UN VOISIN
Du moment qu'mosieu décide, je m'incline.
l'ouvrier.
Y a point à s'incliner, j'vous parle pas, passez vot' chemin.
LE VOISIN
De quoi ! de quoi !
l'ouvrier.
Pourquoi dites-vous pas, pendant qu'vous y êtes, qu'on achète le jury? ça serait plus tôt fait.
LA REVENDEUSE
Vous allez trop loin, il a pas dit ça. l'ouvrier.
Vous avez pas la parole, taisons-nous ! — J'ai mon patron, qui l'était jury, l'mois passé, allezvous dire aussi qu'il était vendu ?
l'individu.
J'en dis rien.
l'ouvrier.
Il a fait remarquer, au contraire, qu'un riche qui fait des sottises, rien ne l'excuse, tandis que nous aut's, quand y nous arrive d'êt' sans ouvrage, faut pas moins nous procurer du pain pournot' femme qu'est en couche, ou nos enfants qu'en demandent, n'importe comment, il en faut! J'sais ben qu'aut'fois, on s'arrêtait pas à ces considérations-là, mais à c't'heure on s'y arrête.
Tant qu'aux riches, vous mireriez l'intention de les ménager, vous osereriez pas l' faire. l'tndividu.
J'clis que d'tout temps, y a êhu des préférences, qui y en aura toujours.
l'écaillère.
Et moi, quiconque a tué, doit l'être.
LE MONSIEUR
Règle générale, faut faire le bien pour le mal.
l'écaillère.
Alors, d'après mosieu, on aura dérangé cent et tant de personnes, sans compter les magistrats, les huissiers, les gendarmes, nous aut's et tout ça pour rerien ? merci ! ça s'rait encore trop commode, à ]a fin.
deuxième individu.
Du moment qu'il existe des preuves. l'écaillère.
Faut pas moins qu'il en existe, y a jamais d' fumée sans feu.
l'ouvrier.
Après ?
l'écaillère.
Pourquoi que j'suis pas en prison, vous non
I/FSCALIER DE LA COUR D'ASSISES, loi
plus ? Parceque nous avons rien fait pour y et' ! Tous tant qu'nous sommes ici, on nous a jamais arrêtés.