MONTANT A 60,000 FRANCS
L*accuséc est une femme d*une cinquantaine d'années. Si elle nu pas d'antécédents judiciaires, du moins sa conduite passée est loin d*étre honorable au point de vue des mœurs. Séparée de son mari, elle est obligée d'avouer qu'elle a eu de nombreux amants.
Quant à la plaignante, elle a trente-six ans. Mariée à un important négociant de chiffons, elle croyait à l'infidélité de son mari.
Voici comment elle raconte les moyens employés par elle pour ramener à ses devoirs son époux.
Elle dépose ainsi, après avoir déclaré s'appeler madame P. aîné :
Une femme de journée que j'avais accoucha, et elle prétendit partout que le père de son enfant était mon mari ; cela m'aflligea beaucoup. J'avais fait la connaissance de la femme Aurausan, qui passait pour avoir une moralité déplorable ; elle vint presque tous les jours chez moi.
Au bout d'un certain temps, je lui racontai mes chagrins; elle me dit de ne pas quitter mon mari, qu'il n'y avait qu'un temps
544 PIÈCES JISTIFICATIYES.
pour ceb. EI1« me déclara que c'était une sorcière qui avait vendu rime de moo nuri; die me proposa de raclieler celle âme moîenoant l.(M)Ofr., me disant quelle allait nclicter du drap rooie pour le porter au diable. Ma mère me préUi les i ,000 fr, lui apnt dit que j'avais perdu un billet de banque, et que c ébit pour que mon mari ne s*aperçât de rien que je lui faisais cet emprunt.
La femme Aonusan me Jit un jour : c Lorsque je porte de Targenl au dténxMi, il est toujours en blouse ; il a les pieds fourchus et les mains en feu. •
Il y a deux aus, elle Tint me cherclier 40 fr. pour aciieler un bouc, et elle chercha à me faire comprendre que ce bouc élail une pauTre fille, ainsi enchainëe pour sept ans, ci qu*en raclietant elle délivrerait cette malheureuse, qui aurait de la reconnaissance pour elle.
Un jour, elle me dit que les gâteaux et les bouquets peur la fête de mon mari étaient empoisonnés; le soir, elle vint faire des prières pour extraire le poison.
Pendant la construction de la rue du Peuguc, elle disait qu*on voulait nous enlever. Nous entendîmes du bruit pendant une nuit; je lui donnai 6 fr. tous les soirs pour em[»écher que mon sommeil fût troublé.
Un de mes enfants tomba malade ; la femme Âurausan me dit que .Marc, qui était un d mon caché sous la forme d*un chat noir, lui avait recommandé, {our le salut de mes enfants, de faire des neu vaines. Je lui répondis d'aller en faire â Saint-Forl-Sainte- Gerroaine ; je lui donnai Targent nécessaire ; je lui en donnai aussi pour acheter des chandelles el les faire brûler. On devait en brûler douze, et la treizième était marquée par moi de treize coups d'ongle. D'après elle, ces treize coups devaient faire beaucoup souffrir le démon. Elle me faisait |iayer chaque chandelle 5 fr.
J'agissais ainsi parce que je voulais délivrer mes enfants du démon. L'un d'eux, d'après ce ({u'elle disait, avait dcb griffes an
lieu d*ongles, avec des coups de lance au cou ; c'est elle qui lui aTait donne des coups de lance ; elle frottait les cicatrices avec de l'onguent qu'elle fiiisait payer 30 fr. Elle disait qu'il y avait 10 fr. pour le démon, nommé c Coup de Lance », et 10 fr. pour la maison qui avait fourni l'onguent. Elle disait qu'elle cndurai|t beaucoup de tortures pour ma famille et | our moi. Elle montrait sa chemise,' qui était très-sale , et me disait qu'elle avait porté le démon a Tcndroit où un de mes enfants avait été nourri.
Un jour, elle me montra son épaule, et j'y ai vu deux énormes IKiltes rouges. Elle faisait de la magie chez moi et proQtait de l'absence de mon mari pour donner ses représentations. Un jour je reçus un fort coup de poing sans voir personne.
Je prenais de l'argent à la caisse de mon mari, à son insu. La femme Anrausan me disait de ne pas parler de cela à mon mari parce que, autrement, j'aurais été immédiatement couverte d'une |)eau de béte. Elle avait au doigt une bague pour appeler les esprits, et une autre sur laquelle étaient ces mots : a Dieu garde, » qui avait pour effet de la délivrer lorsqu'elle luttait avec les esprits.
Au commencement de la république, le démon Marc l'a emportée dans les airs. Ils sont allés à Paris. Marc a enfoncé la porte des Tuileries. Ensuite, revenue à Bordeaux, elle nous a apporté les deux premières médailles de la république (]u*on ait vues à Bordeaux.
Pendant un an, je remis à cette femme, deux fois par semaine, mercredi et samedi, 85 fr., soit 170 fr. par semaine Pendant quatre ans, deux fois par semaine, mercredi et samedi, 65 fr. foit 150 fr. Plus 2 fr. par jour pour ciergçs, pendant cinq ans ; 28 fr. chaque dimanche, jusqu'au 50 avril 1871 . Total, 60,000 fr. environ.
Après cette déposition, sont entendus plusieurs témoins qui parlent de l'extrême misère de la femme Aurausan avant d'avoir fait Li connaissance de la dame P., son opulence après qu'elle tv. 55
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