‹ Paris et la Ligue sous le Règne de Henri IIIChapitre 292 sur 314 · Extr. de registres, — Félib., Pr.^ t. V, p · texte numérisé non relu

Extr. de registres, — Félib., Pr.^ t. V, p

3. En même temps qu'elle réveillait le zèle des prédicateurs, la Ville de Paris écrivait aux autres villes de l'Union une sorte de lettre circulaire qui est conservée dans les Rbgistrbs H, 1789, fol. 22. Elle avait pour objet d'engager les cités catholiques à se mettre sur leurs gardes pour échapper au sort de Senlis. « Faisans votre profûct du dommage d'autrui, à l'exemple

raillant le roi, qui avait prédit dès le mois de janvier que les Parisiens n'attendraient pas deux mois a pour se couper la gorge les uns aux autres ».

De son côté, Mme de Montpensier, pour atténuer l'effet de la déroute de Senlis, avait recours à son procédé ordinaire. Elle se servait des prédicateurs pour répondre de fausses nouvelles, annonçait qu'Edmond de Hautefort avait tué quatre mille hommes à des Essarts de Saultour, qui, avec un parti royaliste, assiégeait le château de Méry. près de Troyes; et que Guillaume de Hautemer de Fervaques et Antoine du Prat, baron de Viteaux, avaient mis en déroute un autre corps de royaux, du côté de Doulevant, en Bourgogne. Et comme les Parisiens se plaignaient de ne pas voir les drapeaux conquis sur Tennemi, Mme de Montpensier sortit de ses coffres quelques nouvelles pièces de taffetas et en fit fabriquer des drapeaux. Puis, après les avoir déchirés et traînés dans la boue, on les suspendit aux voûtes de Notre-Dame comme autant de glorieux trophées conquis sur les politiques. Au fond, la duchesse se rendait parfaitement compte de la gravité de la situation, et elle écrivit de suite à Mayenne pour rengager à revenir à Paris. Le sieur Bernardin, valet do chambre du feu duc de Guise, que la duchesse avait chargé de porter le message, devait, en outre, dire à Mayenne ce que sa sœur pensait de la capacité et de la valeur du duc d'Aumale. Mais, arrivé à Chartres, Bernardin, qui venait d'apprendre la défaite de Saveuse, se découvrit aussitôt une maladie grave, et, après avoir couché ses instructions par écrit, il les confia à un autre messager. Ce courrier suppléant eut la maladresse de se laisser

d'icelluy, lequel voyant le feu en la maison de son prochain, se peine et travaille par telle occasion à conserver la sienne. » La lettre dont il s'agit fut envoyée notamment aux villes de Melun, Montfort, Dreux, Élampes, Montlhéry, Chartres, Corbeil» Moret, Nemours, Saint-Denis, Beauvais, Pontoise, Creil, Chaumont-en-Vexin.

prendre, et ses lettres furent portées au roi de Navarre. Le Béarnais y trouva la confirmation de la prise de Senlis et profita de la circonstance pour semer la discorde dans la maison de Lorraine. Il envoya un trompette à Paris, avec ordre de remettre au duc d*Aumale les petits papiers de Bernardin et de Mme de Montpensier. Par manière de consolation, Henri ajoutait que si d'Aumale voulait tirer raison de Tinsulte qui lui était faite, il s'offrait en bon cousin pour lui servir de second *.

Les Parisiens pouvaient craindre à bon droit que le terrible roi de Navarre ne suivît de près son trompette. Paris était décidément Tobjectif de Faction combinée des deux Henri. Ils assemblaient une grosse armée sur la Loire, tandis que Sancy, qui était arrivé à Genève vers la fin de mars, réalisait ce tour de force d'obtenir des cantons cent mille écus d'or et un contingent de douze mille

Suisses, sous cette seule condition que la France entrerait

en campagne contre le duc de Savoie, l'ennemi commun. Mais Thabile envoyé de. Henri III se servit de l'argent des Bernois pour lever encore mille lansquenets, trois mille hommes d'infanterie française et quelque cavalerie allemande; puis, après plusieurs escarmouches avec les troupes savoyardes, il persuada aux troupes suisses d'entrer en France, passa le Rhône le 20 mai, traversa la Franche-Comté et fit sa jonction dans l'évêché de Langres avec le comte de Tavannes, que le roi avait envoyé au devant de lui *. Le duc de Longueville et La Noue recevaient en même temps l'ordre de rassembler des troupes en Champagne et de les réunir à celles de Sancy. Malgré certaines défections, malgré l'hostilité du pape Sixte V, qui venait, après de longues hésitations, de rompre définitivement avec le meurtrier des Guises, malgré les

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