Ibid., f
un vrai souverain. Mais, dans Tombre, le consul Norman tramait la perle de Tancien mignon et obtenait de Henri III, par l'intermédiaire de son beau-frère, un sieur Souchet, qui alla en poste à la cour, Tordre formel de se saisir de d'Épernon, afin qu'on pût Tobliger à remettre au roi les villes de Boulogne et de Metz et à se contenter de son gouvernement de Provence. Le 10 août, Norman, avec quarante hommes dont les armes étaient dissimulées, envahit le château d'Angoulême et marcha droit à Tappartement de d'Ëpernon; mais il rencontra dans l'antichambre cinq ou six secrétaires et amis du duc qui firent une terrible résistance. A lui seul, le Florentin Gieronymi blessa quatre des assaillants. Quelques gentilshommes organisèrent la lutte €t tuèrent le consul Norman. Mais la duchesse était prisonnière de l'émeute, et les agents de Villeroy et de la Ligue parisienne avaient soulevé le peuple, qui cernait le château. Les conjurés attendaient un détachement de troupes royales que le baron d'Aubeterre devait amener. Déjà l'on approchait les pétards des portes du château, quand l'arrivée du sieur de Tagent, lieutenant de d'Ëpernon, qui revenait de Saintes avec un détachement de cavalerie, et surtout l'apparition d'un corps protestant, expédié par le roi de Navarre et commandé par le comte de Larochefoucauld, sauvèrent le malheureux d'Ëpernon. Il était temps; le duc avait passé, avec ses gens, trente heures sans boire ni manger, et il manquait de poudre. L'abbé d'Elbène, familier du duc, servit d'instrument de transaction : les barricades élevées autour du château furent abattues; la duchesse d'Ëpernon fut rendue à son mari, qui, de son côté, rendit les cadavres de Norman et de son frère, ainsi que les prisonniers qu'il avait faits, grâce à des prodiges de valeur qui prouvent, une fois de plus, que les mignons de Henri III étaient d'héroïques soldats. A peine libre, d'Ëpernon écrivit au roi pour accuser Villeroy de cet abominable complot, et
la responsabilité de Henri III lui-même n'était pas niable, car le consul Norman, mourant et mis à la question par d'Épernon *, avait tout révélé. Le roi s'en tira par une lâcbeté nouvelle, en répondant à d'Épernon qu'il n'avait voulu le faire arrêter que pour le ramener auprès de lui et le traiter comme son propre fils.
Il fallait résumer, ces étranges événements, qui pourraient fournir le sujet d'un roman d'aventures, avant de citer la lettre de la Ville de Paris au maire ou consul d'Angoulême, dont la destinée devait être si tragique. Cette lettre est antérieure au guet-apens tenté contre le château d'Angoulême, puisqu'elle porte la date du 18 juin. Elle fut confiée à un émissaire que l'Hôtel de Ville de Paris avait chargé de faire de vive voix aux ligueurs d'Angoulême le récit des événements survenus dans la capitale. Envoyez-nous des députés, disaient les Parisiens, « avecque amples pouvoirs et mémoires tant sur vostre advis des choses publicques que pour ce qu'en particuUier vous pouvez désirer, à ce que unanimement et communément nous dressions noz supplications et requestes à S. M. entre celles qui desjà lui ont esté faictes par messeigneurs les princes catholiques de notre Union * ». Et, dans un postscriptum, le prévôt des marchands ajoutait que la Ligue avait saisi des lettres du duc d'Ëpernon qui ne laissaient aucun doute sur les tentatives faites par lui pour détourner Angoulême de l'Union catholique ; en conséquence, les magistrats parisiens annonçaient au maire qu'ils donnaient mission à M. de Saint-Luc de maintenir les habitants d'Angoulême dans des sentiments sympathiques à la Ligue. La suite prouva que Saint-Luc remplit consciencieusement sa mission, car la population d'Angoulême passa presque
1. Db Thou n'affirme pas le fait, mais le rapporte comme une probabilité; et Ton sait que d'Épemon n'avait pas Tâme tendre, d'autant qu'il courait lui-même danger de mort.