‹ Paris (volume 5)Chapitre 9 sur 14 · DOLÉANCES · texte numérisé non relu

DOLÉANCES

De nous, soussignés, loueurs des carrosses déplaces et des carrosses de remises de la ville et fauxbourgs de Paris, contre les privilèges et vexations exercés à notre détriment, au préjudice de l'intérêt, de la liberté et de la commodité du public :

1° Par le sieur Pierre Perreau et compagnie, ayant le privilège exclusif des carrosses de place et celui des voitures et messageries des environs de Paris ;

2° Par la Compagnie ayant le privilège exclusif des voitures publiques pour le service de Paris à la cour ;

o° Par la Compagnie ayant le privilège exclusif des diligences et messageries du royaume;

4° Par 1rs Maîtres-postes, s'altribuant aussi un privilège exclusif;

f)° Enfin, par le privilège exclusif du Bureau de la Fosse vétérinaire.

A travers tant de privilèges exclusifs qui s'enfre-choquent et se nuisent mutuellement, il est impossible que nous servions le public d'une minière utile pour nous et agréable pour lui.

Notre existence est vendue aux privilégiés ; ils nous soumettent à des contributions excessives; sans cesse ils nous prennent

en contravention; la fraude ne se présume point, et toujours la présomption de fraude est contre nous. Semblables au Péiîiient de la fable, partout on crie haro sur nous; à tort ou à raison, nous sommes par provision condamnés, saisis et ruinés, sans être entendus ni défendus ; nous n'avons ni le temps ni le moyen de nous défendre.

Les privilèges exclusifs sont la cause de notre infortune ; et notre infortune fait que le public, quoique en payant beaucoup, est très-mal servi.

Pour comble de malheur, les plaintes du public frappent sur nous, sans faire attention aux causes du mauvais état de nos cochers, de nos chevaux et de nos voitures. L'on traite comme vices les effets de notre misère; Ton regarde comme cris de l'insolence nos gémissemens et les élans de noire désespoir.

Quel sort est le nôtre ! de quelque côté que nous nous tournions, nous sommes les victimes et de ceux que nous payons pour, avoir le droit de travailler, et de ceux qui nous payent pour les servir.

Nous allons donner un aperçu des abus et vexations qui résultent de chaque privilège exclusif.

§ 1. — Doléances contre le privilège du sieur Perreau ou représentai.

Avant 1779, chaque carrosse de place payait au propriétaire du privilège, à raison de 21 sols par jour, 585 livres 5 sols par an. Il y avait alors au moins neuf cens fiacres, qui produisaient un revenu de 544,925 liv.

Chaque carrosse de remise payait 45 livres 10 sols par an. Il y en avait au moins huit cens, qui produisaient 36,400

Ainsi, nous achetions alors la faculté de travailler 581,325

Il était prélevé sur cette somme pour l'hôpital. 10,000

Il restait, pour le revenu annuel du privilège. . 571,525

Le sieur Perreau, sous prétexte que le service ne se faisait pas bien, et promettant de le faire mieux, sollicita et obtint en 1779, par lettres-patentes enregistrées au parlement, le privilège exclusif des carrosses de place et celui des voitures et messageries des environs de Paris, pour le terme de trente années, moyennant 5 millons 500 mille livres, remboursables à l'expiration du privilège, et à la cbarge de payer à l'hôpital 15,000 livres, au lieu de 10,000 dont était tenu son prédécesseur. Notre misère devant augmenter par ce traité, il était naturel d'augmenter aussi le droit de l'hôpital à raison de la part que nous y prenons.

Le bénéfice de l'entreprise du sieur Perreau était infaillible; il était assuré de notre abonnement annuel de. . . 581,525 liv.

L'intérêt de ses fonds et le droit de l'hôpital ne montant ensemble qu'à 290,000

Il lui restait déjà un profit annuel de 91,325

et en outre ses bénéfices sur les voitures et messageries des environs de Paris, que nous ne tirons ici que pour mémoire.

Mais le sieur Perreau, pour rendre sa spéculation plus avantageuse, feignit d'entreprendre seul le service des carrosses de place; il en fit faire même un grand nombre dans un nouveau goût.

Son projet ne tendait à rien moins qu'à nous ruiner. Car, que faire de nos chevaux et de nos voitures, lorsque la faculté de travailler nous était enlevée? Les vendre? Mais qui est-ce qui aurait voulu acheter des équipages de fiacre? En tous cas, nous étions réduits à être sans état.

C'était à cette extrémité que le sieur Perreau voulait nous amener pour nous soumettre à sa discrétion. C'est ce qui est arrivé.

Le sieur Perreau, en conservant toujours le droit d'employer ses carrosses particuliers, nous vendit le droit de faire usage des nôtres, pour le temps de neuf années, par traités passés devant notaires, à la charge par nous de lui payer par jour 25 sols pendant la première année, 30 sols pendant la deuxième, 35 sols pendant la troisième, 40 sols pendant la quatrième et les suivantes. Ainsi, nous payons actuellement, pour chaque carrosse de

place, à raison de 40 sols par jour, 730 livres par an. Il y a environ mille carrosses de place, dont les abonnemens produisent sept cent trente mille livres, ci 730,000 liv.

Ce n'est pas tout : le sieur Perreau, par ses lettres-patentes, a obtenu le droit d'imposer chaque carrosse de remise à 6 sols par jour, ce qui fait 109 livres 10 sols par an. Il y a au moins huit cens carrosses qui payent ce tribut, et qui conséquemment lui rapportent 87,600

Ainsi, nos contributions annuelles montent au moins à 817,000

Ce n'est pas tout encore : le sieur Perreau ou ses représentais ont fait établir un grand nombre de carrosses, appelés anglois. C'est un nouveau privilège exclusif qu'il s'attribue; car il ne nous est pas permis d'en posséder de semblables.

Que fait-il de ses carrosses anglois? Il les loue 6 livres par jour à ceux d'entre nous qui ont des chevaux, et qui n'ont pas le moyen de rétablir leurs voitures ou d'en acheter de nouvelles.

Que résulte-t-il de ces locations? La ruine infaillible de ceux qui y ont recours : 6 livres par jour produisent par an 2,190 livres.

Est-il possible qu'un cocher de place puisse vivre et entretenir ses chevaux en prélevant cette somme sur ses salaires?

Qu'on ajoute enfin à ces revenus les bénéfices que le sieur Perreau retire des voitures et messageries des environs de Paris, et l'on jugera à quel intérêt il a placé le prix de son privilège. La fortune du sieur Perreau et de ses représentans est faite aux dépens de notre existence. Les tributs excessifs qu'ils lèvent sur nous, et qui ne nous dispensent pas de contribuer aux charges de l'État, ont opéré depuis 1779 la ruine de plus de trois cens pères de famille, dont les femmes et les enfans sont réduits à la mendicité.

Néanmoins, le service public ne roule que sur nous. Nous en .ommes les acteurs; le sieur Perreau et ses représentans n'en sont que les spectateurs. Nous le demandons, est-il possible que

nous puissions contenter le public tant que ce privilège subsistera?

§ 2. — Doléances contre le privilège des voitures de la cour.

Le privilège exclusif d'avoir des voitures publiques qui conduisent de Paris à Versailles, et dans tous les endroits où réside la cour, a été accordé, moyennant un fermage annuel de douze mille livres payables à la recette du domaine de Versailles.

Au moyen de cette somme, le fermier a le droit de nous empêcher d'aller partout où la cour réside, sous peine de confiscation de nos voitures et de 1,500 livres d'amende.

Ce privilège, tout gênant et tout odieux qu'il puisse être, serait encore supportable, si les fermiers ne lui avaient pas donné une extension désastreuse.

Nous allons rapporter quelques exemples de vexations.

1° Quand le privilégié prévoit qu'il n'est point en état de faire seul son service, il envoie sur les places publiques des officiers de police qui, sans examiner si nos chevaux sont en état ou non d'aller à Versailles, et sans égard pour le service de Paris, forcent nos cochers de se rendre dans la cour du Bureau.

Là, nos voitures attendent quelquefois trois ou quatre heures. Si le privilégié peut s'en passer, il les renvoie sans aucune indemnité, car il fait toujours partir les siennes de préférence. S'il les emploie, voici son compte à notre égard : il reçoit des voyageurs, tant pour aller que pour revenir, 28 livres par chaque voiture de quatre places; il ne nous en rend que la moitié. Conséquemment, il gagne à nos dépens 14 livres par voyage.

Il arrive souvent que le privilégié emploie de celte manière trois cens de nos voitures. Ainsi, chaque jour de presse, nous lui procurons environ 4,200 livres de bénéfice.

Si, par hasard^ nous revenons à vuide, il ne gagne sur nous que 40 sols, et il ne nous paye que 12 livres pour avoir exposé nos chevaux à une course excessive et quelquefois mortelle. Enfin,

s'il prévoit avoir besoin de nous pour le lendemain, il nous force de passer la nuit à Versailles ; et, dans le dernier cas, il ne nous paye souvent que 6 livres pour notre retour à Paris.

2° Pour notre propre compte, la liberté d'aller à Versailles, à Saint-Germain, Marly, etc., nous est interdite; il fautaclieter la permission moyennant 6 livres par ebaque voiture.

Nous allions autrefois librement à Saint-Cloud; à présent il faut une permission qui coûte 3 livres, excepté les fêtes et dimanches, qui sont restés francs.

Toutes les fois qu'il y a à la cour des cérémonies qui attirent la curiosité, il part de Paris plus de cent de nos voitures, munies de la permission ; et chacun de ces jours de presse procure encore au privilégié un bénéfice de plus de 600 livres.

Durant la tenue des états généraux, combien de nos voitures, s'il n'y a ordre contraire, seront employées au profit du privilégié ! Combien de permissions il faudra lui payer!

5° Il existe une infinité de cas où, malgré l'intention de nous conformer au règlement du privilège, nous sommes pris en conavention. Voici quelques exemples :

Nous aurons pris la permission démener une compagnie à Versailles ; cette compagnie veut ensuite voir Saint-Germain ou Marly, elle oblige le cocher de revenir par là. Les commis ambulants qui rôdent partout, ne manquent pas d'arrêter la voiture, nonobstant la nermission, parce que cette permission n'est que pour Versailles, et non point pour la route de Saint-Germain. La confiscation s'en suit, nous sommes condamnés à une amende de l,5001iv. ou aune moindre somme, si tous nos moyens ne peuvent y atteindre.

Autre cas : nous aurons loué une voiture pour aller dans une maison decampagne aux environs de Versailles ou de Saint-Cloud, ou autres endroits prohibés ; il vient aux voyageurs l'envie de faire une apparution dans ces endroits prohibés; nos cochers, nos postillons se prêtent à leur fantaisie, par l'appât d'une récompense, et quelquefois ils y sont forcés par les menaces ; qu'est-ce qui s'en suit le plus souvent? la confiscation et l'amende.

Enfin, le privilégié ne se contente pas d'arrêter nos voitures à l'entrée, ou dans l'enceinte des endroits prohibés, il suffit qu'il les rencontre sur les routes qui y conduisent ; ses commis nous arrêtent partout où ils nous trouvent, la nuitcomme le jour, sans égards pour les voyageurs, qui quelquefois dorment et se réveillent épouvantés par la voix impérieuse qui crie d'arrêter : on a vu en pareil cas des femmes prendre les commis ambulants pour des voleurs, et se trouver mal de frayeur.

A défaut de permission, il faut entrer en explication, déclarer où l'on va et d'où Ton vient. Les commis interprètent les déclarations à leur gré, et le sort de nos voitures dépend de leurs soupçons ou de leur crédulité. Leur certificat fait la loi.

Il est inutile de citer d'autres exemples de gênes et de vexations; l'expérience publique y suppléera.

§ 3 — Dol ances contre le privilège des diigences et messageries du royaume.

Ce privilège exclusif est affermé 1,100,000 livres par an. Mais si Ton en croit la voix publique, ce fermage n'a jamais été bien payé, et il en a souvent coûté des sommes considérables au roi pour soutenir cet établissement; car telle est la ressource du privilégié. S'il gagne beaucoup, il se tait; s'il perd, il parle, i! se plaint, et il obtient da indemnités, ou des extensions de droits.

En tous cas, les abus qui résultent de l'administration de ce privilège sont innombrables. Nous invoquons à cet égard les témoignages du public, et nous ne nous plaindront ici que des vexations qu'on nous fait éprouver sans motifs ni raisons.

Il y a une infinité de circonstances où les voyageurs ne peuvent se servir des diligences, et qu'ils sont obligés d'avoir recours à nos voitures.

1° Lorsque les voyageurs veulent partir à des jours nommés, qui ne sont pas ceux du départ des diligences ;

2° Lorsqu'ils ne trouvent point de place dans les diligences, ce

qui arrive souvent, quand on n'a pas la précaution de les reteniï longtemps d'avance ;

5° Quand ils veulent se rendre dans les endroits par où les diligences ne passent point ;

4° Quand ils veulent avoir une voiture à leur commandement pour aller et pour revenir.

EU bien, dans tous ces cas et autres semblables, nous sommes obligés d'acheter une permission qui coûte 5 sous par lieue pour chaque personne. Par exemple, si une compagnie de quatre personnes veut aller à quinze lieues de Paris, il faut payer 30 livres au bureau, tant pour aller que pour revenir. S'il y a des domestiques, ils payent à proportion. A défaut de cette permission, ou faute de s'y conformer ponctuellement, nos voitures sont confisquées si les commis ambulants les rencontrent, et nous sommes condamnés à l'amende.

Que le privilégié jouisse du droit exclusif de mener les voyageurs dans les villes pour lesquelles ses diligences et messageries sont destinées, c'est ce qui lui est. affermé : mais qu'il ôte aux voyageurs la liberté de voyager par d'autres moyens, lorsqu'ils ne peuvent avoir de place dans les diligences, ou lorsqu'ils vont dans des endroits où les diligences ne conduisent point, c'est une extension de privilège vexatoire pour le public et désastreuse pour nous. Les chemins appartiennent à tout le monde. Le roi ne peut et n'entend point en priver ses sujets ; s'il a établi des bureaux de diligences, c'est pour la commodité du public, et non point pour le réduire aune gêne qui ressemble à la servitude.

§ 4. — Doléances contre les maîtres de poste,

Les maîtres de postes s'imaginent aussi, comme les autres privilégiés, que lesgrands chemins leur appartiennent exclusivement. A nous, ils s'arrogent le droit de saisir nos chevaux, lorsqu'ils les rencontrent à des relais. Des voyageurs trouvent qu'il leur est plus commode de se servir de nos chevaux que de ceux de la poste.

D'autres veulent éviter les postes royales, soit à leur départ de Paris, soit à leur retour.

D'autres enfin craignent de ne pas trouver à la poste des chevaux prêts à partir, comme il arrive assez souvent.

Dans ces cas on s'adresse à nous pour mener ou ramener les chaises; nous louons des chevaux qu'on appelle des enragés, parce qu'on ne les ménage point, et qu'ils font de longues courses sans arrêter.

Par exemple, nous aurons envoyé un postillon et des chevaux à votre rencontre à Ponchartrain, à Lonjumcau ou aulres lieux semblables, notre postillon se rend à une auberge pour rafraîchir et vous attendre, votre chaise arrive ; le maître de poste vous déclare qu'il a le droit exclusif de vous mener, qu'il a fait saisir vos chevaux de louage ; enfin, il vous force d'accepter son service qu'il vous fait payer.

Que deviennent nos chevaux? Ils restent en fourrière jusqu'à ce qu'il plaise à M. l'intendant, à qui il faut présenter requête, de nous en accorder par provision la délivrance, à la charge par nous de payer les frais de fourrière, et de supporter la perte du temps.

§ 5. — Doléances contre les bureaux vétérinaires.

La mortalité des chevaux est en raison de leurs iatigues et de leurs traitements. Notre état est pour eux une épizootie continuelle. Les dangers et les mauvais temps sont leur partage. Il faut que nous forcions nature pour subvenir aux besoins et aux vexalions qui nous accablent. Aussi périt-il à notre service au moins trois mille chevaux par an. C'est une des causes de leur rareté et de leur cherté.

Autrefois leur dépouille nous appartenait; nous la vendions depuis 6 livres jusqu'à 36, à raison de leur embonpoint; à présent ils cessent d'être à nous aussitôt qu'ils sont morts ou mis au rebut.

Pour éviter les inconvénients delà voirie, et pour cause de pro-

prêté et de salubrité, on a formé un établissement privilégié, connu sous le nom de bureau de la fosse vétérinaire. Aussitôt qu'un cheval est mort, il faut avertir le bureau, qui l'envoie chercher. Six charrettes sont continuellement occupées à ces enlèvements. Chaque cheval produit communément environ 30 livres nu privilégié ; car il sait mettre à profit toutes les parties qui le composent.

Nous sommes bien éloignés de blâmer cet établissement, mais nous nous plaignons de ce que l'on s'empare de notre bien sans le payer, d'une marchandise que nous vendions avant la formation de ce bureau.

Pour concilier l'équité avec l'industrie, ne serait-il pas convenable de fixer le prix de chaque cheval à 15 livres, ce qui fait à peu près la moitié du bénéfice que le privilégié retire de la dépouille?

Si nous perdons annuellement environ trois mille chevaux, ce serait une indemnité de 45,000 livres à répartir entre nous, et cette somme serait de conséquence pour nous qui n'avons pas le moyen de faire aucun sacriiiee.

§ 6. — Souhaits.

Lorsque le gouvernement accorde un privilège exclusif, son intention n'est pas seulement de favoriser celui qui l'obtient; mais le but principal est d'encourager un établissement formé pour l'u-. tilité publique.

Si l'entrepreneur ne fait de son privilège qu'une spéculation financière, s'il n'en use que dans son intérêt personnel, et si au lieu de procurer au public des facilités et de l'agrément, il gêne sa liberté par des entraves et des monopoles, alors le but du privilège exclusif est manqué; il faut en souhaiter la révocation. En conséquence nous allons faire, et le public fera sans doute avec nous, les souhaits suivants:

1° Nous souhaitons que le sieur Perreau, ou ses représentans, cesse d'avoir le privilège exclusif des carrosses de places, ainsi que

celui des voitures et messageries des environs de Paris ; attendu qu'il ne pratique point le premier par lui-même, et qu'il nous met à contribution pour l'exercer à son défaut, et attendu que le second est gênant et abusif; sauf à lui de concourir avec nous et avec tous autres, à servir le public dans ces deux exercices.

2° Les abus et vexations qui résultent du privilège exclusif des voitures de la Cour, sont trop sensibles pour n'en pas solliciter la révocation. Nous souhaitons de faire, concurremment avec l'entrepreneur et tous autres, le service de Versailles et des autres endroits où la Cour résidera. A l'effet de quoi nous aurons toujours sur les places et sous nos remises, des voitures prêtes à partir, et à même de garnir en tous temps de voitures suffisantes, une place spécialement désignée; telle que la place de Louis XV, où l'on pourrait construire des hangars pour mettre à couvert les carrosses qui attendront les voyageurs.

3° Si l'on conserve le privilège exclusif des diligences et messageries du royaume, nous souhaitons qu'il soit limité aux villes pour lesquelles il est destiné, c'est-à-dire, que chaque diligence n'ait de droit exclusif que pour la ville dont elle porte le nom et pour laquelle elle a été établie, par exemple, la diligence de Chartres aura le droit exclusif de faire le service de Chartres ; mais nous désirons avoir la liberté d'aller en deçà, au delà et à côté de la ville de Chartres, sans payer la permission et sans êlre exposés à des saisies ; ainsi des autres routes et des autres villes pour lesquelles il y a des diligences.

Nous faisons ce souhait pour l'honneur même de l'humanité ; car, dans l'état actuel des choses, l'empire de ce privilège est si général et si absolu, que les cochers et voituriers ne peuvent rendre service aux pauvres voyageurs; ils ne peuvent ramasser sur la route un malade, ni se charger de son paquet, sans s'exposer à la poursuite du privilégié.

4° Nous désirons avoir la liberté, toutes les fois que nous en serons requis, de conduire et ramener les chaises et autres voitures, sans que les maîtres de postes puissent saisir nos chevaux et

sans qu'ils puissent forcer les voyageurs à se servir de leurs chevaux de poste, plutôt que des nôtres.

5° Enfin nous souhaitons d'avoir la libre disposition de la dépouille de nos chevaux morts, à la charge par nous de les faire transporter aux fosses vétérinaires, de manière qu'il ne puisse en résulter aucun inconvénient ; si mieux n'aime le Bureau privilégié nous les payer à un prix convenahlc qui sera fixé.

§ 7. — Proposition.

Si nos souhaits sont accomplis, il s'établira au moins deux mille carrosses de place, deux mille carrosses de remise et cinq cens cabriolets publics. La liberté et la concurrence exciteront à l'émulation. Or, nous offrons de payer annuellement, par forme décapitation, 200 livres pour chaque carrosse de place, ensemble quatre cens mille livres, ci 400,000 liv.

100 livres pour chaque carrosse de remise, ensemble 200,000

50 livres pour chaque cabriolet public, ensemble : 25,000

Notre tribut annuel sera donc d'environ. . . . 625,000

Avec ce nombre de voitures publiques il sera aisé de pourvoir tant au service de la Cour qu'à celui de Paris et des environs, à plus de vingt lieues à la ronde. Et avec ce revenu, il y aura moyen d'indemniser les possesseurs des privilèges exclusifs.

Dans la position actuelle, nous payons, tant à titre d'abonnement qu'à titre de permissions et vexations, au moins quinze cent mille livres.

Dans l'état désiré, nous payerons environ neuf cent mille livres de moins; cette différence fera notre profit, et ce profit nous tirera de l'état de mi-ère dans lequel nous languissons.

Nous nous soumettrons, pour le bon ordre, aux loix de la police; nous nous conformerons aux règlemens et tarifs que le gouvernement adoptera.

On pourrait faire un livret en forme d'almanach, qui contiendrait : l°les règlemens; 2° nos noms et demeures, avec le nombre de voitures que chacun de nous posséderait; 5° le tarif général, tant pour la Cour que pour Paris et les environs, à vingt lieues à la ronde, le tout par ordre alphabétique. Le public connaissant ainsi le prix de nos salaires, ne serait plus dans le cas de marchander, ni d'être rançonné.

Public, dont nous sommes les serviteurs, daignez nous prendre sous votre protection; délivrez-nous de la tyrannie des privilèges exclusifs ; faites-nous participer à la régénération du royaume, à cette liberté si désirée, dont nous n'abuserons point!

Notre cause est la voire ; nous vous appartenons. Nous sommes vos cochers et vos postillons. Nos chevaux et nos voitures sont les vôtres ; procurez-nous les moyens de les entretenir ; adoptez nos doléances et nos souhaits; insérez-les dans vos cahiers; faites-les valoir auprès du roi et des états généraux; enfin, mettez-nous à portée de vivre, et nous serons en état de vous bien servir.

Puisse notre exemple servir à convaincre de l'abus désastreux des privilèges exclusifs! Heureux si nous sommes parvenus à démontrer le nécessité de les abolir, ou tout au moins de les restreindre! Et plût à Dieu que nos doléances contribuassent à faire établir ce principe salutaire qu'il serait plus humain, et quelquefois moins coûteux, de prévenir les effets de la misère, que de multiplier les hôpitaux et les prisons pour loger ses victimes!

Signé : Briguet, Wasse, Couper, Lelong, Courteille, Lemaitre, Ducrot, Mansiot, Petite, Langneur, Guerbe, Lebas, Marie, Godart, Pioussey, Denuelle, Traizet, Mercier, Marquet, Esprit, Bobbe, Chevallier, Pépin, Mamy, Marsalle, Chauvereche, Durand, Perier, Beauvallet, Vautier, Blanchet, Fleury, Delperon, Durand, IIariet, Mane, Dondaine, Blanchet, Marais, Cramier, Durandy, Palin, Berrurier, Richard, Bandlet, Legras, Godar, Fleucheraux.

Le général Fleury a adressé à tous les préfets de l'empire la circulaire suivante, dans le but tout militaire de faire multiplier les chevaux hongres sur nos marchés :

Paris, 1er août 1868.

« Monsieur le préfet, dans une note qu'elle vient de m'adresser, la Compagnie générale des omnibus, rendant compte des expériences qu'elle poursuit depuis cinq ans sur l'emploi comparatif du cheval entier et du cheval hongre, me fait savoir qu'en présence des résultats acquis, son intention, à partir de 1870 au plus tard, est d'acheter de préférence des chevaux castrés.

« Je me félicite d'aulant plus de cette mesure, qu'elle ne fait que consacrer des idées que j'ai constamment préconisées, et qu'elle a d'ailleurs été obtenue uniquement par l'observation attentive et raisonnée des faits. Les chevaux entiers sont d'un prix plus élevé; ils coûtent plus cher à nourrir, sont dangereux à l'homme et distraits dans leur service, sans être plus énergiques que les hongres, lorsqu'il ne s'agit pas de lourds transports. Ajoutons que, malgré tout le soin avec lequel ils sont choisis, ces mêmes chevaux, une fois leur temps de service fini, deviennent le plus souvent des reproducteurs nuisibles à l'amélioration.

« La castration, au contraire, offre ce précieux avantage de moins spécialiser le cheval dans son emploi, de le rendre apte à des services divers, de faciliter sa vente, et, par conséquent, d'augmenter son débouché et sa valeur commerciale.

« En aidant, par son exemple, à faire ressortir cette vérité, la Compagnie générale des omnibus a donc rendu un grand service à notre production indigène. 11 appartient maintenant aux éle-

veurs, les premiers intéressés, de savoir tirer parti de la situation, et, suivant la loi économique de l'offre et de la demande, de mettre leur industrie au niveau des besoins d'une consommation plus active. Ce n'est pas seulement, en effet, la Compagnie des omnibus qui viendra chercher chez eux les 1,500 chevaux qui lui sont moyennement nécessaires, chaque année, pour la remonte de sa cavalerie forte de 9,500 tètes; le petit luxe, généralement habitué jusqu'ici à s'approvisionner en produits allemands, s'y rendra aussi, du jour où il aura la certitude d'y rencontrer ce qu'il lui faut.

« Enfin, c'est là un point qui, dans un pays militaire comme la France, ne saurait être négligé ; la multiplication des chevaux hongres sur nos marchés aurait l'avantage de fournir à l'armée, à un moment donné, des ressources pour l'artillerie, le train des équipages, voire même la grosse cavalerie. L'Angleterre, où tous les chevaux de service, sans distinction, sont castrés, nous offre, à cet égard, un exemple bon à suivre : du jour au lendemain, l'on pourait, en dételant les voitures, y remonter des régiments entiers.

« Comme vous le voyez, monsieur le préfet, la question de castration, aux différents points de vue sous lesquels on l'envisage, a une importance sérieuse, et c'est pourquoi je vous serais obligé d'assurer à la présente circulaire la plus grande publicité possible en la faisant insérer, en totalité ou en partie, dans les journaux de votre département et dans le recueil des actes administratifs ; vous voudriez bien aussi ne laisser échapper aucune occasion d'engager les éleveurs, par vos conseils, à entrer résolument dans la nouvelle voie qui leur est indiquée.

« Agréez, etc.

« Le grand écuyer, « Fleury. »

Incendie du Petit-Pont.

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