PREFACE
Le lecteur trouvera dans ce volume, non point un livre d'érudition originale, mais une vulgarisation des travaux d érudition consacrés à la ville de Paris, mise à four et corroborée par des études et des observations personnelles. J'ai pro/îtéy pour ce faire, des descriptions anciennes de Sau- VAL, Lkp.kif, Pic.aniol, Bi'jii iMJ:r. Tiiii-rrv, Dilaiki:, comme des livres modernes du baron di-: GriLiii-.RMV et de A. dk Cjiampkaux, enfin des cours de OiK iii:rat et de M. ni-: Lasti:vrii-: à l Ecole des Chartes, J'ai plaisir aussi à témoigner combien les conseils si avertis de mon collègue et ami M. Pall VirRV, attaché au Musée du Louvre, m'ont été utiles, non seulement pour la première, mais encore pour cette nouvelle édition,
La nature du sujet, la matière considérable à étudier, les limites matérielles mêmes de ce volume^ m ont imposé une façon de le concevoir, dont je voudrais dire un mot. Il n'était pas possible, quelque séduisante que fût l'idée, de présenter un tableau d'ensemble, artistique, historique^ littéraire et pittoresque de Paris, sans sacrifier chacune de ces parties. D'autre part, il n'y a pas eu à Paris d'école parisienne proprement dite, se développant particulièrement, comme l'école vénitienne, par exemple; les éléments de ce développement n'ont été qu'en minorité indigènes, pour la majorité provinciaux et même cosmopolites, comme l'histoire de Paris ne peut se différencier de l'histoire générale de la France. D'où la nécessité de restreindre le domaine du sujet pour le mieux embrasser, et de n'exposer de V ensemble que ce qui est nécessaire pour l'intelligence de la partie. C'est pourquoi nous
avons cherché à tracer surtout, avec le plus de précision et de netteté pos-
sible, une Histoire monumentale de Paris, éclairée de quelques brèves indi cations historiques, et dont chaque chapitre est précédé d'un examen rapide, qui en présente comme la philosophie ; nous y avons ajouté un exposé sommaire de l'évolution de la peinture et de la sculpture françaises d'après les œuvres conservées au Louvre et au Luxembourg. Cette histoire peint les monuments ; quant au pittoresque des quartiers, nous l'avons esquissé à traits rapides dans l'Introduction; et, pour le surplus, l'illustration y suppléera.
Jeanne d'Arc, par Paul Dubois. (Place Saint-Augustin.)
INTHODUCTION
La Seine divise Paris en deux parties assez distincles, puisque pour certains Parisiens, « passer l'eau » . aller de la rive gauche à la rive droite, est presque une excursion dans une autre ville ; elle forme elle-même une troisième région, la région du bord de l'eau, qui n'est ni la moins intéressante, ni la moins belle. Son cours est sillonné par un va-et-vient continuel de bateaux-omnibus, qui transportent une foule de voyageurs, de remorqueurs qui traînent des radeaux pesamment chargés, de barques, de canots d'utilité ou même de plaisance. Le trafic, qui en résulte est énorme, puisqu'il est supérieur à celui de tous les autres ports français, et le rêve de « Paris port de mer " n'est certes pas une utopie.
Par une heureuse coïncidence, le fleuve commercial est aussi très esthétique, déterminant sur tout son parcours, avec les monuments riverains, les plus divers et gracieux paysages. On serait bien embarrassé de dire sa couleur ; il les a toutes, selon le moment de la journée, l'inclinaison du soleil ou de la lune, la pureté azurée du ciel ou les brouillards tout proches et ternes, le débit plus fort en hiver et 1 etiage. Par un temps clair, il est blanc, gris, avec des moirures vertes, bleues et émeraudes, ou bleu de Prusse avec des vagues grises ; à l'aurore, il se teinte de rose, et au crépuscule, il devient violet, pourpre, sanglant. Quand le ciel est bas, chargé de vapeurs, il prend une teinte olive, vert de chrome; il est d'un jaune blond après la pluie ou la fonte des neiges. Des peintres vont chercher fort loin, en Afrique, dans TExtrême-Orient, des effets fugfitifs de lumière, ne se doutant pas du nombre et de la qualité des colorations qui se nuancent si près d'eux, et pour l'analyse desquelles il n'est besoin d'aucun long et dispendieux voyage. La difficulté ne fait pas toujours la rareté, et l'atmosphère parisienne, si délicate, si tendre, si exquise, mérite qu'on l'analyse avec amour.
La Seine entre à Paris non loin de Charenton et du bois de Vincennes, accrue là en de notables proportions, par l'apport de la Marne. Les premiers quais de ce côté : La Râpée, Bercy, Austerlitz, sont assez monotones, encombrés de gares, et de marchandises. A partir du pont Sully, commence le vieux Paris si intéressant, malgré les restaurations sans nombre qu'on lui fait subir. Voici l'île Saint-Louis avec ses hôtels de bourgeois cossus ; puis la vénérable île de la Cité, berceau de la capitale et de la France. La vieille cathédrale s'estompe en une masse sombre, d'où émergent la flèche et les deux tours, au-dessus des arbres du square de l'archevêché ; le Palais de Justice, l'Hôtel-Dieu, la Préfecture de police l'entourent; et, sur les quais, les pavillons de l'Hôtel de Ville, l'église Saint-Gervais, les deux théâtres municipaux, Saint-Julien-le-Pauvre et Saint-Séverin, le Pont-Neuf avec la statue de Henri IV, l'écluse, la Monnaie, complètent un ensemble qui ne laisse pas d'être émouvant.
Puis, c'est la ligne magnifique des palais du Louvre et des Tuileries, mirant dans le fleuve tour à tour la noblesse et la grâce des temps passés les beaux ombrages séculaires des Tuileries, sous lesquels la promenade est si charmante, la place de la Concorde ; à gauche, le palais de l'Institut, les quais où bouquinistes et bouquineurs s'occupent à ne rien faire, le Palais-Bourbon ou Chambre des députés, le ministère des Aff'aires étrangères; et, successivement, les beaux ponts des Arts, du Carrousel, Royal, de Solférino, de la Concorde.