‹ ParisChapitre 29 sur 46 · DANS UNE CAMPAGNE · texte numérisé non relu

DANS UNE CAMPAGNE

Le prêtre prépara l'auguste sacrifice ;

Tantôt ses bras tendus rendaient le ciel propice ,

Tantôt il adorait, humblement incliné.

O moment solennel ! ce peuple prosterné ,

Ce temple dont la mousse a couvert les portiques ,

Ses vieux murs , son jour sombre , et ses vitraux gothiques ,

Cette lampe d'airain qui , dans l'antiquité ,

Symbole du soleil et de l'éternité ,

Luit devant le Très-Haut , jour et nuit suspendue ;

La majesté d'un Dieu parmi nous descendue ;

Les pleurs , les vœux , l'encens , qui montent vers l'autel ;

Et de jeunes beautés qui , sous l'œil maternel ,

Adoucissent encor, par leur voix innocente ,

De la religion la pompe attendrissante ; Cet orgue qui se tait , ce silence pieux , L'invisible union de la terre et des cieux : Tout enflamme , agrandit , émeut l'homme sensible ; Il croit avoir franchi ce monde inaccessible , Où, sur des harpes d'or, l'immortel séraphin Aux pieds de Jéhovah chante l'hymne sans fin. C'est alors que sans peine un Dieu se fait entendre ; Il se cache au savant , se révèle au cœur tendre ; Il doit moins se prouver qu'il ne doit se sentir.

Mais du temple à grands flots se hâtait de sortir La foule qui déjà , par groupes séparée , Vers le séjour des morts s'avançait éplorée ; L'étendard de la croix marchait devant nos pas; Nos chants majestueux , consacrés au trépas , Se mêlaient a ce bruit , précurseur des tempêtes ; Des nuages obscurs s'étendaient sur nos têtes ; Et nos fronts attristés , nos funèbres concerts Se conformaient au deuil et des champs et des airs.

Cependant du trépas on atteignait l'asile.

L'if, et le buis lugubre , et le lierre stérile ,

Et la ronce , a l'entour croissent de toutes parts ;

On y voit s'élever quelques tilleuls épars ;

Le vent court en sifflant sur leur cime flétrie ;

Non loin s'égare un fleuve ; et mon âme attendrie

Vit , dans le double aspect des tombes et des flots ,

L'éternel mouvement et l'éternel repos.

Avec quel saint transport tout ce peuple champêtre ,

Honorant ses aïeux , aimait a reconnaître

La pierre ou le gazon qui cachait leurs débris !

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