‹ Paris et la provinceChapitre 53 sur 130 · M A D A ME D U C II É · texte numérisé non relu

M A D A ME D U C II É

Je voudrais mourir.

MONSIEUR RADAMASSI.

Quelle idée !

MADAME DUCHE.

Je serais plus heureuse.

MONSIEUR RADAMASSI.

Je n'en sais rien.

PERSONNAGES

BOUTRY.

GOUBIN

MICHEL

La scè'ie en province, dans une petite ville, chez Goubin.

BOUTRY, GOUBIN, atirtu*; MICHEL debout,

une serviette sous le liras.

BOUTRY.

Compère, vous ne mangez pas.

GOUBIN

Faites excuse.

M I G H E L , à part.

Merci ! D'puis deux heures y n' fait qu tord' et avaler !

GOUBIN

J'ai au contraire beaucoup mangé. Il y a deux ans que je ne déjeune plus à la fourchette.

BOUTRY.

Je vous ai connu bon.

. GOUBTN.

Autrefois, pas depuis ma dernière maladie; il m'a fallu enrayer, et, ma foil je ne m'en porte pas plus mal.

BOUTRY.

Encore du lapin ?

GOUBIN

Non, merci.

BOUTRY.

Vous l'avez trouvé bon?

GOUBIN

Excellent !

BOUTRY.

Cette petite cuisse ?

GOUBIN

Pas pour un empire.

BOUTRY.

Je me plais à croire que vous ne faites pas de cérémonies.

GOUBIN

Je viens de vous prouver que non.

BOUTRY.

Voici la carte : des petits pois, un pâté d'Amiens que Gustave vient d'envoyer à sa tante...

Il va bien ?

BOUTRY.

Si bien qu'il va se marier.

GOUBIN

Déjà!

BOUTRY.

Il a vingt-huit ans.

GOUBIN

Vingt-huit ans !

BOUTRY.

Ça vous étonne? Je l'étais à vingt-trois. Vous avez avec ça une omelette au rhum, je sais que vous l'aimez. . .

GOUBIN

Mais oui!

BOUTRY.

Et d'excellent café. Réglez-vous là-dessus.

GOUBIN

Cent fois plus qu'il n'en faut. Ah ! le neveu se marie !

BOUTRY.

Sa future aussi.

Une jeune personne des environs qu'il épouse?

BOTTTRY.

De Paris.

CxOUBI.X.

De Paris?

BOUTRY.

De la Chaussée d'Antin.

MICHEL

Je la connais, la Chaussée d'Antin, j'y ai servi.

BOUTRY.

J'en suis ben aise.

GOUBIX.

De la fortune, cela va sans dire.

BOUTRY.

Je le pense, mon beau-père n'est pas homme à laisser faire des sottises à son fils.

G OU BIX.

Il a parbleu ben raison.

BOUTRY.

Michel, une assiette à monsieur. Décidément vous ne voulez plus retourner au lapin?

GOUBIX.

Cela me serait littéralement impossible.

BOUTRY.

C'est bien vu, bien entendu.

GOUBTN.

J'y suis revenu; puis, quand même je le voudrais. . .

BOUTRY.

Adjugé ! Quelle maladie avez-vous?

GOUBIN

On ne l'a jamais su.

BOUTRY.

C'était pas des rhumatismes.

GOUBIN

Une fausse fluxion de poitrine.

BOUTRY.

Toujours dans l'estomac?

GOUBIN

L'estomac et les jambes.

BOUTRY.

J'ai eu ça. Des bourdonnements clans les oreilles ?

Si vous voulez.

BOUTRY.

Faut prend' des bains.

GOUBIN

J'en ai pris.

p.outry.

Eh ben?

GOUBIN

Ça ne m'a pas fait de mal.

BOUTRY.

Vous dire ce que j'ai guéri de monde avec les bains, c'est inimaginable.

GOUBIN

N'aurai-je point l'honneur de présenter mes hommages à la maîtresse de la maison?

BOUTRY.

Aujourd'hui?

GOUBIN

J'en serais ravi.

BOUTRY.

Vous prendriez plutôt la lune avec les dents.

Serait-elle indisposée ?

BOUTRY.

Mieux que ça, elle a sa lessive.

GOUBIN

Je n'insiste pas.

BOUTRY.

Vous savez ce qui en est.

goubin.

Je la plains.

BOUTRY.

Ce n'est pas elle qui est la plus à plaindre. — Ne parlons pas de ça. — Michel ! êtes-vous là?

MICHEL

Oui, monsieur!

BOUTRY.

Donnez-moi le pâté! là devant moi, que nous voyions un peu ce qu'il a dans les entrailles.

MICHEL

Oh ! le beau pâté ! le beau pâté !

GOUBIN

Inutile de l'entamer.

BOUTRY.

Parce que?

Non, vraiment, je vous jure, je n'ai plus faim.

BOUTRY.

Vous en mangerez.

GOUBIN

Je ne fais point de cérémonies.

BOUTRY.

Vous en mangerez I ou vous direz pourquoi!

GOUBIN

Je vous l'ai dit, je n'ai plus faim.

BOUTRY, ouvrant le pâté.

Le sort en est jeté !

GOUBIN

C'est un meurtre.

BOUTRY.

Comment, pour une malheureuse fois que vous venez à la maison..... je voudrais bien voir! — Michel, l'assiette de monsieur !

GOUBUY.

Très-peu.

Qu'est-ce que vous en dites ?

GOUBIN

Il est exquis! impossible de manger rien de meilleur.

BOUTRY.

J'attendais Brelu.

GOUBI>.

Ah! monsieur Brelu.

BOUTRY.

Il m'avait promis de venir.

gotjbin.

A moi aussi.

BOUTRY.

A présent il ne viendra pas.

GOLBIN.

Qui sait?

BOUTRY.

Il ne viendra pas. Jamais de parole î Vous n'avez de la vie rencontré un pistolet comme lui; une paille l'arrête.

GOUB1N.

Il a beaucoup d'amis.

Il connaît le diable.

GOUBl\.

A la santé de l'expéditeur, si vous le permettez ? Il le mérite.

BOUTRY.

Je crois bien ! Pas parce que c'est mon neveu.

GOUB1X.

Je le croyais de madame.

BOUTRY.

Le fils de mon frère. Il serait le mien que je ne l'aimerais pas davantage.

GOUBIN

Madame paraît beaucoup l'aimer.

BOUTRY.

Gustave?

GOUBIN

Oui.

BOUTRY.

Ne m'en parlez pas, elle en est ridicule.

GOUBIN

Vous êtes content de la jeune personne, elle vous plaît?

Je ne l'ai jamais vue.

GOUBIN

Vraiment !

BOUTRY.

Ma femme la connaît.

MICHEL

Moi aussi.

GOUBIN

Jolie?

MICHEL

Belle femme !

BOUTRY, à Michel.

Et cette omelette?

MICHEL

J'y vas voir.

BOUTM, GOUBIN.

BOUTRY.

A nous deux, compère. — Eh! ben?

GOUBIN

J'ai parfaitement déjeuné.

C'est pas ça que je veux dire.

GOUBIN

Que voulez-vous dire?

BOUTRY.

Eh ben?

GOUBIN

Quoi?

BOUTRY.

Vous l'avez vu?

GOUBIN

Qui?

BOUTRY.

Finet.

GOUBIN

Je l'ai vu deux fois.

BOUTRY.

Ehben?

GOUBIN

Je n'en suis point émerveillé.

Vous ne le trouvez pas bien?

GOUBIN

Je ne dis pas cela,

BOUTRY.

Gomment le trouvez-vous?

GOUBIN

Je le trouve...

BOUTRY.

Gomment?

GOUBIN

Que voulez-vous que je vous dise...

BOUTRY..

Accouchez ; vous me tenez là sur le gril... Comment le trouvez-vous?

GOUBIN

Je le trouve...

JÏOUTRY.

Vous le trouvez...

GOU BIN

Fort ordinaire.

J30UTRY.

Finet?

GOtfBTN.

Monsieur Finet.

l'.OUTRY.

Gomment, alors, vous les faut-il?

GOUBIN

Je vous dirai franchement que, d'après l'éloge que vous m'aviez fait et de son esprit et de sa personne...

liOUTRY.

Ce n'est pas votre avis?

GOUBIN

Je ne dis pas cela.

BOÛTR1 .

Ça n'a jamais été un imbécile.

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