‹ Paris et la provinceChapitre 51 sur 130 · MONSIEUR R A D A M A S S · texte numérisé non relu

MONSIEUR R A D A M A S S

Ils n'étaient pas cousin avec le mien.

MADAME DUCHÉ

La faute à papa, qui a toujours aimé s'amuser, Attendez que je sache si ma fille ne serait pas là. — Artemise ! — Es-tu là ? — Elle n'y est pas. — Où donc en étais-je restée?

MONSIEUR RADAMASSlJ

A monsieur vot' père, qui a toujours aimé s'amuser.

MADAME DUCHÉ

S'il arrivait qu'il rentrât plus tard que d'ordinaire, c'était toujours, soit avec vot' papa, soit avec monsieur Touchard...

MONSIEUR RADAMASSI.

Un ami du mien, monsieur Touchard.

MADAME DUCHÉ

Soit avec monsieur Vernocl.

MONSIEUR RADAMASSI.

Ce qui n'était pas.

Ce qui n'avait jamais été. Autant de prétextes

pour faire prendre le change à maman ; aussi avaitelle tous ses amis en grippe, vot' papa surtout.

MONSIEUR RADAMASSI.

L'homme le plus rangé qu'il y eût au monde.

MADAME DUCHÉ

Au point que, lorsqu'elle le voyait d'un côté de la rue, crac, elle s'en allait de l'autre. Toujours la faute à papa.

MONSIEUR RADAMASSI.

Pauvre dame !

MADAME DUCHE.

Mettez-vous un peu à sa place ! elle savait combien papa était facile à entraîner, et dans tous les gens que son mari fréquentait elle voyait un ennemi.

MONSIEUR RADAMASSI.

Je le conçois.

MADAME DUCHÉ

D'où venez-vous, malheureux, lui demandaitelle, — d'avec monsieur Touchard ou Radamassi, répondait petit père. Vous sentez, d'après ça, si elle devait vous chérir.

MONSIEUR RADAMASSI.

Parfaitement.

MADAME DUCHE.

Pareille chose m' arriverait, j'aurais toutes les peines du monde à ne pas vous arracher les yeux.

MONSIEUR RADAMASSI.

J'aime à croire que jamais pareille occasion ne se présentera.

MADAME DUCHÉ

Je le crois aussi ; monsieur Duché n'a pas non plus beaucoup de caractère, je lui rends cette justice ; mais c'est de ces hommes qui n'ont d'aut's plaisirs que ceux qu'ils prennent chez eux. Si je ne suis pas là, il ne mange pas; voilà ce qu'est mon mari.

MONSIEUR RADAMASSI.

Il s'est toujours bien porté?

MADAME DUCHE.

Admirablement! 11 nous enterrera tous, vous verrez ça.

MONSIEUR RADAMASSI.

Je le désire.

MADAME DUCHE.

Et dire qu'avec tous les éléments possibles, nous devrions être, mon mari et moi, les gens les plus heureux du monde...

MONSIEUR RADAMASSI.

Eh bien?

MADAME DUCHE.

>Tous ne le sommes pas.

MONSIEUR RADAMASSI.

Pourquoi ?

MADAME DUCHE.

Vous le voyez.

MONSIEUR RADAMASSI.

Je ne le vois pas.

MADAME DUCHÉ

J'ai beau l'appeler, voyez comme elle vient.

MONSIEUR RADAMASSI.

Qui, s'il vous plaît ?

MADAME DUCHÉ

Artémise. — Voilà l'agrément que j'ai depuis qu'elle est au monde. Voulez- vous que je vous dise?

MONSIEUR RADAMASSI.

Je vous en prie.

MADAME DUCHE.

Elle n'aime pas sa mère.

Vous crovez ?

MADAME DUCHÉ

Tout me le prouve. — Vous dire tout ce que cette enfant m'a fait pleurer, ça n'a pas de nom, ça n'en a pas. — Mariez-nous-la, monsieur Radamassi, mariez-nous-la.

MONSIEUR RADAMASSI.

Tout cela, à la longue, finira par se faire.

MADAME DUCHÉ

Quand, monsieur Radamassi, quand ?

MONSIEUR RADAMASSI.

Plus tôt, peut-être, que vous ne croyez.

MADAME DUCHE.

Et monsieur vot' fds, dont nous ne parlons pas, quel grand'-homme est-ce ?

MONSIEUR RADAMASSI.

Un caractère diamétralement opposé. Il n'a jamais eu ce qui s'appelle de volonté. Une demoiselle.

MADAME DUCHE.

Un diable, la mienne; elle n'a jamais fait que la sienne.

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