Topographie et physionomie de la ville
L'étranger a d'abord besoin d'un aperçu général de Paris , qui lui apparaît à son arrivée comme un labyrinthe inextricable. Il ne lui faut rien moins qu'un examen attentif du plan et la course d'orientation indiquée plus loin, pour le délivrer du sentiment de gène qui l'opprime alors au milieu de cette ville immense.
Paris est situé sur les deux rives de la Seine, qui le traverse du S*-E. au N.-O., en décrivant une forte courbe vers leN, et sur des hauteurs qui n'atteignent guère plus de 100 m. au-dessus du niveau du fleuve ou 128 m. au-dessus du niveau de la mer.
La Seine a deux îles importantes dans sott parcours à IMntérîeur de la ville , qui est d'environ 1 1 kll. : Vile St - Louis et Vile de la Cité, formées jadis de la réunion de plusieurs îlots.
Les principales hauteurs de Paris sont, en commençant à TE., celles de Charonne, Menilmontant, Belleville (101 m.), la Villette et Montmartre (128 m.) , sur la rive droite, et celles de la Maison- Blanche, la Butte-aux-Cailles et Ste-Genevieve (Panthéon; 60 m.), sur la rive gauche.
La ville se divise en deux parties principales: la rive droite et la rive gauche, à laquelle se rattachent la Cité et l'île St- Louis. Les distinctions entre le vieux Paris, les faubourgs et les communes annexées ne sont plus guère sensibles depuis les grandes transformations modernes, qui ont fait disparaître une partie des anciennes rues , prolongé les grandes artères jusqu'aux fortifications et fait
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élever sur tous les points de grandes et belles constructions : le centre a seulement plus d'édifices et plus d'animation.
Un coup d^œil jeté sur le plan fera reconnaître les limites de r ANCIEN Paris, marquées par sa première ceinture de boulevards, dits les grands boulevards (v. p. 61). Il suffira seulement de noter que, sur la rive gauche , cette limite se reporte au delà du nouveau boulevard St-Germain et passe derrière le jardin du Luxembourg.
Au delà des Grands boulevards sont les anciens faubodbqs,. dont les noms se conservent dans ceux des rues principales rayonnant vers l'extérieur , et qui s'étendent jusqu'à la ceinture de boulevards dits encore habituellement boulevards extérieurs (p. 61). Les faubourgs eux - mêmes ont pris pour la plupart les noms des quartiers correspondants de la vieille ville. Les plus importants sur la rive dr. sont, de l'E. à l'O. : les faubourgs St-Antoine, du Temple, St' Martin, St -Denis, Poissonnière, Montmartre ^t St -Honore, Ceux de la rive g. sont moins connus , sauf le faubourg St-Oermain, qui fait depuis longtemps partie de la vieille ville. Les faubourgs St- Antoine et du Temple sont particulièrement occupés par des établissements industriels , le premier fabriquant surtout des meubles et tout ce qui a rapport au mobilier, le second, ces milliers d'objets de fantaisie dits «articles de Paris». ; orfèvrerie, bijouterie fine ou fausse, nécessaires, brosserie fine, fleurs artificielles, éventails, tabletterie , maroquinerie, bimbeloterie, papeterie de luxe, etc. Les petites industries pouvant s'exercer en chambre pénètrent même de ce côté dans la vieille ville, où sont les magasins, de même qu'il y en a aussi qui s'exercent au delà des faubourgs en question. Les faubourgs St-Martin , St-Denis et Poissonnière sont plus commerçants qu'industriels; ils font le commerce en gros et l'exportation, tandis que les parties voisines du centre ont plutôt pour spécialité le détail et les autres articles de luxe , surtout les Grands boulevards , avec leurs splendides magasins, et les autres rues principales de ce côté. Le faubourg Montmartre, les quartiers de la Bourse, du Palais-Royal et de l'Opéra sont les parties de la ville préférées par les établissements financiers , et ils réunissent en outre à peu près tout ce qui est nécessaire pour recevoir et distraire les étrangers. Le faubourg St-Honoré et le quartier des Champs - Elysées sont occupés par les hôtels de l'aristocratie de l'argent, et le faubourg St-Germain par ceux de l'aristocratie de race , la plupart des ministères et des ambassades. Le quartier latin ou des Ecoles, qui l'avoisine à !'£., est, comme son nom l'indique, le siège de l'université et d'une grande partie des établissements scientifiques de la ville. Là aussi sont plusieurs des principales librairies.
Quant aux communes annexées ou localités comprises dans r enceinte fortifiée et qui ne font partie de la ville au point de vue administratif que depuis 1860, les principales sont, en suivant le même ordre que ci-dessus : Bercy, qui fait le commerce des vins en
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gros; Charonne, Ménilmontant, BellevUle, la Villette, la ChapeUe, Montmartre, particulièiement habités par la petite bourgeoisie, les petits employés et la classe ouvrière , où sont les grands ateliers, les abattoirs, des entrepôts, etc. ; le$ Bixtignolles, où il y a beaucoup d'ateliers d'artistes et qui a au N. du parc Monceaux quantité de jolis hôtels particuliers ; Passy et AuteuU avec leurs villas ; Qt-entUe f qui a encore des usines et des fabriques des produits chimiques; Vau^ard, Montrouge, etc., dont la population calme est composée de petits rentiers, de petits industriels et d^ouvriers, et où il reste de grands espaces occupés par des cultures maraîchères.
La ville couvre aujourd'hui, dit-on, près de 8000 hectares, dont 5000 occupés par des constructions , et l'on y compte 3750 rues ou boulevards et une trentaine de ponts sur la Seine.
Administrativement , Paris est divisé en 20 abbondissembnts, délimités par de grandes voies de communication : 1 , îc Louvre ; 2, la Bourse; 3, le Temple; 4, V Hôtel-de- Ville ; 5 le Panth/on; 6, le Luxembourg; 7, le Palais^ Bourbon; S, l' Elysée; 9, VOptfra] 10, V Enclos-St- Laurent (entre les rues du Faub.-Poissonnière et du Faub.-du-Temple) ; 11, Popincourt (de la rue du Faub.-du-Temple à celle du Faub. - St - Antoine) ; 12 , Reuilly (de la rue du Faub.- St-Antoine à la Seine); 13, les Qobelins; 14, V Observatoire; 15, Vaugirard; 16, Passy; 17, les Batignolles ; 18, Montmartre; 19, les ButteS'Çhaumont ; 20, MénUmontant.
Les fortifioationi de Paris ont été construites en yertu d'une loi de 1840, dans l'espace de 3 ans. et elles ont coûté 140 millions de francs. Elles se composent d*abord d une enceinte continue de 34 kilomètres de développement, renforcée de 94 bastions, de 10m. de hauteur, avec un fossé de 15 m. de largeur et un glacis \ puis de 17 forts avancés qui forment, autour de la ville une seconde enceinte à différentes distances, atteignant jusqu'à Skil., savoir: au N., près de St- Denis, \t fort de la Briche^ la DotOtli-Cavronne (ht Nord et le fort de VEtt ; à l'E., le fort d^Aubtrvillierâ, près du Bourget; les /or<« de Bomainvitlet Noisy ^ Ro$ny^ Nogewt et Vincennest et les redoutes de la Faisanderie et de Oravelle; sur la rive g. de la Hame, le fort de Charenton; au S., sur la rive g. de la Seine, les forts d'/vrjr, Bicitre^ Montrougey Vantes et Jssy; enfin à TO., \% forteresse du Mont- Valirien. La plupart de ces forts ont été presque complètement détruits dans les sièges de 1870-71; mais on les a reconstruits depuis. Enfin une troisième enceinte, encore plus éloignée, se compose des 19 nouveaux forts suivants : sur la rive dr., les forU de CormeilleSy Montlignon, Domon^ Montmoreno^y Ecouen^ JStains^ Va%jours^ ChelleSy Yilliers et Villeneuve- St-Georges ; sur la rive g., les /or<« de CMtillon^ la Butte-CJuiumont^ Palaiseau^ ViUeras^ Haut-BuCy St-Cyry Marlg^ Ste-Jamme et Aigremont.
Au point de vue général , Paris a une physionomie assez uniforme, due à ce que la révolution de la fin du siècle dernier est venue mêler toutes les classes, mais surtout a cause des grands travaux de transformation qui s'y sont faits de nos jours.
Ce qui frappe d'abord l'étranger, c'est le cachet grandiose de l^ensemble, ce sont les voies magistrales parfaitement tenues, qui annoncent la cité universelle , et qui forment tout un réseau admi-
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rablement calculé pour rendre les communications faciles et promptes entre tous les quaqtiors. Les grande» voies ont ét4 pour la plu-* part créées d« nos jours, car Paris étant une vieilfe ville, Jadis resserrée dans une enceinte très étroite, n*avait encore au commencement de ce siècle, à part ses grands boulevards, qu'un réseau enchevêtré de petitesrues tortueuses, comme on pourra en voir quelques restes. Il est pour ainsi dire impossible de se faire une idée des frais énormes qu'a entraînés le percemont des nouvelles rues, à travers des quartiers entièrement b&tis, surtout au centre de la ville, où la moindre maison à exproprier valait pliiisieurs centaines de mille francs , et où il a encore fallu indemniser ceux qui s'y trouvaient établis. Et ce qu'on en voit n'est paâ tout , car il y a de plus sous presque toutes les rues un immense réseau d'égouts, construits aussi de nos jours à grands frais (v. p. 53).
Les rues neuves tirées au cordeau ont ôté, il est vrai, leur aspect pittoresque à bien des quartiers, mais on pourra encore se convaincre qu^elles étaient imposées par les besoins d'une circulation toujours croissante. Il était aussi à peu près inévitable qu'il y eût de runiformité dans Fensemble des malsons , construites en même temps et le plus souvent dans un but de spéculation , mais 11 ne manque pas , dans les quartiers excentriques , d'hôtels particuliers ayant un caractère original et du style (v. p. 188).
On est ensuite étonné de l'animation extraordinaire qui règne, non seulement dans certaines rues principales, mais à peu près sur tous les points à la fois. C'est ici que Texpression «aller à ses affaires» a été remplacée par faire des courses. Rien d'étonnant, par conséquent, si les rues de Paris sont très bruyantes. Les voitures qui y circulent sont innombrables, mais il y a aussi quantité de petits industriels qui ne peuvent faire de commerce que sur la voie publique , et qui sont obligés d'attirer bruyamment sur eux l'attention du public. De là des cris de toute sorte, quelques-uns originaux, la plupart discordants et inintelligibles. £t ce ne sont pas seulement des marchands de denrées alimentaires, mais encore des marchands de vieux habits, de chiffons, de tonneaux, etc. ; des vitriers, des raccommodeurs de faïence , des étameurs , des fontainiers , jusqu'à des tondeurs de chiens, chacun prétendant vivre de son métier et s'ingéniant à y réussir, car la concurrence est grande dans la rue comme ailleurs. A ces bruits s'ajoutent encore ceux des cornets des tramways et des cris imprévus, comme ceux des marchands de journaux dans les cas d'événements exceptionnels.
Selon qu'il viendra de l'Est ou de l'Ouest, du Nord ou du Midi, l'étranger remarquera du reste encore bien des particularités et des usages en contradiction avec ceux de son pays. Les excentricités sont cependant rares , car le bon goût des Parisiens les empêche de se produire ou de réussir. Une promenade sur l«s boulevards , au milieu de la foule affairée ou curieuse qui s'y presse , en dira vito plus que ne sauraient faire de longues phrases.
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Le but de cette esquisse étant seulement d'aider l'étranger à se familiariser avec Paris dès son arrivée , il n'y a pas lieu d'entrer dans plus de détails. Des jugements sur les beautés et les curiosités de la ville seraient ici déplacés. Notre rôle consiste plutôt à y conduire, en disant: «voyez et jugez».
La population parisienne mérite en général la confiance des étrangers. Elle est habituée à les voir , elle sait les égards qu'elle doit à ses hôtes , et elle est connue par sa politesse et sa complaisance. On rencontre du reste partout des agents de police, dits gardiens de la paix ou sergents de ville, dont la consigne se résume dans les mots: «police et renseignements» (v. aussi la note p. 25), et le service de la police est parfaitement réglé à Paris.
Malgré cela, l'étranger sera toujours sur ses gardes, car l'adroite légion de filous et de voleurs qui y cherchent aventure sait par* faitement distinguer la physionomie de l'étranger de celle du Pari"sien , et elle ne néglige pas de tenter d'en profiter. On devra en particulier s'abstenir d'aller , à une heure avancée de la nuit , dans des quartiers éloignés ; il n'est même pas bon , en général , de s'attarder dans les autres quartiers après 1 h. du matin.
Malheur aussi à la bourse de celui qui prêtera une oreille complaisante aux invitations des sirènes des boulevards et d'autres lieux , car elles ne sont pas moins habiles à exploiter l'étranger. Les deux tiers sont du reste contaminées, et beaucoup ont de dangereux souteneurs.