SECONDE VERSION
L'Impératrice était à Compiègne ; elle avait envie de faire peindre un boudoir avec un plafond orné de fleurs et d'oiseaux, elle désirait que la décoration en fût faite par P...; ce dernier avait été pressenti , mais avait refusé en disant, à l'envoyé :
— M .... y aura pas moyen de fumer sa pipe ! Sa réponse fut rapportée à l'Impératrice , qui
renvoya un chambellan dire àP... qu'il pourrait fumer tant qu'il voudrait ; P... se décida ; un jour, il était sur son échelle, en train de chanter la fameuse scie : Ils étaient quatre qui voulaient se battre^ tout en peignant le plafond, lorsque l'Impératrice fit son entrée, accompagnée d'une de ses dames d'honneur, Madame de la Poëze. P... descendit et l'Impératrice le pria de venir lui donner son avis sur des fleurs qu'elle avait peintes.
Quand P... fut devant la toile, il dit à l'Impératrice:
— Ça des fleurs, c'est que j'pètel
PAKlS-l'ALKT'Ii:
I/aiiccdote courut aussitôt le l\ilais, rinipcratricc la racontait en riant , à la rcception du soir.
— Oh ! Majesté, dit Madame de la Poëzc, vous oubliez quelque chose ; quand le peintre vous a dit : « Ça des ileurs c'est que j'pète, » il a joint le geste à la parole.
Quelle que soit la vraie de ces deux versions^ rimpe'ratrice fut à jamais de'goute'e de la peinture et des peintres !
Les rapins, les derniers, des Beaux-Arts, font quelquefois des sorties, jamais dans le même ordre^ ni pour les mêmes motifs, mais c'est toujours pre'texte pour s'amuser.
Leurs costumes varient suivant les e'venements, leur dernière promenade fut une protestation contre le boulangisme.
Au nombre de trois cents environ, ils sortirent des ateliers de l'école des Beaux-Arts , vêtus de longues blouses blanches et coiffés de chapeaux de forme diverses, ils avaient formé une sorte de pavois avec deux planches à dessin, et là-dessus, ils avaient hissé un des leurs, qui , avec sa barbe ressemblait au brav' général Boulanger. Un bicorne à plumes blanches complétait la ressem-
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blance. Autour du pseudo-général les rapins formaient le cortège d^honneur, puis le monôme se déroula deux heures durant dans tout le quartier en chantant la scie à la mode : Boulange ! Boulange i
C'est bien inoffensif!
Dans les ateliers, il existe des légendes; elles sont transmises par la tradition amplifiée , selon la nature du conteur : les unes sont comiques, les autres mélancoliques, d'autres sont tellement roides qu'il est impossible même de les mentionner. Deux des plus curieuses sont : la légende de Jean Belin et la légende de saint Jérôme.
Légende de Jean Belin, auteur d'un tableau de 75 pieds de haut, sur 18 pouces de large, représentant la décollation de saint Jean-Baptiste.