SCÈNE VIII
POUPARD, l-ÉON.
LÉON, à part. Allons, du courage et de l’adresse; si cet honnûte citoyen ne m’ouvre pas ses bras, Clichy m’ouvrira ses portes.
POUPARD, à part. Ah! mott ami Lecoq m’envoie aussi son fils aîné... quelque grand nigaud de province!
LÉON. C’est à monsieur Poupard que j’ai l’honneur de parler?
MONSIEUR PO CPARD
POUPARD. A lui-méme.
LÉON, à pan. Il a une tâte qui me donne de l’espoir.
POUPARD, * part. Il est fort bien, ce garçon.
LEON. Mon père, en m’envoyant à Paris, m’avait donné pour vous, monsieur, une lettre de recommandation. J’ai un peu tardé à vous la remettre, des alTaires... indispensables... on a si peu de temps à soi... Mais je l’ai conservée avec soin, et la voici.
POUPARD, à part. Que cc Lecoq est heureux ! Ah! (ii prend la leiire et l’ouvro.) Trois mois de date; il n’est pais venu en chemin de ferl ou plutôt, mon gaillard... ahi ah! ah!...
LÉON, i part. Pourvu quc ma lettre d’introduction ne me fasse pas mettre à la porte.
POUPARD, lifant. « Mon vieux Poupard, je t’envoie un drôle. » (Riant.) Ah ! ah ! ah !
LÉON, embarraisé. Mon père est très-gai, vous savez...
POUPARD, lisant. «Qui, malheureusement 6st mon fils.»
LÉON, i part. Diable! si j’avais su.
POUPARD, indigné. Eh bien ! je lui conseille de se plaindre; comment les lui faut-il donc! Un jeune homme charmant, qui ne lui ressemble pats du tout. Il y a des gens qui ne connaissent pas leur bonheur !
LÉON, viveinent. Ah! VOUS avcz bien raison, monsieur. (a part.) Mais c’est un excellent homme... pourquoi ne suis-je pas venu plutôt, je ne serais pas dans le cruel embarras où je me trouve.
poupard, liiant. « Il est amoureux. » (parlé.) Paud>leu! c’est de son fige.
LÉON, TiTement. N’est-ce pas, monsiour î
poupard, liaant. « D’une fille de rien, w
LÉON, i part. Oh! ma pauvre Henriette!
poupard, liMDt. « Qui n’a rien.» (patié.) Vieille rengaine
patemcliqi.. Je suis certain qu’elle possède...
LÉON. Toutes les qualités, monsieur, la beauté, la douceur...
pouPARD, linni. «Mon coquin Voulait l’épouser.» (parlé.) I^h bien, pourquoi pas! s’ils s’aimaient ces pauvres enfants! (Li»ni.) « Mais j’y ai mis bon ordre.»
LÉON. En me forçant de partir, monsieur, en m’envoyant passer loin d’elle les plus belles années de ma ie, dans cet affreux Paris, où j’essaye en vain de m’élourdir.
POUPARD. Pauvre gar'çon! (LUant.) « Il part avec trèspeu d’argent. » (parle.) Juste quand il a besoin de s’étourdir.
LÉON, i part. Mon ti'imestre m’a duré trois jours.
POUPARD, litaot. a Et Une forte dose de morale. » (parié.) Monnaie qui n’a plus cours depuis qu’on l’a mise en aclions.
LÉON, è paît. J’ai eu de la morale de reste, et j’ai emprunté de l’argent au poids de l’or.
POUPARD, lisant. « Surtout ne lui fais aucune avance <!e fonds.» (parié.) Tyran peu délicat!... Eh! bien, si, je iui avancerai des fonds, et tant qu’il en voudra. Es-tu t n fonds? en veux-tu des fonds?...
LÉON, é part. Si j’en veux! (Haut.) A vous parler franchement, j’ai quelques petites dettes.
POUPARD, Pauvre jeune homme!
LÉON, à part. Dix petits mille francs,
POUPARD. Ne te tourmente pas, nous arrangerons cela.
LÉON, à part, avec joie. Ça va comme sur des roulettes ! (liant.) Ah I monsieur, vous étiez né pour être père !
POUPARD, N’est-ce pas? Je le croyais aussi, mais il I araît que non...
MONSIECR l'OUPAUü