SCENE II
M, PRUDHOMME^ entrant avec une valise, chapeau sur la tête.
Madame Benoiton n'est pas exacte. Elle n'est... pas.. . exacte ! EUéme dit que c'est pour le 1 7, et nous voici au i5 du mois suivant. C'est fort désagréable! On ne commet pas de ces bévues-là. Je suis las de cette attente et vais regagner mes pénates. Tenez, cela me rappelle la naissance d'Isidore. C'était en iS3o, en novembre, il faisait un temps superbe, je
me promenais avec madame Prudhomme dans les Tuileries... — Vous ne connaissez sans doute pas madame Prudhomme? C'était une petite blonde qui portait des anglaises et qui était fort jolie. L'an* née de mon mariage^ 1822^ elle faisait fureur aux bals de l'Hôtel de Ville; le duc d'Orléans, qui depuis... mais alors il était duc d'Orléans, daigna plus d'une fois s'entretenir avec elle, il n'était pas fier et bien lui en prit I — Bref, je vous dirai qu'au mois de novembre i83o je me promenais avec madame Prudhomme dans les Tuileries, — le roi, — Louis-Philippe, jadis duc d'Orléans, la reconnut. — 11 nous aborda : tenez, je le vois encore, il avait une redingote marron et un parapluie vert. — Il nous aborda, dis-je, et baisant la main de madame Prudhomme, il lui dit : — ces paroles sont encore gravées dans ma mémoire comme elles le sont dans mon cœur... — Madame, dit-il, moi qui fais tout pour mon peuple, n'aurais-je donc jamais l'occasion de rien faire pour vous ? Ma femme se troublait, je pris la parole : — Sire, lui dis-je, la famille. Prudhomme vous est dévouée corpis et biens! Un mot, un seul, et nous tombons à vos pieds pour défendre la Charte et repousser vos ennemis. — Le roi daigna sourire : Je sais, dit-il, que je puis compter sur la famille Prudhomme, aussi je lui veux du bien... avez-vous des enfants? — Madame Prudhomme rougit... — Ah! voilà qui est mal, monsieur Prudhomme, ajouta-t-il en se tournant vers
Le petit-fils de M. Prudhomme 5 7
moi; l'Etat a besoin de citoyens, songez-y ! — Oui, Sire. — Et le roi s'éloigna... Un an après, il daigna signer l'acte de baptême d'Isidore.