ERE TON
« Elle s'en fait une fête », c'était, en quelque sorte, à titre de service qu'il nous priait d'y aller; puis, s'il était un mois sans me rencontrer, vite il me décochait un mot , pour me rappeler la promesse; bref, de guerre lasse, je me suis laissé endoctriner, et franchement, je ne m'en souciais guère plus que toi.
MADAME BRETOX.
A ta place, j'aurais tenu bon.
BRETON
Tu eusses fait comme moi.
M IDA ME BRETON
Je ne crois pas.
BRETON
Tu t'y serais laissé prendre ; d'après ce qu'il me disait, je croyais, en venant le voir, lui rendre service et ma présence nécessaire à son repos.
MADAME BRETON
Et à peine arrivés, il n'est sorte de misères et d'avanies qu'ils ne nous aient faites! Je t'en fais juge.
11 est certain...
MADAME RRETON.
Monsieur Breton...
BRETON
Chère amie?
MADAME BRETON
Nous avons commis une faute.
BRETON
Tu crois.
MADAME BRETON
Une très-grande faute.
BRETON
Laquelle, s'il vous plaît?
*0 UN GUIÎT-APENS.
MADAME BRETON
Nous aurions dû les prévenir.
BRETON
Nous n'avons nullement à les prévenir, ne nous avaient-ils pas dit : « Venez quand il vous plaira, vous serez là-bas comme chez vous, chacun vot' chambre. »
A quoi lion ! Us savent parfaitement que nous n'avons jamais fait qu'un lit. Non, ce n'était pas le moment. Voilà tout, nous n'avons point saisi le joint.
BRETON
En définitive , chère amie , ils ne nous ont pas battus.
MADAME BRETON
Du train dont ils y vont, ça ne tardera pas si nous ne décampons au plus vite, ils y arriveront. Rien ne m'étonne plus, aujourd'hui; je périrais sur l'échafaud, ça ne me surprendrait pas.
BRETON
Moi bien.
MADAME BRETON
Mais où nous sommes-nous fourrés, mon petit
homme, où nous sommes-nous fourrés? Ces genslà nous en ont-ils fait assez? Jusqu'à nous défendre de cueillir une grappe à leur treille.
BRETON
Je ne m'en suis pas fait faute.
MADAME BRETON
Le jour où tu n'as pu sortir...
BRETON
Lundi dernier.
Ils ne te l'ont pas mâché. D'abord leur raisin, ils le vendent.
breton.
Fallait nous le dire.
MADAME BRETON
Nous leur en aurions acheté, (se levant.) Voilà tout ce que je peux faire à ta culotte, (se regardant dans la glace.) Vois un peu comme je suis attifée ! Je leur aurais donné ce qu'ils auraient voulu de leur raisin !
BRETON
Ils n'ont pas osé.
MADAME BRETON
Tu sais si je l'adore.
1% UN GUUT-APENS.
BRETON
Pas plus que moi.
MADAME BRETON
J'ai toujours aimé les fruits! J'eusse été homme, j'aurais passé toute la belle saison sur les arbres, à manger des abricots.
BRETON
Moi aussi. J'aurais une grande fortune...
MADAME BRETON
Je ne te la souhaite pas : bon comme tu es, tout le monde te grugerait, c'est à qui te dépouillerait.
BRETON
Ma maison serait la maison du bon Dieu.
M ADAM E BRETON
Tu ferais comme les autres.
BRETON
Chacun irait, viendrait, en ferait à sa guise.
MADAME BRETON
Je ne crois pas ça.
Voilà comme je comprends la campagne, avec des coqs, des poules, des vaches, des canards et
un guet-aim;ns. 23
des lapins ! J'ai eu beau chercher, depuis que nous sommes ici, je n'en ai pas trouvé la queue d'un.
MADAME BRETON
Mais où sommes-nous? Dans un trou.
BRETON
Avec tribunal, sous-préfecture, justice de paix, bureau d'enregistrement et marché tous les vendredis. (On frappe.) ElltlTZ !
MADAME BRETON
N'entrez pas, un moment; que j'arrange mes cheveux. (Elle ajuste son tour.) Entrez! Qui est là?