‹ Paris inconnuChapitre 22 sur 66 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

AGATHE, GRANDOUILLET.

AGATHE, prèi de la porte d'entrée, repoussant Grandouillet. Je VOUS

dis que monsieur Poupard est sorti.

GRANDOUILLET. Eh bien, je parlerai à madame.

AGATHE. Madame est en voyage

GRANDOUILLET. Alors je l’attcndrai.

AGATHE. Par exemple!

GRANDOUILLET. Vous ne me connaissez donc pas?

AGATHE. Non.

GRANDOUILLET. Au fait ! VOUS en ôtes une autre.

AGATHE. Un autre quoi? malhonnête!

GRANDOUILLET. Une autre cuisinière. Ce n’est pas vous qui fricassiez ici il y a un an.

AGATHE. Non, il n’y a que six mois.

GRANDOUILLET. C’est donc çR... Je suis Grandouillet.

AGATHE, riant et le ponssaot. Ah ! ah ! le drôle de nom !

GRANDOUILLET. Ne pousse^ pas. Vous me feriez des noirs. *

AGATHE. Grand douiUet!

GRANDOUILLET. Je suis le père nourricier.

AGATHE. Comment ça?

GRANDOUILLET. Le mari de la nourrice de leur petit.

AGATHE. Vous êtos fou ! mes maîtres n’ont pas d’enfant.

GRANDOUILLET. Oh ! que si! , ^

AGATHE. Oh! que non! môme que ça leur fait assez de peine, à monsieur surtout, qui se désole jour et nuit de ne pas être père. A preuve qu’il a envoyé madame à Dieppe, parce que le médecin a dit comme ça que, quand on prenait des bains de mer, on était sûre de le devenir.

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UONSIEUR PODPARD 197

GRANDOuiLLET. Comment, vrai? monsieur Poupard n’a pas encore de petit 1

AGATHE. Je vous le garantis.

GRANDOuiLLET. Âlors, c’est un homme qui n’a pas de parole. Je me suis marié le même jour que lui, tel que vous me voyez, dans le même pays, avec le même adjoint, et il m’avait dit pendant la cérémonie : Grandouillet, tu seras la nourrice de mon...

AGATHE. Vous ! ah ! ah ! ah !

GHANDouiLLET. Non, ma femme. Mais, elle et moi, c’est tout comme, quand on ne fait qu’un. Après le temps voulu nous frappions ici tous les trois.

AGATHE. Comment ! tous les trois ?

GRARDouiLLET. Mon épouse, mon fils ainé et moi; monsieur Poupard n’était pas en mesure, il fut obligé de me demander du temps. L'année suivante, même visite, nouveau délai. Enfin, tous les ans j’arrive ici avec un enfant de plus; m’en voilà quatre sur les bras de ma femme, et j’attends toujours le jeune Poupard. On ne fait pas aller conyne ça le pauvre monde et perdre le lait du bon Dieu.

Air de Madame Grégoire.

Ma femm’, je le crois,

A tout c’ qu’il faut pour ètr’ nouiTice.

Bien des p’tits bourgeois S’raient enchantés de son service ;

Privés de vrai lolo.

Réduits à des Darbo!

Sans votre maudit petit maître.

Qui, je l’vois, est encore à naître.

Ah ! comme on irait Boire à son cabaiet !

AGATHE. OÙ qu’elle est, votre femme? elle n’est donc pas venue avec vous?

CRANDOuiLLET. Je l’ai laissée à l’auberge avec ses mioches. Elle répare les accidents du voyage, quatorze lieues en chemin de fer, par un convoi direct, on ne s’arrête que trois fois. Et ces pauvres chéris mangent tant de raisin... vous sentez...

AGATHE. Parfaitement. Les autres voyageurs ont dû avoir de l’agrément.

GRANDOüiLLET. Ti’ès-peu, on va si vite. Mais elle est Lien longue à arriver !

AGATHE. Vous feriez bien d’aller la retrouver.

GRANDOÜILLET. Oh! que non; si elle ne vient pas, c’est que la besogne est plus conséquente que nous ne pensions.

AGATHE. Et de repartir avec elle et tous vos héritiers par le prochain convoi.

GRANDOÜILLET. Allons donc ! Sans avoir vu mônsieur et madame Poupard, sans emmener le petit Poupardl

AGATHE. Mais je vous répète que monsieur est sorti, que madame est en voyage, qu’il n’y a jamais eu de petit Poupard, et qu’il n’y en aura probablement jamais. (oa cDieud souuer irès-roit.) Tenez, voüà sans doute monsieur. 11 vous dira lui-même...

(Elle va ouvrir.)

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