M A D A ME D U C II É
Je voudrais mourir.
MONSIEUR RADAMASSI.
Quelle idée !
MADAME DUCHE.
Je serais plus heureuse.
MONSIEUR RADAMASSI.
Je n'en sais rien.
PERSONNAGES
BOUTRY.
GOUBIN
MICHEL
La scè'ie en province, dans une petite ville, chez Goubin.
BOUTRY, GOUBIN, atirtu*; MICHEL debout,
une serviette sous le liras.
BOUTRY.
Compère, vous ne mangez pas.
GOUBIN
Faites excuse.
M I G H E L , à part.
Merci ! D'puis deux heures y n' fait qu tord' et avaler !
GOUBIN
J'ai au contraire beaucoup mangé. Il y a deux ans que je ne déjeune plus à la fourchette.
BOUTRY.
Je vous ai connu bon.
. GOUBTN.
Autrefois, pas depuis ma dernière maladie; il m'a fallu enrayer, et, ma foil je ne m'en porte pas plus mal.
BOUTRY.
Encore du lapin ?
GOUBIN
Non, merci.
BOUTRY.
Vous l'avez trouvé bon?
GOUBIN
Excellent !
BOUTRY.
Cette petite cuisse ?
GOUBIN
Pas pour un empire.
BOUTRY.
Je me plais à croire que vous ne faites pas de cérémonies.
GOUBIN
Je viens de vous prouver que non.
BOUTRY.
Voici la carte : des petits pois, un pâté d'Amiens que Gustave vient d'envoyer à sa tante...
Il va bien ?
BOUTRY.
Si bien qu'il va se marier.
GOUBIN
Déjà!
BOUTRY.
Il a vingt-huit ans.
GOUBIN
Vingt-huit ans !
BOUTRY.
Ça vous étonne? Je l'étais à vingt-trois. Vous avez avec ça une omelette au rhum, je sais que vous l'aimez. . .
GOUBIN
Mais oui!
BOUTRY.
Et d'excellent café. Réglez-vous là-dessus.
GOUBIN
Cent fois plus qu'il n'en faut. Ah ! le neveu se marie !
BOUTRY.
Sa future aussi.
Une jeune personne des environs qu'il épouse?
BOTTTRY.
De Paris.
CxOUBI.X.
De Paris?
BOUTRY.
De la Chaussée d'Antin.
MICHEL
Je la connais, la Chaussée d'Antin, j'y ai servi.
BOUTRY.
J'en suis ben aise.
GOUBIX.
De la fortune, cela va sans dire.
BOUTRY.
Je le pense, mon beau-père n'est pas homme à laisser faire des sottises à son fils.
G OU BIX.
Il a parbleu ben raison.
BOUTRY.
Michel, une assiette à monsieur. Décidément vous ne voulez plus retourner au lapin?
GOUBIX.
Cela me serait littéralement impossible.
BOUTRY.
C'est bien vu, bien entendu.
GOUBTN.
J'y suis revenu; puis, quand même je le voudrais. . .
BOUTRY.
Adjugé ! Quelle maladie avez-vous?
GOUBIN
On ne l'a jamais su.
BOUTRY.
C'était pas des rhumatismes.
GOUBIN
Une fausse fluxion de poitrine.
BOUTRY.
Toujours dans l'estomac?
GOUBIN
L'estomac et les jambes.
BOUTRY.
J'ai eu ça. Des bourdonnements clans les oreilles ?
Si vous voulez.
BOUTRY.
Faut prend' des bains.
GOUBIN
J'en ai pris.
p.outry.
Eh ben?
GOUBIN
Ça ne m'a pas fait de mal.
BOUTRY.
Vous dire ce que j'ai guéri de monde avec les bains, c'est inimaginable.
GOUBIN
N'aurai-je point l'honneur de présenter mes hommages à la maîtresse de la maison?
BOUTRY.
Aujourd'hui?
GOUBIN
J'en serais ravi.
BOUTRY.
Vous prendriez plutôt la lune avec les dents.
Serait-elle indisposée ?
BOUTRY.
Mieux que ça, elle a sa lessive.
GOUBIN
Je n'insiste pas.
BOUTRY.
Vous savez ce qui en est.
goubin.
Je la plains.
BOUTRY.
Ce n'est pas elle qui est la plus à plaindre. — Ne parlons pas de ça. — Michel ! êtes-vous là?
MICHEL
Oui, monsieur!
BOUTRY.
Donnez-moi le pâté! là devant moi, que nous voyions un peu ce qu'il a dans les entrailles.
MICHEL
Oh ! le beau pâté ! le beau pâté !
GOUBIN
Inutile de l'entamer.
BOUTRY.
Parce que?
Non, vraiment, je vous jure, je n'ai plus faim.
BOUTRY.
Vous en mangerez.
GOUBIN
Je ne fais point de cérémonies.
BOUTRY.
Vous en mangerez I ou vous direz pourquoi!
GOUBIN
Je vous l'ai dit, je n'ai plus faim.
BOUTRY, ouvrant le pâté.
Le sort en est jeté !
GOUBIN
C'est un meurtre.
BOUTRY.
Comment, pour une malheureuse fois que vous venez à la maison..... je voudrais bien voir! — Michel, l'assiette de monsieur !
GOUBUY.
Très-peu.
Qu'est-ce que vous en dites ?
GOUBIN
Il est exquis! impossible de manger rien de meilleur.
BOUTRY.
J'attendais Brelu.
GOUBI>.
Ah! monsieur Brelu.
BOUTRY.
Il m'avait promis de venir.
gotjbin.
A moi aussi.
BOUTRY.
A présent il ne viendra pas.
GOLBIN.
Qui sait?
BOUTRY.
Il ne viendra pas. Jamais de parole î Vous n'avez de la vie rencontré un pistolet comme lui; une paille l'arrête.
GOUB1N.
Il a beaucoup d'amis.
Il connaît le diable.
GOUBl\.
A la santé de l'expéditeur, si vous le permettez ? Il le mérite.
BOUTRY.
Je crois bien ! Pas parce que c'est mon neveu.
GOUB1X.
Je le croyais de madame.
BOUTRY.
Le fils de mon frère. Il serait le mien que je ne l'aimerais pas davantage.
GOUBIN
Madame paraît beaucoup l'aimer.
BOUTRY.
Gustave?
GOUBIN
Oui.
BOUTRY.
Ne m'en parlez pas, elle en est ridicule.
GOUBIN
Vous êtes content de la jeune personne, elle vous plaît?
Je ne l'ai jamais vue.
GOUBIN
Vraiment !
BOUTRY.
Ma femme la connaît.
MICHEL
Moi aussi.
GOUBIN
Jolie?
MICHEL
Belle femme !
BOUTRY, à Michel.
Et cette omelette?
MICHEL
J'y vas voir.
BOUTM, GOUBIN.
BOUTRY.
A nous deux, compère. — Eh! ben?
GOUBIN
J'ai parfaitement déjeuné.
C'est pas ça que je veux dire.
GOUBIN
Que voulez-vous dire?
BOUTRY.
Eh ben?
GOUBIN
Quoi?
BOUTRY.
Vous l'avez vu?
GOUBIN
Qui?
BOUTRY.
Finet.
GOUBIN
Je l'ai vu deux fois.
BOUTRY.
Ehben?
GOUBIN
Je n'en suis point émerveillé.
Vous ne le trouvez pas bien?
GOUBIN
Je ne dis pas cela,
BOUTRY.
Gomment le trouvez-vous?
GOUBIN
Je le trouve...
BOUTRY.
Gomment?
GOUBIN
Que voulez-vous que je vous dise...
BOUTRY..
Accouchez ; vous me tenez là sur le gril... Comment le trouvez-vous?
GOUBIN
Je le trouve...
JÏOUTRY.
Vous le trouvez...
GOU BIN
Fort ordinaire.
J30UTRY.
Finet?
GOtfBTN.
Monsieur Finet.
l'.OUTRY.
Gomment, alors, vous les faut-il?
GOUBIN
Je vous dirai franchement que, d'après l'éloge que vous m'aviez fait et de son esprit et de sa personne...
liOUTRY.
Ce n'est pas votre avis?
GOUBIN
Je ne dis pas cela.
BOÛTR1 .
Ça n'a jamais été un imbécile.