'à nouvel ordre. Peutêtre firent-ils sagement, car le Valois se sentait atteint dans son honneur. Villeroy lui persuada qu'il n'avait qu'un moyen d'en imposer aux factieux : quitter la capitale et se rendre h l'armée. Ses courtisans tâcheraient de lui cueillir quelques lauriers pour faire pâlir ceux du roi de Navarre et du duc de Guise.

Le 42 septembre 1587, Henri III se rendit au camp d'Ëtampes. Il emmenait avec lui les ducs de Nevers et d'Épernon *. Ce n'était pas sans regrets que le roi s'arrachait aux délices de la capitale ; ce n'était pas sans craintes qu'il laissait derrière lui la grande citadelle de la Ligue. Il confia la défense de sa cause au ciel et aux autorités municipales.

Avant de partir « à Montereau dresser son camp et armée pour empescher les mauvais desseings de plusieurs estrangers qui sont entrés dans ce royaume », le souverain fit dire dans l'église de la Sainte-Chapelle « des prières publiques à Dieu, à ce qu'il luy plaise luy donner victoire à rencontre de ses ennemis * ». Le corps de Ville y assista en grande pompe. Le il septembre, Henri manda au Louvre, en sa chambre, « les prévôt des marchands et échevins, accompaignez des sieurs capitaines, lieutenans et enseignes ou la pluspart d'iceulx », et leur enjoignit en

1. Le dimanche 23 août, le duc d'Épernon, que le roi appelait alors son fils ainéf avait épousé Marguerite de Foix, comtesse de Caudale, dont la sœur du roi, Diane d'Angouléme, avait dirigé Péducation. Les noces s'étaient célébrées à Vincennes, avec une simplicité relative. D*Épernon était un homme rangé : il préféra garder pour lui le don du roi : quatre cent mille écutl A lui seul, le collier de perles que le roi donna à la mariée valait cent mille écus. Le 30, il y avait eu, en Phonneur des nouveaux époux, un bal magnifique à TbAtel de Montmorency. Le roi y avait « balle en grande allégresse, portant néantmoins son chappelet de testes de mort, tant que le bal dura, tousjours pendu h sa ceinture ». L'Estoilb.

Page 1