DUMONT
Si réellement vous m'aimez autant que vous le dites, voici une occasion de me le prouver.
THÉODULE
Ze te le prouverai.
M. DU MO NT
Prouverai, si vous voulez bien. — Je ne demande pas mieux, prouvez-le-moi.
THÉODULE
Bon papa !
M. DUMONT
Eh bien?
THÉODULE
Ze te l'aime de tout mon tœur,
Pas tant de démonstrations, je vous prie, ce ne sont pas des paroles que je demande, ce sont des faits.
THÉODULE
Ze te donnerai des faits.
M. DUMONT
J'en accepte l'augure.
THÉODULE
Et toi, d/vmd-papa, tu m'aimes-ti tu comme ze te l'aime, dis?
M. DUMONT
Certainement.
THÉO DU LE
Me l'aime-ti tu aussi de tout ton tœur?
M. DUMONT
Oui! si vous êtes raisonnable; autrement, non!
THÉODULE
Le crois-ti tu, te ze selai laisonnable?
M. DUMONT
Vous me l'avez si souvent promis et vous m'avez toujours si peu tenu parole, que, dans le doute, je m'abstiens.
Ze veux te tu le croyes.
M. DUMONT
A votre âge, on ne dit jamais : je le veux, le roi dit : Nous voulons. — Devrait-on jamais vous faire semblables recommandations?
THÉODULE
Tu m'en fêlas plus zamais, zamais^ zamais des letommandations.
M. DUMONT
Je ne demande pas mieux. — Vous ne vous
GKAND-PERE ET PETJT-FILS. 73
rappelez jamais qu'un jour vous serez un homme.
THÉODULE
Si, bon papa, ze selai un homme, tand ze selai drand.
M. DUMONT
Bien entendu.
THEODULE.
Ze selai ti un homme la semaine prosaine?
M. DUMONT
Cela dépendra de la conduite que vous aurez tenue.
Tand ze selai drand, bon papa, tand je selai drand !
M. DUMOND.
Quand vous serez grand, après?
THÉODULE
Ze selai ti un homme V
M. DUMONT
Bien entendu. Comme physique.
THÉODULE
Oui! — Z'aulai ti des moustasses?
\L DU M ON T
Oui.
THÉODULE
De drandesy drandes moustasses?
M. DtJMONT.
De très-srrandes moustaches, certainement.
THÉODULE
Et une drande, drande barbe.
M. DUMONT
Et une très-grande barbe aussi , toujours si vous vous conduisez comme vous devez le faire.
Drande , tomme un sapeur de la darde-\\&X\o-
nale?
M. DUMONT
Oui.
THÉODULE
Z)/v//?d-papa !
M. DUMONT
Eh bien?
THEODULE.
Tu sais pas?
M. DUMONT
Non, qu'est-ce
encore ?
THÉO DU LE
Le petit Moignot...
M. DU MO M
Le petit Moineau? Quel petit Moineau?
THEODULE.
Le petit Moignot...
M. DUMONT
J'entends bien. Serait-il mort?
Non, te son papa il est menuisier.
M. DUMONT
Je n'ai pas l'honneur de le connaître.
THEODULE.
Il a dit te les barbes des sapeurs de la dardenationale, elles étaient pas à eux.
M. DUMONT
Je n'en sais rien, je l'ai toujours ignoré.
THEODULE.
Telles étaient au Doux et non en/.
M. DUMONT
Je n'en sais rien, vous dis-je.
76 GRAND-PÈRE Kl IM'.T I T-FI LS.
THÉODULE
Tu l'en sais rien?
M. DUMONT
Non ! rien absolument !
THEODULE.
Pourtoi?
M. DUMONT
Parce qu'on ne m'en a jamais fait part.
TH ÉODULE.
T'en a zamais fait part?
M. DUMONT
Et que je n'ai jamais été à même de vérifier le fait.
THEODULE.
Et puis te tand ils avaient fini d'êt militaires, y serraient leurs barbes dans des armoires à la mail elle.
u. DUMONT.
4 la mairie.
THEODULE.
Mailelie*
M. DUMONT
Mairie: ouvrez la bouche,
THÉODULE
Peut pas. À [a, mailelie avctle le drapeau.
M. DUMONT
Avec le drapeau ?
111 éodujle.
Oui.
M. DUMONT
Oui qui ?
Oui, drand-psi^'à, avetle le drapeau.
M. DUMONT
Gela ne in'étonnerait pas.
THÉODULE
Drand-[Yà[m !
M. DUMONT
Eh bien?
THÉODULE
Test-ce te c'est, la mailelie?
M. DUMONT
La mairie?
THEO du ut.
Oui, bon papa.
M. DUMONT
La municipalité.
THEO DU LE
T 'est-ce te c'est, la lucilimalitê?
M. DUMONT
La municipalité?
Oui, d/vmd-papa.
M. DUMONT
Une circonscription de territoire, une partie de ville, administrée par des municipaux..,.
THÉODULE
La darde-lumicipamie.
M. DUMONT
Son ressort, sa façon d'administrer.
THEODULE.
Ah! oui! — Dranrf-papa?
M. DUMONT
Plaît-il?
THÉODULE
Les petits darçons . qui le sont pas sazes, les lumUlicipaux...
M. DUMONT
Les municipaux?
THÉODULE
Les lumih'cipaux, les y mettent-/ en prison?
M. D DMO NT.
Ils ne les y mettent qu'autant qu'ils ne le sont pas.
Et des barbes?..
M. DUMONT
Eh bien?
THEODULE.
Les en mettent-/?
M. DUMONT
Je l'ignore.
THÉODULE
Tu l'en as ti tu zamais mis, des barbes.
M. DUMONT
Jamais !
THÉODULE
Pourtoi?
M. DUMONT
Parce que jamais je n'en sentis la nécessité. —
Dites-moi, est-ce que, par hasard, madame vot' mère serait sortie?
THEODULE.
Dusline te ne l'a pas dit?
M. DUMONT
Jamais mademoiselle Justine ne me fait l'honneur de me répondre lorsque je lui adresse la parole.
% THEODULE.
Pasce tu ne lui donnes zamais des étrennes.
M. DUMONT
Cela ne m'étonne pas.
THEODULE.
Pourtoi tu lui donnes zamais des étrennes?
M. DUMONT
Parce qu'apparemment cela ne me convient pas.
THEODULE.
Pasce tu n'as pas de Yarzent.
M. DUMONT
C'est possible.
THEODULE.
Elle est allée se madame Tulot, tile maman.
M. I)l MONT.
Chez madame Turlot?
I II ÉODl LE.
Oui, drand-papa,. — La tonnais-ti tu, madame Tulot?
\1. I)l MONT.
Madame Turlot.
THÉODULE
Peut pas dire. — La tonnais-ti tu?
ME. DUMONT
J'ai cet honneur.
THEODULE.
Avette ma tite sœur, telle est allée, tite maman.
\i. I)I MONT.
Ah ! oui-da!
THÉODULE , élevant la voix.
Avette ma tite sœur!
M. DUMONT
J'entends bien.
THÉODULE
/)r<77id-papa, tond il était petit, papa Lili...
M. DUMONT
Kh bien?
THÉODULE
Il était ti bien saze?
M. DUMONT
11 l'a toujours été.
Bien saze et bien hn'soruiable?
M. DUMONT
Très-sage et très-raisonnable, c'est une justice ([ne je me plais à lui rendre.
THEODULE.
Et bien désobéissant ?
M. DUMONT
Et très-obéissant, ne confondons point.
THÉODULE
Tand il était tout letit. tout letit...
M. DUMONT
Tout petit.
THÉODULE
Lui as-tu donné le fouet?
M. DU M ONT
C'eût été tout à fait inutile, puisque jamais il ne se mit dans ce cas-là.
THEO DU LE
Et toi?
M. DUMONT
Comment, moi !