Palma-Catet, p
2. Sur l'affaire de Senlis, voy. le Discours qui se trouve au l. III des Mém, de la Ligue, p. 550.
foyers, car les chefs ligueurs avaient recours à de singuliers stratagèmes. Le 5 mai, Brigard, procureur de la Ville, se mit en route afin de conduire au camp du duc d*Aumale deux canons, une coulevrine et un convoi de poudre; mais, arrivé au Bourget, il s'arrêta, ne se trouvant pas suffisamment escorté. Pour lui donner cette escorte, la Ville envoya Tordre au colonel Aubry, dont c'était le tour d'aller relever les troupes qui assiégeaient le château de Vincennes, de sortir par la porte Saint-Martin au lieu de la porte Saint-Antoine et de rallier Brigard au Bourget. Aubry et les douze cents hommes de son quartier arrivèrent le lendemain soir devant Senlis et saluèrent la Ville d'un coup de canon. Les assiégés parurent en bataille sur les murs et aux sommations de se rendre répondirent que, si les Parisiens s'engageaient à donner l'assaut, ils abattraient eux-mêmes une partie de leurs murailles pour les mieux recevoir. L'assaut n'eut pas lieu toutefois, et, dès le 7 mai, Gilles des Ursins d'Armentières réussit à forcer le blocus et à faire entrer dans la place, une troupe de royalistes déterminés. Une sortie, vigoureusement exécutée par cent cavaliers, permit aux assiégés d'expédier des messagers k Henri d'Orléans, duc de Longucville, qui était alors à Compiègne, afin de presser . l'arrivée des secours, annoncée par d'Armentières. D'autre part, le duc d'Aumale ne déployait pas moins d'activité, et il avait fait venir Jean de Balagny, gouverneur de Cambrai, avec quatre mille hommes et sept pièces de canon, tirées de Péronne et d'Amiens. Le 17 mai, au matin, l'artillerie ligueuse commença à battre furieusement la place et pratiqua une brèche considérable. Avec un peu d'ordre et de sang-froid, Senlis était emporté, avant l'arrivée des renforts que les royalistes attendaient; mais les troupes de l'Union montèrent à l'assaut avec une telle confusion qu'elles furent repoussées et per-
dirent beaucoup des leurs. Le manque de poudre et de balles empêcha les royalistes de profiler de leur succès, et ils acceptèrent même une capitulation, aux termes de laquelle ils devaient rendre la place s'ils n'étaient pas secourus le jour même. Mais à midi la petite armée commandée par le brave La Noue et le duc de Longueville parut en vue des murailles. Elle ne se composait que de huit cents chevaux et de quinze cents arquebusiers; aussi, en présence du nombre des ligueurs, La Noue hésita-t-il un moment à engager le combat. Il céda cependant aux instances de SQS officiers, et les deux armées s'abordèrent. D'Aumale, peu renseigné par ses espions, croyait que les royalistes n'avaient pas de canon et se flattait de les vaincre avec sa seule cavalerie. Ce fut précisément l'artillerie, bien commandée par M. de Sermoise, qui décida du sort de la journée. Lorsque le ligueur Balagny, avec la cavalerie de Cambrai, fut arrivé à deux cents pas des arquebusiers royaux, ceux-ci ouvrirent leurs rangs, et trois décharges consécutives mirent la confusion dans les bataillons catholiques. Une charge de la cavalerie royale acheva leur déroute. D'Aumale et Balagny, blessés tous deux, ne purent même établir un semblant d'ordre dans la retraite précipitée de l'armée parisienne. Dix canons, d'immenses approvisionnements et un camp rempli de marchandises de toute espèce furent le prix de la victoire. Plus de douze cents ligueurs * étaient restés sur le champ de bataille, entre autres le gouverneur de Paris, Maineville, qui s'était battu en désespéré.
Le duc d'Aumale ne s'arrêta qu'à Saint-Denis, qu'il essaya de fortifier, et Balagny alla remplacer Maineville à Paris dont il devînt gouverneur. Pour calmer la colère du
1. C'est le chiffre donné par de Thou, t. X, p. 640. — Palma-Catet parle de deux mille morts du côté de la Ligue. Le président d'Assi, dans sa lettre à Mayenne du 18 mai 1589, indique aussi le chifTre de deux mille morts.
peuple, il affirma qu'on n'avait perdu que cent hommes et quelques canons, en ajoutant que dans trois jours une nouvelle armée serait mise sur pied, et que les Parisiens se trouveraient en état de prendre leur revanche*. En attendant, les ligueurs éprouvèrent un nouvel échec à Bonneval, localité du pays chartrain. Deux cents lanciers et cinquante arquebusiers, commandés par les sieurs de Saveuse et de Forceville, venaient de Picardie rejoindre Tarmée de Mayenne quand ils rencontrèrent un corps de trois cents chevau-légers et de quatre cents arquebusiers à cheval que M. de Chfttillon conduisait du côté de Chartres pour essayer de reprendre cette ville. Après une charge héroïque qui enfonça les premiers rangs des royalistes, les ligueurs succombèrent sous le nombre. Saveuse et Forceville moururent de leurs blessures, et le premier, transporté à Beaugency, refusa même de se laisser panser et de prendre aucune nourriture. Chàtillon envoya au roi la cornette du vaincu, qui portait la croix de Lorraine avec cette devise espagnole \ inorir o mas contento. Enfin, pour comble de mauvaise fortune, La Noue et le duc de Longueville ravitaillèrent le ch&teau de Vincennes dès le 19 mai *, et M. de Givry, poussant jusqu'à la Villette, salua Paris de plusieurs volées de canon. Cette audacieuse démonstration provoqua dans la capitale une émotion extraordinaire. Les boutiques se fermèrent et les bourgeois en armes se répandirent dans les rues. Un ordre de la Ville du 19 mai, u sur l'advis que les ennemis menaçoient les fauxbourgs Saint-Honoré, Saint-Martin et Saint-Denis », prescrivit aux colonels de « faire garde à leur tour, par manière de provision, et d'assister les chefs en personne, pourveu qu'ils soient valides et au-dessous
1. « Il faisoit lors dangereux h Paris de rire, pour quelque occasion que ce fustf car ceux qui portoienl seulement le visage un peu guay esloient tenus pour politiques et roiaux. » (L'Estoilb, t. lU, p. 290.)