‹ Paris et ses environs suivis d'excursions diversesChapitre 74 sur 285 · I. US LOUVRE · texte numérisé non relu

I. US LOUVRE

Le **Louvre, vaste palais entre la rue de Rivoli et la Seine (pi. R. 17, 20 ; //), le plus important des édifices publics de Paris, est à la fois remarquable au point de vue de l'architecture et par les précieuses collections qu'il renferme. Son nom lui vient, dit-on , d'un château ou rendez -vous de chasse dans un bois, appelé Lupara (loupata) ou Louverie. L'enceinte de la ville ne s'étendait pas au delà sous Philippe- Auguste (m. 1223); ce roi bâtit ici, pour défendie le cours de la Seine, une forteresse avec une grosse tour ou donjon, dont l'emplacement , retrouvé de nos jours , est marqué par une ligne blanche sur le sol dans l'angle S.-O. de la cour du Louvre (v. le plan, p. 90). Charles V (m. 1380) enferma ce château dans l'enceinte de Paris et en fit une résidence digne d'un roi ; mais il n'existe plus rien des constructions de son temps , François Ier (m. 1547) les ayant fait démolir pour fonder, en 1541, le palais actuel, qui devait se renfermer dans le périmètre de l'ancien palais. Les travaux furent confiés en 1546 à Pierre Leseot f , le plus grand architecte du commencement de la Renaissance française , qui les continua jusqu'à sa mort (1578), sous les règnes de Henri 11(1547- 59) et de ses successeurs. C'est Leseot qui a élevé la moitié de g. du côté 0. et celle de dr. du côté S. ou côté de la Seine, dans la cour carrée de ce qu'on appelle le Vieux Louvre. La riche façade à trois étages du côté 0. , dont la décoration est de Jean Qoujo* et de Paul Ponce, passe avec raison pour le monument le plus parfait de cette période.

Après la mort de Henri II, Catherine de Médicis (m. 1589),

t Pour les dates de la naissance et de la mort des artistes, etc., ▼• te table spéciale à la fin de ce volume.

sa veuve, continua la construction du côté* S. , sous les règnes de ses fils François II (1559-60), Charles IX (m. 1574) et Henri III (m. 1589). Elle y ajouta vers 1566 l'aile du côté* de la Seine , la Petite galerie , qui n'eut d'abord qu'un rez-de-chaussée et sur laquelle on ajouta plus tard la galerie d'Apollon (p. 137). C'est aussi à Catherine de Médiras qu'est dû le pavillon d'angle, qui a servi de modèle aux autres. Ces pavillons, imités même au milieu des façades, sont une particularité de l'architecture française , la dernière réminiscence des tours du moyen âge. — En même temps qu'elle faisait ainsi travailler au Louvre, Catherine de Médicis avait fait commencer le palais des Tuileries (p. 153), qui devait être relié à l'autre par une longue galerie du côté de la Seine. Il semble même que Lescot ait posé les fondations de cette galerie.

Cette partie du Louvre est riche en souvenirs historiques. C'est ici qu'eut lieu, en 1572, le mariage de Marguerite de Valois avec le roi de Navarre, qui fut plus tard roi de France sous le nom de Henri IV. Cinq jours après, dans la nuit du 24 août, Charles IX y donna le signal du massacre des huguenots. Une tradition maintes fois mentionnée par les orateurs du temps de la Révolution, notamment par Mirabeau, disait que le roi avait tiré lui-même sur ses sujets d'une des fenêtres du Louvre, d'une fenêtTe de la galerie d'Apollon. L'inscription suivante y fut même plaeée en 1796: «C'est de cette fenêtre que l'infâme Charles IX, d'exécrable mémoire, a tiré sur le peuple avec une carabine». Hais elle fut effacée six ans plus tard, parce qu'on reconnut que cette partie de l'édifice n'était pas construite du temps de Charles IX.

Comme ses prédécesseurs, Henri IV (1589-1610) eut à cœur de continuer le Louvre. C'est lui qui construisit la galerie d'Apollon sur la Petite galerie , et qui continua la galerie du bord de l'eau, dont la partie O., du côté des Tuileries, a été rebâtie de nos jours sur d'autres plans. Les architectes de Henri IV furent , dit-on, Thibault Mêtezeau , successeur de Lescot , et Louis Mêtezeau son fils ; puis Baptiste Androuet du Cerceau et Jacques Androuet du Cerceau, son frère. Il est aussi fait mention d'un certain Pierre Chambiges ou Chambiche.

Louis XIII (1610-43) fut longtemps sans s'occuper du Louvre, c'est seulement en 1624 qu'il chargea Lemercier d'achever les bâtiments commencés par Lescot. On agrandit le plan primitif au point de le quadrupler ; le pavillon N. de Lescot devint celui du milieu du côté O., aujourd'hui pavillon Sully ou de l'Horloge, qui fut exhaussé et décoré de huit cariatides par J. Sarazin.

Les côtés du N., du S. et de TE., qui n'étaient que commencés, furent continués sous Louis XI V (1643-1715), à partir de 1660 sous la direction de Levau, et la galerie d'Apollon, alors incendiée, fut restaurée. La façade de l'E. , du côté de St-Germain-1' Auxerrois, mesurant 173 m. 60 de long sur 27 m. 60 de haut, est l'œuvre du médecin architecte Claude Perrault ; sa colonnade trop vantée se compose de 28 colonnes corinthiennes accouplées.

Les constructions ne furent cependant pas terminées alors, l'interruption se prolongea même sous les deux règnes suivants, Louis XV et Louis XVI préférant résider à St-Germain, à Versailles

et aux Tuileries. On n'y travailla pas davantage pendant la Révolution ; mais Napoléon Ier les fit reprendre par Pereier et Fontaine, qui s'occupèrent aussi de construire au N. une galerie parallèle à celle du bord de l'eau. Elle fut commencée du côté des Tuileries et poussée jusqu'au pavillon de Rohan. Enfin, après une dernière interruption, Napoléon III reprit en 1852 le plan des rois de France et de son oncle, pour finir réellement de relier le Louvre . aux Tuileries.

Deux architectes furent chargés successivement des travaux du Nouvbau Louvre : L. Visconti et Lefuel. Il y avait encore à construire la moitié de l'aile du N., longue de 435 m. ; on y ajouta des galeries intérieures destinées à masquer, avec les bâtiments en retour d'équerre et les petits jardins du square du Cartousely le défaut de parallélisme entre le Louvre et les Tuileries. Ces immenses travaux étaient achevés en 1857, et les frais s'élevèrent à environ 75 millions de francs. Les riches mais lourdes façades des nouvelles parties, avec leurs pavillons terminés en dôme, leurs colonnes corinthiennes, leurs portiques, leurs cariatides, leurs 86 statues colossales de célébrités françaises et leurs 63 groupes de statues allégoriques, ,ne s'harmonisent que par l'ordonnance générale avec le Vieux Louvre. La même remarque s'applique aux parties en bordure de la cour des Tuileries, reconstruites plus lar- . ges qu'autrefois, celle du côté de la Seine de 1863 à 1868, celle du côté de la rue de Rivoli, jusqu'à la grille, de 1875 à 1878» Il ne serait guère plus possible d'énumérer les sculptures qui décorent le Nouveau Louvre que celles du Vieux ; voici du moins les noms des principaux artistes auxquels sont dus les frontons et les cariatides des six grands pavillons, de g. à dr. à partir de la place du Carrousel: Guillaume (côté de la place) et Cavelier; Duret (fronton), Bosio, Polet et Cavelier ; Vilain (deux pavillons) ; Simart (fronton), Briant jeune, J aequo t, Ottin et Robert ; Jouflroy (côté du square) et Lequesne.

Tous ces bâtiments forment le palais le plus vaste et le plus splendide de Paris et même de l'Europe. La superficie qu'ils occupent avec les Tuileries, est d'environ 195,000 m. carrés; ils présentent un ensemble harmonieux malgré le manque d'unité, et ils sont réputés la meilleure œuvre d'architecture française.

Les salles du Vieux Louvre servent de musées depuis 1793. Quant au Nouveau Louvre , il n'y a qu'une partie des bâtiments du S. qui contiennent des collections; les autres sont surtout occupées par le ministère des finances.

Le Louvre et les trésors qu'il renferme ont couru de grands dangers en 1871, dans les incendies allumés par les vandales de la Commune à côté des Tuileries, en feu presque jusqu'à la grille de la place du Carrousel. La bibliothèque qui se trouvait dans le pavillon du côté de la place du Palais-Royal (90,000 vol. et quantité de précieux manuscrits), fut également la proie des flammes; mais les troupes de Versailles arrivèrent à temps pour empêcher de plus grands malheurs.

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