‹ Paris et la provinceChapitre 16 sur 130 · DUMONT · texte numérisé non relu

DUMONT

Si réellement vous m'aimez autant que vous le dites, voici une occasion de me le prouver.

THÉODULE

Ze te le prouverai.

M. DU MO NT

Prouverai, si vous voulez bien. — Je ne demande pas mieux, prouvez-le-moi.

THÉODULE

Bon papa !

M. DUMONT

Eh bien?

THÉODULE

Ze te l'aime de tout mon tœur,

Pas tant de démonstrations, je vous prie, ce ne sont pas des paroles que je demande, ce sont des faits.

THÉODULE

Ze te donnerai des faits.

M. DUMONT

J'en accepte l'augure.

THÉODULE

Et toi, d/vmd-papa, tu m'aimes-ti tu comme ze te l'aime, dis?

M. DUMONT

Certainement.

THÉO DU LE

Me l'aime-ti tu aussi de tout ton tœur?

M. DUMONT

Oui! si vous êtes raisonnable; autrement, non!

THÉODULE

Le crois-ti tu, te ze selai laisonnable?

M. DUMONT

Vous me l'avez si souvent promis et vous m'avez toujours si peu tenu parole, que, dans le doute, je m'abstiens.

Ze veux te tu le croyes.

M. DUMONT

A votre âge, on ne dit jamais : je le veux, le roi dit : Nous voulons. — Devrait-on jamais vous faire semblables recommandations?

THÉODULE

Tu m'en fêlas plus zamais, zamais^ zamais des letommandations.

M. DUMONT

Je ne demande pas mieux. — Vous ne vous

GKAND-PERE ET PETJT-FILS. 73

rappelez jamais qu'un jour vous serez un homme.

THÉODULE

Si, bon papa, ze selai un homme, tand ze selai drand.

M. DUMONT

Bien entendu.

THEODULE.

Ze selai ti un homme la semaine prosaine?

M. DUMONT

Cela dépendra de la conduite que vous aurez tenue.

Tand ze selai drand, bon papa, tand je selai drand !

M. DUMOND.

Quand vous serez grand, après?

THÉODULE

Ze selai ti un homme V

M. DUMONT

Bien entendu. Comme physique.

THÉODULE

Oui! — Z'aulai ti des moustasses?

\L DU M ON T

Oui.

THÉODULE

De drandesy drandes moustasses?

M. DtJMONT.

De très-srrandes moustaches, certainement.

THÉODULE

Et une drande, drande barbe.

M. DUMONT

Et une très-grande barbe aussi , toujours si vous vous conduisez comme vous devez le faire.

Drande , tomme un sapeur de la darde-\\&X\o-

nale?

M. DUMONT

Oui.

THÉODULE

Z)/v//?d-papa !

M. DUMONT

Eh bien?

THEODULE.

Tu sais pas?

M. DUMONT

Non, qu'est-ce

encore ?

THÉO DU LE

Le petit Moignot...

M. DU MO M

Le petit Moineau? Quel petit Moineau?

THEODULE.

Le petit Moignot...

M. DUMONT

J'entends bien. Serait-il mort?

Non, te son papa il est menuisier.

M. DUMONT

Je n'ai pas l'honneur de le connaître.

THEODULE.

Il a dit te les barbes des sapeurs de la dardenationale, elles étaient pas à eux.

M. DUMONT

Je n'en sais rien, je l'ai toujours ignoré.

THEODULE.

Telles étaient au Doux et non en/.

M. DUMONT

Je n'en sais rien, vous dis-je.

76 GRAND-PÈRE Kl IM'.T I T-FI LS.

THÉODULE

Tu l'en sais rien?

M. DUMONT

Non ! rien absolument !

THEODULE.

Pourtoi?

M. DUMONT

Parce qu'on ne m'en a jamais fait part.

TH ÉODULE.

T'en a zamais fait part?

M. DUMONT

Et que je n'ai jamais été à même de vérifier le fait.

THEODULE.

Et puis te tand ils avaient fini d'êt militaires, y serraient leurs barbes dans des armoires à la mail elle.

u. DUMONT.

4 la mairie.

THEODULE.

Mailelie*

M. DUMONT

Mairie: ouvrez la bouche,

THÉODULE

Peut pas. À [a, mailelie avctle le drapeau.

M. DUMONT

Avec le drapeau ?

111 éodujle.

Oui.

M. DUMONT

Oui qui ?

Oui, drand-psi^'à, avetle le drapeau.

M. DUMONT

Gela ne in'étonnerait pas.

THÉODULE

Drand-[Yà[m !

M. DUMONT

Eh bien?

THÉODULE

Test-ce te c'est, la mailelie?

M. DUMONT

La mairie?

THEO du ut.

Oui, bon papa.

M. DUMONT

La municipalité.

THEO DU LE

T 'est-ce te c'est, la lucilimalitê?

M. DUMONT

La municipalité?

Oui, d/vmd-papa.

M. DUMONT

Une circonscription de territoire, une partie de ville, administrée par des municipaux..,.

THÉODULE

La darde-lumicipamie.

M. DUMONT

Son ressort, sa façon d'administrer.

THEODULE.

Ah! oui! — Dranrf-papa?

M. DUMONT

Plaît-il?

THÉODULE

Les petits darçons . qui le sont pas sazes, les lumUlicipaux...

M. DUMONT

Les municipaux?

THÉODULE

Les lumih'cipaux, les y mettent-/ en prison?

M. D DMO NT.

Ils ne les y mettent qu'autant qu'ils ne le sont pas.

Et des barbes?..

M. DUMONT

Eh bien?

THEODULE.

Les en mettent-/?

M. DUMONT

Je l'ignore.

THÉODULE

Tu l'en as ti tu zamais mis, des barbes.

M. DUMONT

Jamais !

THÉODULE

Pourtoi?

M. DUMONT

Parce que jamais je n'en sentis la nécessité. —

Dites-moi, est-ce que, par hasard, madame vot' mère serait sortie?

THEODULE.

Dusline te ne l'a pas dit?

M. DUMONT

Jamais mademoiselle Justine ne me fait l'honneur de me répondre lorsque je lui adresse la parole.

% THEODULE.

Pasce tu ne lui donnes zamais des étrennes.

M. DUMONT

Cela ne m'étonne pas.

THEODULE.

Pourtoi tu lui donnes zamais des étrennes?

M. DUMONT

Parce qu'apparemment cela ne me convient pas.

THEODULE.

Pasce tu n'as pas de Yarzent.

M. DUMONT

C'est possible.

THEODULE.

Elle est allée se madame Tulot, tile maman.

M. I)l MONT.

Chez madame Turlot?

I II ÉODl LE.

Oui, drand-papa,. — La tonnais-ti tu, madame Tulot?

\1. I)l MONT.

Madame Turlot.

THÉODULE

Peut pas dire. — La tonnais-ti tu?

ME. DUMONT

J'ai cet honneur.

THEODULE.

Avette ma tite sœur, telle est allée, tite maman.

\i. I)I MONT.

Ah ! oui-da!

THÉODULE , élevant la voix.

Avette ma tite sœur!

M. DUMONT

J'entends bien.

THÉODULE

/)r<77id-papa, tond il était petit, papa Lili...

M. DUMONT

Kh bien?

THÉODULE

Il était ti bien saze?

M. DUMONT

11 l'a toujours été.

Bien saze et bien hn'soruiable?

M. DUMONT

Très-sage et très-raisonnable, c'est une justice ([ne je me plais à lui rendre.

THEODULE.

Et bien désobéissant ?

M. DUMONT

Et très-obéissant, ne confondons point.

THÉODULE

Tand il était tout letit. tout letit...

M. DUMONT

Tout petit.

THÉODULE

Lui as-tu donné le fouet?

M. DU M ONT

C'eût été tout à fait inutile, puisque jamais il ne se mit dans ce cas-là.

THEO DU LE

Et toi?

M. DUMONT

Comment, moi !

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