‹ ParisChapitre 31 sur 46 · II · texte numérisé non relu

II

A ses derniers neveux conteront ses bienfaits ; Souvent on les vanta dans nos longues soirées.

Lorsqu'un hiver fameux désolait nos contrées,

Et que le grand Louis , dans son palais en deuil ,

Vaincu , pleurait trop tard les fautes de l'orgueil ,

Hombert, dans l'âge heureux qu'embellit l'espérance ,

Déjà d'un premier fils bénissait la naissance.

Le rigoureux janvier ramenant l'aquilon ,

Détruit tous les trésors qu'attendait le sillon.

Sur les champs dévastés la mort seule domine;

Deux mois dans nos climats la hideuse famine

Courut seule et muette en dévorant toujours.

Hombert désespéré , sa femme sans secours ,

Voyaient le monstre affreux menacer leur asile ;

Ils pleuraient sur leur fils ; leur fils dormait tranquille.

O courage , ô vertu! Renfermant ses douleurs,

Hombert, pour la sauver , fuit une épouse en pleurs ;

Soldat, il prend le glaive , il s'exile loin d'elle ;

Mais du milieu des camps sa tendresse fidèle

A sa femme , a son fils , se hâtait d'envoyer

Ce salaire indigent , noble prix du guerrier.

On dit que de Villars il mérita l'estime ,

Et même , sous les yeux de ce chef magnanime ,

Aux bataillons d'Eugène il ravit un drapeau.

La paix revint alors ; il revit son hameau ,

Et pour le soc paisible oublia son armure.

Son exemple , éclairant une aveugle culture , Apprit a féconder ces domaines ingrats ; Ce rempart tutélaire , élevé par son bras , Du fleuve débordé contint les eaux rebelles. Que de fois il calma les naissantes querelles !

Lui seul para ces moûts de leurs premiers raisins, Et même il transplanta sur les mûriers voisins Ce ver laborieux qui s'entoure en silence Des fragiles réseaux filés pour l'opulence. Tu méritais sans doute, ô vieillard généreux! Les honneurs de ce jour , nos regrets et nos vœux .

Aussi le prêtre saint , guidant la pompe auguste , S'arrêta tout a coup près des cendres du juste ; La, retentit le chant qui délivre les morts. C'en est fait ! et trois fois dans ses pieux transports , Le peuple a parcouru l'enceinte sépulcrale ; L'homme sacré trois fois y jeta l'eau lustrale , Et l'écho de la tombe , aux mânes satisfaits , Répéta sourdement : Qu'ils reposent en paix ! Tout se tut ; et soudain , ô fortuné présage ! Le ciel vit s'éloigner les fureurs de l'orage ; Et brillant , au milieu des brouillards entr'ouverts , Le soleil , jusqu'au soir, consola l'univers.

De Font ânes.

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