‹ Paris le bohémien [Texto impreso]Chapitre 33 sur 77 · SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII

GIOVANNI, LELIO

GIOVANNI

Que peut avoir à me dire cet homme T quelque roentonge, sans doute.

Llii. 10 , entrant par la droite.

Déjà les chants sont animés ; mes compagnons eui-mèmea ne s'apercevront pas de mon absence. Sara m’a-t-elle tenu parole? Le voici.

GIOVANNI

Ècoutons-le pour aatisfairc Sara.

L^Lio, apercevant Giovanni.

Comme peu de jours l’ont changé!

GIOVANNI, d Lélio.

Tu as désigné cet endroit pour une entrevue secrète, et tu le vois, j'y suis.

Léuo.

Merci, mon prince.

GIOVANNI

Oh! ne me remercie pas; sans l'insistance i étrange de Sara, je ne me serais jamais .approché de toi, que la religion condamne.

Léuo.

Vous me parles durement, mon prince.

GIOVA.NNI.

N'es-tu pas comédien ?

Léuo.

i II y a des comédiens, mon prince, qui font de leur art un noble et digne usage.

GIOVANNI

Et comment cela 7

léiio.

I Et parmi tous, il en est un, mon prince, qui à I travers cent réles, ou bouffons ou graves, ou ridicules, en joue un bien sérieux, bien long, bien I difficile ; vous ailes en juger.

I GIOVANNI

I Et que me fait à moi l'histoirelde ce maudit?...

I Parle-moi de ce qui me concerne.

LÉLIO

Nous y arriverons, mon prince.

GIOVANNI , impatienté.

Msis je suis inquiet, fatigué.

LÉLIO, lui approchant un eiége.

Asseyes-vous, mon prince, j’aurai bientét fini. GIOVANNI, t'atteyant.

I Voyons, parle vile.

LÉLIO

Cet homme, mon prince, parvenu à se soustraire à la mort, entreprit de se rendre déguisé, là, où devaient être dea hommes dont il voulait découvrir les projets ; oh ! pour y parvenir il se fût fait valet. Mais pendant que dans l’orgie ou la lète, j on devait tramer la perte de son prince légitime.

on refit forefi de rater à la porte, et ponr te mêler à l'orgie indiicréte, il <‘e<t fait le comédien, le bouffon, l’amuseur... et quand il eut surprit leurs secrets inllmes, toujours k l'aide de son vêtement menteur, il osa s'approcher de l'enfant de son maître mort ; et alors, mais plus forte que loi, la nature fit tomber le masque dont il voulait couvrir son visage, car il fallait, Giovanni, qu’il pût verser une larme.

GIOVAMNI.

Péris!

LéLio, avec épouvante.

Silence, enfant 1 ( ^vee calme. ) Noos touchons, mon prince, à la fin de l’hisloire du maudit. ciovÀitüi, avec ehaltur.

Achève-la.

Uuo.

Quand il fut près de l’enfant qu'il voulait sauver...

ciovaniti.

Que lui dit-!l T

Uuo.

Il lui dit ; Fils de Visconti le vainqueur, je ne te vois pas d'épée !

GIOVANNI, Interdit.

Le régent Galéas a défendu...

LéLIO.

Le régent Galéas, Gênes et Venise, qui ont tué ton courage, veulent maintenant t'arracher la vie, et je suit venu, mon enfant, pour te dire de te méfier de la nuit, de craindre le poison I GIOVANNI, s'emportant.

Mais je lutterai contre eux. Péris...

Léuo.

Oh ! ne m’appelle pas de ce nom !

GIOVANNI

Et pourquoi?

Léuo.

Si le tyran l'entendait...

GIOVANNI

Que ferait-ü7

Léuo.

Il découvrirait ma ruse et me ferait assassiner.

GIOVANNI

Je te défendrais, moi I

LÉLIO

Toil... Mais tu n'as pat d’épée I'

GIOVANNI

Oh ! malheur !... oh ! j'arracherais d’un trophée celle du vainqueur mon pèrel... Ahl l'on veut me tuer dans l'ombre! et je veux le grand jour, moi! Je suit li!t du duc Visconti, et je veux dès de- *main attaquer, combattre et commencer mon règne.

xèuo, glorieux.

A la bonne heure, enfant ; relève ton front qu'ils avaient abattu !... secoue ton énergie qu'ils avaient endormie ! C’est beau ! c’est grand ! c'est superbe! Mais c’est bien insensé, bien téméraire, et tu ne devines donc pas qu'au moindre signal de révolte Ils te feront assassiner en accusant le sort de 1a bataille?

GIOVANNI

Tu as raison. Mais que foire, mon Dieu? que dois-je faire?

Lèuo.

Dès ce jour, mon enfant, ne prends d’autres aliments que ceux qu’en secret tu demanderas à Sara ; éloigne-toi la nuit de ta couche ordinaire, mais cache bien ta terreur. Fais comme moi, Giovanni, sache mentir... Ton épée ne serait pas suffisante, et la^ruse peut t’ouvrir le chemin du combat... exagère aux yeux de tous ta docile insouciance en cherchant é deviner les projets du régent, en laissant secrètement ton éme rêver et concevoir, et dans l’ombre tu me diras, é moi seul, tes craintes et ton espoir.

GIOVANNI

Je ferai tout cela.

Léuo.

Et maintenant que j'ai pu t'approcher, t’instruire et te conseiller, enfant, il faut que je te quitte.

GIOVANNI

Quand te reverrai-je?

LÉLIO

Demain... tous les jours.

4 GIOVANNI

OÙ ? comment ?

Lèuo.

Dieu m'inspirera, puisqu’il a permis que Je pusse aujourd'hui préparer ta défense. {Bruit au daAors. ) Quel est ce bruit dans la chambre ducale ? sans doute mon absence en est cause ! Oh ! première et fatale imprudence !

GIOVANNI

Où vas-tu donc. Périt ?

lAuo, sa retoumant.

Péris! je ne connais pat cet homme, moi.

( S'affublant de son manteau qu’il vient de ramasser. ) Je me nomme Lélio, Lélio le capitan ! et c’est moi qu'on appelle!...

1! s’échappe par la droite.

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