‹ Paris et ses historiens aux XIVe et XVe siècles;Chapitre 148 sur 221 · LE PALAIS · texte numérisé non relu

LE PALAIS

Le plus remarquable est le palais qui est destiné aux affaires publiques, dans lequel se plaident les procès, où chacun peut trouver un savant défenseur pour soutenir sa cause"1. On y rencontre encore tout ce que l'on veut acheter avec beaucoup ou peu d'argent (2) : des vêtements vieux ou neufs, ouvrages qu'on dirait façonnés par une élève de Pallas, ou sortis des mains de cette industrieuse Aracbné qui, jadis, ayant osé se mettre au-dessus d'une déesse, fut condamnée, pour son orgueil , à vivre désormais sous la forme d'une araignée suspendue aux solives desséchées. Pour être bref, je dirai que dans chaque genre vous croiriez voir des servantes de Pallas vendre ici leurs superbes tissus, tant on y débite de laine et de fil. 11 n'y manque ni soie, ni pourpre éclatante, ni rien de ce qui peut servir à parer les jeunes filles, les mères ou les jeunes femmes, les enfants et les hommes. On y voit des objets d'argent, d'autres plus précieux en or, d'autres de cuivre, de fer ou de tout autre métal, des fourrures et des peaux d'animaux appropriées à une infinité d'usages. On y trouve encore des pierres précieuses et les divers livres qui ont rapport aux diverses professions. Enfin, tout ce qui peut apporter quelque joie aux malheureux mortels se vend dans cette salle. Il n'y manque ni échecs, ni dés ou autres jeux de hasard, tous façonnés par les mains d'un maître habile. On y trouve, présents si doux pour les petites filles, de belles poupées, qui sont des merveilles de travail et d'habillement (3). 11 y a tout ce qu'on peut désirer comme jeux et amusements, soit pour les hommes, soit pour les belles jeunes filles. On v voit encore les glorieux témoignages de la victoire que le courageux Godefroy (de Bouillon) remporta sur un serpent (4). L'antiquité a prodigué les éloges à Hercule, bien qu'elle le crut fils du grand Jupiter, pour avoir dans son enfance étouffé deux dragons, pour avoir vaincu Achéloûs sous la forme d'un serpent et triomphé de l'hydre (de Lerne); elle a loué également Phébus, vainqueur du serpent Python (5). Je ne parlerai pas du prodigieux serpent que

les expédiait à Paris en vertu d'un accord avec la Marchandise de l'eau.

;,) La chicane ne fournissant pas matière aux développements poétiques, à moins de peindre l'antre où elle se cache, Aslesan passe immédiatement au bazar du Palais , qui se prêtait mieux à la description.

(2) Il est intéressant de comparer l'énumération que fait Astesan des objets exposés en vente dans la Galerie marchande du Palais, avec celle qu'on trouve dans le livre de Jean de Jandun écrit plus d'un siècle auparavant. (Voir p. 5o et 5i.)

(3) Jean de Jandun et Guillebert de Metz (p. 52- 53 et 233) avaient constaté de leur temps l'habileté dont faisaient preuve les fabricants de jouets parisiens. Le potier d'étain rrqui tenoit des rossirrgnols chantans en y ver» était peut-être le Vaucanson de cette époque.

(4) On se rappelle que Guillebert de Metz men-

tionne un autre trophée de Godefroi de Bouillon suspendu aux voûtes de la Sainte-Chapelle. (Voir cidessus, p. 1 59.) Le serpent qu'Astesan a vu dans la Grand' Salle doit être le pendant du crpié de grifon : » ne serait-ce point aussi quelque carcasse de saurien fossile comme on en découvre encore dans le bassin de Paris? Corrozet parle d'un crocodile rrqui se '•nourrissoit dans les esgouts pleins d'immondices, rret qui fut trouvé et tué tandis que l'on faisait les " fondations de la Grand' Salle.» Ce prétendu crocodile qu'on voyait encore en i55o ne serait-il pas aussi le serpent mentionné par Astesan?

(5) Astesan paraît avoir fait une étude particulière des Métamorphoses d'Ovide; il a gardé un souvenir très-vif de la mythologie grecque, et il a pris au poëte latin ses qualités et ses défauts. Il se montre, à l'imitation de son maître, facile, quelquefois négligé, toujours amplificateur.

Laudavit pariter Phœbum Pithone perempto ; Ne dicam immensum quem perfida protulit angueni Afîrica Romanis infestum gentibus olim, Cujus delatum est corium mirabile Romam, Quem tamen haud potuit solus superare Quiritum Consul; sed multus juvit sua praelia miles. Cur ergo a nobis non magna laude feretur Princeps, qui solus potuit superare draconem. Cujus pellis adhuc muro est affixa palatî (l) De quo verba tibi facio, clarissime princeps?

BAST1LLIA SANCTÏ ANTON II.

Miror tam forma praestans quam robore castrum. Quod Sancti Antonii vulgo Bastillia fertur ; Per quod secrète Rex urbem intrare, vel illam Nocte dieque potest exire, et tendere quo vult.

ECCLESLE.

80 Miror templa Dei miro fabricata décore, Marmoreis statuis, argento ditia et auro, Atque figuratis vitro splendente fenestris. Nec non relliquiis sanctorum fulta virorum.

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