L'EsTOiLB, t III, p
Malgré tout, le peuple souffrait cruellement de la guerre. Il y avait longtemps que les rentes sur THôtel de Ville n'étaient plus payées; les loyers ne rentraient pas davantage et, par arrêt du 45 avril, le Parlement dut en remettre aux locataires qui ne s'étaient pas acquittés *. Ces soufifrances, que la continuation de la guerre devait aggraver de plus en plus, se perdaient d'ailleurs dans l'agitation belliqueuse de la capitale et dans le déchaînement des haines religieuses. On pouvait se croire revenu au temps de la Saint-Barthélémy : d'odieux spectacles étaient offerts au peuple. « Le samedi 6* may, écrit TEstoile, fuçt, par sentence du prévost de Paris, confirmée par arrêt de la Cour, attachée à un posteau et bruslée vive en Grève une pauvre femme huguenote qui ne se voulust jamais desdire et mourut ferme et constante en sa religion. » Le brigandage politique était légalement autorisé par la municipalité ligueuse : un ordre du prévôt des marchands en date du 3 mai 1589 porte « qu'il est enjoint et permis au capitaine de la Vigne de prendre et saisir aux corps ceux qu'il reconnoistra hérétiques et fauteurs d'iceux, tenans le parti de Henry de Valois, demeurans à Briecomte-Robert et environs seulement, ensemble se saisir de leurs biens * », d'en prélever une partie pour lui-même et de verser le reste « pour la cause de l'Union ' ».
Quant à la guerre proprement dite, elle se faisait avec des raffinements de cruauté incroyables. Après la prise du
. 1. Db Trou, t. X, p. 598. Cette mesure n'était pas applicable aux immeubles appartenant à la Ville et aux Hôpitaux.