SAKA
Et tu n'ts pu pénétrer jiuqu'à U chambre du duc?
PAMS.
]'y luii entré.
SARA
Et tu n'as pu ourrir la cassette?
PARIS
Je l’ai trourée brisée!
SARA
Brisée!... Et le testament?
PARIS
Volé!
SARA
Grand Dieu !
PARIS
Oh ! ne m'accuse pas, Sara ; si dès que nous avons appris 1a mort imprévue du due je ne me suis pas élancé sur la route de Monia pour m'emparer de cette cassette, c’est qu’il m’a fallu donner quelques larmes à l'ami qui n’était plus... c'est qu’il me semblait toujours , Sara , entrevoir snr son visage une étincelle de la vie prête à s’y ranimer; c’est que j’attendais, j’espérais... et tandis qu’insensé, j’interrogeais vainement et son coeur et son front refroidis, les sicaires de Galéas cherchaient au hasard et trouvaient ce testament dont la destruction nous sera si fatale !
SARA
Oh! je ne t’accuse pat. Périt... mais à quoi faut-il noos résoudre?... à quoi devons-nous nous attendre?
PARIS , te levant.
A l’exil, Sara, ainsi que tous les amis du due Jean, puisque la perte de ce testament va donner au prince Galéas la régence ; mais nous seuls, Sara, nous n’aurons pas seulement à craindre les tourmenta de l’exil, car nous laisserons le prince Giovanni, notre enfant secret, notre fils, notre.sang, entre les maint de son tuteur Galéas , qui a déjé songé sans doute que la mort seule de cet héritier pourrait prolonger ta puissance.
Oh I nous ne pouvons laisser Giovanni dans ce palais où sa mort semble écrite à l’avance ; il faut l’en arracher I
PARIS
Mais comment, Sara ?
SARA
En disant la vérité, la vérité!... que le duc lui-même eût révélée, sans cc malheur qui nous a frappés tout.
PARIS
Hais qui voudra nous croire, Sara?... les deux actes de naissance qui seuls pouvaient attester cette vérité, ne les avons-nous pat nous-même, remis, il y a quinie ans, au duc Visconti, qui depuis cette époque a dû prudemment les anéantir ? Crois-tu donc qu'il nous suffirait de dire que Giovanni est notre fils, pourqu’un peuple, qu’une armée consentissent à nous croire sur parole?... mais le prince Galéas lui-même nous accuserait de vouloir, par un mensonge, garantir jusqu’à ta majorité la vie du prince Giovanni, et chacun
nous dirait à la fois : Des preuves ! des preuves !... et nous n’en avons pas!... Non, Sara, nous ne pouvons qu’attendre et espérer.
SARA
Espérer I
PARIS
Oui, femme, espérer en Dieu, qui nous secourra peut-être, lui qui sait qu’en élevant ainsi Giovanni dans la vie, nous n’avons pas remplacé notre amour par une ambition vaniteuse... Dieu sait tout ce que nous avons souffert, et qu’enfin si ce n’eût été sa volonté souveraine, ce n’eût jamais été la ndtre... Mais tout n’est pas encore perdn, Sara : Galéas, détesté du peuple milanais et entouré d’ennemis au dehors, n’oserait attenter à cette heure aux jours de Giovanni, dont nous pourrons de loin, Sara, rêver la protection et la défense.
SARA
Je le pensais, Péris!
PARIS
Mais je ne veux pas que nous soyons exposés aux humiliations de Galéas, et nous allons partir cette nuit même.
SARA
Cette nuiti
PARIS
Il le faut ; prépare-toi, Sara, aux fatigues d’un hasardeux voyage ; mets ensemble le ciseau du sculpteur, la palette du peintre, la mandoline du bohémien, l’épée du soldat; ce sera notre bagage. Moi, je vais annoncer secrètement à Giovanni notre inévitable séparation... Mais ne pleure pas ainsi, Sara; ce n’est pas avec des pleurs que nous trouverons du courage, et nous en avons besoin, grand Dieu!... Regarde-moi, Sara, je suis calme, je me résigne ; mais tes pleurs vont tuer mon courage !
SARA , SS eontraignanl.
Je ne pleure plus. Péris.
PARIS
Jevais courageusement, .Sara, porter à Giovanni nos souhaits et nos adieux; je reviendrai bientét... Allons... du courage. (A part, en eortant.) Conduisei-moi. Seigneur, je ne vois plus mon chemin.
I! sort par la gauche.
SARA, pleurant.
Pauvre Giovanni! je mourrai loin de toi!...
O mon Dieu! je me courhe sous ta volonté, mais soutiens-moi. Seigneur, qui vois ma peine et ma faiblesse!
Sur une musique sourde à l'orrhestre. Sara va lentement
ramasser !c manteau de Pàris, qu'elle pose sur le lit do
repos. Flamedji entre rapidement par le fond.